Khalid Cherkaoui Semmouni

Professeur à la Faculté de Droit à Rabat et à l'ISIC

La cinglante défaite du PJD, fin de séquence pour l’Islam politique au Maroc

Le 13 septembre 2021 à 11h54

Modifié 13 septembre 2021 à 16h59

Après avoir dirigé la coalition gouvernementale durant deux mandats consécutifs, le Parti de la justice et du développement (PJD) s'est effondré à la suite d'un séisme électoral imprévu à l'occasion des élections communales, régionales et législatives du 8 septembre.

Le PJD a à peine décroché 13 sièges concernant les élections législatives alors qu’il était sorti vainqueur des précédentes législatives de 2011 et 2016. Il avait remporté un succès électoral lorsqu’il avait surfé sur la vague du printemps arabe en 2011, lorsque les Marocains réclamaient du changement.

Par ce vote sanction, pourrait-on dire que le PJD a connu une cinglante défaite qui l’a fait retourner des années en arrière ? A vrai dire, le parti à référence islamique a subi une spectaculaire déroute. Il est passé de 125 sièges dans l’assemblée sortante à 12 au profit de partis libéraux, avec en tête le Rassemblement national des indépendants (RNI) qui a remporté 102 sièges lors de ces consultations démocratiques, saluées unanimement par la communauté internationale.

Il n’est donc plus question de dire que le quotient électoral a visé à fragmenter davantage le champ politique et à diluer l’influence du PJD. Cette ample défaite est inattendue dans la mesure où les analystes et les observateurs ne s’attendaient pas à ce que son poids électoral se réduise comme peau de chagrin. Ils supposaient que le parti serait classé au 3e ou 4e rang, au lieu d’être classé 8e force politique à la première Chambre, où il se positionnera dans l’opposition. Il n’aura même pas droit à la constitution d’un groupe parlementaire.

Un mécontentement exprimé dans les urnes

Or, ce vote-sanction de la part des citoyens explique leur mécontentement par rapport à la gestion gouvernementale des dix dernières années. Le PJD ne parvenait pas à répondre aux attentes des citoyens, à réduire les disparités sociales et les écarts territoriaux et à mettre en place une justice sociale et spatiale porteuse d’espoir et d’égalité pour tous.

Parmi les mesures prises et contestées par les Marocains, figurent celles ayant affecté le pouvoir d’achat du citoyen telle que la levée des subventions sur certains produits de base, ce qui a entraîné une hausse des prix, ainsi qu’un ensemble de mesures qui touchaient la classe moyenne, notamment la réforme du régime de retraite.

De plus, le gouvernement de Saâd Dine El Otmani a échoué à mettre en place un nouveau modèle de développement suite à l’appel royal en octobre 2017. Raison pour laquelle Sa Majesté le Roi Mohammed VI a procédé le 12 décembre 2019 à la mise en place de la commission spéciale sur le modèle de développement, qui a présenté le 25 mai 2021 le rapport final de ses travaux.

En effet, cette spectaculaire défaite impactera de plein fouet l’avenir du PJD. Il ne pourra se rétablir qu’après au moins une décennie, après avoir fait son autocritique et mobilisé une nouvelle génération se référant à une idéologie « non islamisée ».

Alors, faut-il songer à la fin de séquence pour l’Islam politique au Maroc suite à cette cinglante défaite du PJD ?

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