Alliance de la Gauche : le PSU et la FGD tentent un nouveau départ
À l’approche des législatives, les deux composantes de la gauche alternative veulent tourner la page de leurs divisions. Autour de Abdeslam Laziz et Jamal Lasri, l’Alliance mise sur des listes élargies, une critique du cadre électoral actuel et un programme que ses initiateurs disent vouloir construire avec les citoyens.
C’est une image que les militants progressistes attendaient depuis la rupture intervenue en 2021 : Abdeslam Laziz, secrétaire national de la FGD, et Jamal Lasri, secrétaire général du PSU, réunis à nouveau pour annoncer une nouvelle séquence de coordination entre certaines composantes de la gauche alternative marocaine. Ce retour « en force », comme le soulignent les deux leaders, est présenté par ses initiateurs comme l'aboutissement d'une expérience commune entamée dès 2007.
Pour Abdeslam Laziz, cette alliance est le fruit d’une « maturité » et d’un « sens des responsabilités », des termes par lesquels les responsables de l’Alliance entendent justifier leur rapprochement dans un paysage partisan marqué par plusieurs recompositions.
Sous la bannière de l’Alliance de la Gauche, les deux secrétaires généraux présentent un front commun qui dépasse, selon eux, le simple accord électoral de circonstance pour devenir un « pacte politique historique ». Ce projet vise à offrir aux citoyens un « espoir dans le militantisme démocratique unitaire », présenté par ses promoteurs comme l’une des réponses possibles aux revers et frustrations accumulés lors des moments charnières de l’histoire du pays. Il s’agit, selon les intervenants, de bâtir une gauche capable de remplir ses missions historiques face aux crises actuelles.
Jamal Lasri (PSU) : critiques sur l’organisation du processus électoral
Prenant la parole sur la question de la transparence, Jamal Lasri a formulé plusieurs critiques à l’égard du rôle de l’administration territoriale dans le processus électoral. Utilisant une métaphore culinaire, il a comparé les scrutins marocains à une « fête de mariage » récurrente où, malgré les artifices du décor, les invités rejetteraient systématiquement le plat servi car « la nourriture est mauvaise ». « Depuis 1962, le ministère de l’Intérieur cuisine les élections. Il est temps de changer le cuisinier. On ne peut pas ramener le même traiteur pendant soixante ans et espérer un goût différent ».
Pour Jamal Lasri, le bilan de six décennies de supervision par le ministère de l’Intérieur nécessite, selon lui, une révision en profondeur : il affirme qu’aucun scrutin n'a été jugé véritablement démocratique par le peuple, et estime qu’aucune législature n’a produit un Parlement dont les Marocains peuvent s’enorgueillir. Pour mettre fin à ce qu’il qualifie d’« exception marocaine », l’Alliance réclame la mise en place d’une instance nationale indépendante, dotée de larges attributions de gestion et de contrôle. Cet organe serait composé de magistrats intègres, de figures de la société civile reconnues pour leur compétence et de militants des droits humains.
Lasri pointe du doigt ce qu’il considère comme des mécanismes de blocage, comme l'exigence d'une inscription sur les listes plutôt que l'utilisation simple de la carte d'identité nationale (CIN), ou encore l'exclusion des Marocains résidant à l'étranger (MRE) du droit de vote législatif, alors qu'ils sont sollicités pour les référendums constitutionnels. Selon lui, le dispositif actuel contribuerait à tenir à distance une masse de 18 millions de jeunes électeurs potentiels, transformant ce que l'État appelle « désintérêt » en un véritable « boycott politique conscient » face à une administration qui, dans son appréciation, réduit la marge de décision des élus.
Abdeslam Laziz (FGD) : faire du Parlement un relais de certaines revendications sociales
De son côté, Abdeslam Laziz a insisté sur l’ancrage de cette alliance dans les luttes de terrain. Pour lui, le Parlement ne doit pas être une fin en soi, mais un levier pour le militantisme de proximité. Refusant la logique du repli partisan, Laziz a annoncé une stratégie d'ouverture : l'Alliance ne présentera pas uniquement ses propres cadres, mais ouvrira largement ses listes à toute personne portant un « projet » ou une « cause » citoyenne.
Cette méthodologie se traduit déjà, selon ses responsables, par l’intégration de militants issus des mouvements de contestation sociale de Jerada et de Figuig, ainsi que de militants engagés dans la lutte contre la corruption ou pour la défense du pouvoir d'achat. « Nous ne cherchons pas des strapontins ministériels ou des intérêts personnels. Notre mission est d'être la voix des opprimés et de porter les revendications de la société civile au cœur de l'institution législative », a-t-il martelé.
Face à l'argument du boycott, Laziz a affirmé que l’abstention pouvait, selon lui, favoriser certaines pratiques de corruption électorale. « Si un siège s'achète avec 3.000 voix dans une circonscription, la corruption gagne. Mais si la participation est massive et qu'il faut 10.000 voix pour passer, cela devient impossible pour les corrupteurs », a-t-il soutenu. En présentant la présence de la gauche comme un « acte de résistance », il espère modifier les rapports de force et « réveiller l'esprit militant » d'un peuple qui, selon lui, n'a jamais cessé de lutter pour ses droits.
Normalisation et droits humains : les positions défendues par l’Alliance
Les interventions des deux leaders ont également porté sur les principes mis en avant dans leur charte. L’Alliance dit défendre notamment :
- Une amnistie générale : la libération immédiate des détenus du Hirak du Rif, des activistes de la « Génération Z », ainsi que des journalistes incarcérés.
- Une position opposée à la normalisation : les deux secrétaires généraux ont réaffirmé leur soutien inconditionnel à la cause palestinienne, tout en critiquant ce qu’ils présentent comme une absence de réaction suffisante du gouvernement face aux arrestations de citoyens marocains engagés dans des actions de solidarité internationale.
Laziz a enfin annoncé le lancement de la plateforme barnamaj.yassar.ma. Ce portail numérique est conçu pour permettre aux citoyens de co-construire le programme de l’Alliance pour 2026. « La vérité n'appartient à personne, nous devons la chercher ensemble avec le peuple », a conclu le secrétaire général de la FGD.
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