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La finance islamique, outil efficace pour la construction d'infrastructures

Le monde est confronté à une série de défis complexes allant du réchauffement climatique et d'une urbanisation rapide au creusement des inégalités, au surendettement et à un fossé numérique persistant. Mais comme on l'a vu avec la pandémie de Covid-19, beaucoup de pays en développement ne disposent pas d'infrastructures sociales suffisamment solides pour répondre à ces crises parfois simultanées. Plus inquiétant encore, ces pays -notamment les moins développés d'entre eux- ne peuvent combler leur retard en matière d'infrastructure du fait de leur marge budgétaire de plus en plus réduite, de leur surendettement et d'une aide internationale insuffisante.

Le 21 mai 2024 à 14h53

JEDDAH – Selon les estimations, l'insuffisance de financement des infrastructures va se creuser pour atteindre 15.000 milliards de dollars d'ici 2040. Ce chiffre impressionnant tient notamment à deux facteurs clés. D'une part beaucoup de pays en développement ne disposent pas du budget nécessaire pour financer des infrastructures de grande ampleur, à la fois coûteuses et longues à construire; d'autre part en raison de sa perception de risques élevés à investir dans de tels projets dans les pays en développement, le secteur privé n'est pas toujours au rendez-vous. Ces facteurs combinés constituent un obstacle de taille à la construction d'infrastructures indispensables.

Heureusement, les banques multilatérales de développement (BMD) et les autres parties prenantes ont de plus en plus conscience de la nécessité d'agir rapidement. Leurs actionnaires poussent les BMD à s'agrandir et à améliorer leur efficacité. Un examen indépendant des dispositifs d'adéquation de leurs fonds propres - une initiative importante à l'initiative du G20 - a recommandé un recours accru aux financements innovants. Plus récemment, le groupe d'experts indépendants du G20 sur le renforcement des BMD a publié un rapport qui invite notamment à un engagement accru du secteur privé dans le financement du développement. Il appelle pour cela à l'extension des instruments de partage des risques et à la création de nouveaux instruments tels que des véhicules reposant sur des actifs.

Le modèle de financement basé sur des actifs et sur le partage des risques pourrait renverser la situation, car il présente un avantage par rapport aux modèles reposant sur l'endettement: il s'appuie sur des partenariats et favorise un environnement de collaboration. Les bailleurs de fonds deviennent ainsi des parties prenantes, autrement dit les deux parties ont leur mot à dire et un intérêt direct dans la viabilité et la durabilité à long terme d'un projet à financer. Cela permet d'atténuer la subjectivité de la perception des risques souvent associée aux modèles fondés sur l'endettement.

Ces principes constituent le fondement de la finance islamique, bien que sa nature participative s'étende au-delà du partage des risques, puisqu'elle se concentre sur des partenariats à long terme et encourage l'engagement en faveur de la durabilité sociale et environnementale d'un projet tout au long de son cycle de vie. La Banque islamique de développement (BIsD) que je préside incarne cette approche. Au cours des 50 dernières années, nous avons approuvé plus de 182 milliards de dollars de financement de projets de développement liés aux énergies renouvelables, au secteur social et aux infrastructures durables et résiliente - car nous accordons maintenant une importance accrue à la croissance verte et au développement du capital humain.

Evalués à 3.250 milliards de dollars, les marchés financiers islamiques disposent de liquidités abondantes et d'un appétit pour les projets bancables basés sur des actifs et sur le partage des risques. Ils pourraient donc constituer un outil puissant pour mobiliser les investissements dans les infrastructures des pays en développement. Un modèle de financement hybride faisant appel à la fois à la finance conventionnelle et à la finance islamique pourrait accroître les investissements dans les projets d'infrastructure. En collaboration avec d'autres BMD et le secteur privé, la BIsD a fait ses preuves en matière de cofinancement de projets d'infrastructure. On peut citer à titre de réalisation l'aéroport international Blaise Diagne à Dakar (en collaboration avec la Banque africaine de développement) et l'aéroport international Queen Alia de Jordanie (en collaboration avec la Société financière internationale).

Le financement de la construction d'infrastructure grâce à des instruments financiers reposant sur des actifs et le partage des risques suppose l'existence d'un secteur financier solide et bien développé dans un cadre juridique et réglementaire suffisamment protecteur pour les investisseurs, sur des marchés financiers nationaux robustes et sur un contrôle transparent assorti d'études d'impact. C'est ici que les BMD interviennent. Elles peuvent aider à développer et renforcer un cadre financier attractif pour attirer les capitaux privés vers les pays en développement.

Par ailleurs, elles peuvent susciter la confiance des investisseurs et favoriser la mise en œuvre de projets reposant sur l'action collective. La Plateforme mondiale de cofinancement collaboratif récemment lancée par 10 banques multilatérales de développement (dont la BIsD) sous la conduite de la Banque mondiale est un pas dans la bonne direction.

L'investissement dans des infrastructures durables et résilientes permet de limiter les effets du réchauffement climatique, est porteur de bénéfices économiques à long terme et améliore la qualité de vie des populations. Mais réunir les capitaux nécessaires nécessite un financement basé sur des actifs et sur le partage des risques. La BIsD est disposée à jouer un rôle de premier plan pour cela, mais d'autres BMD, ainsi que des investisseurs privés doivent adopter eux aussi cette approche. C'est seulement par une coopération étroite pour financer la construction des infrastructures manquantes dans les pays où elles font défaut que nous pourrons tracer le chemin vers un avenir plus équitable pour tous.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2024

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Le 21 mai 2024 à 14h53

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