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La CAN dans tous ses Etats

Bien plus qu’un tournoi sportif, la Coupe d’Afrique des nations agit comme un révélateur politique et culturel. A travers les matchs, les victoires et les défaites, elle met en lumière des paradoxes géographiques, des identités régionales et des rivalités anciennes.

Le 5 janvier 2026 à 13h57

Il arrive qu’un ballon concentre plus de tension qu’un sommet diplomatique. En Afrique le football n’est pas seulement un jeu qui oppose 22 joueurs sur un terrain, et un match n’est pas uniquement un spectacle populaire. Il est devenu une métaphore condensée illustrant le rapport de force entre États et un miroir reflétant les rivalités politiques, économiques et symboliques.

L’ambiance bon enfant et la ferveur des différents supporters des équipes enregistrés depuis l’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations que le Maroc organise peuvent couvrir parfois ce qui se cache derrière cet enthousiasme débordant dans les rues comme sur les terrains. Ces terrains où le ballon roule plus librement que les idées reçues.

Contrairement à d’autres compétitions continentales, en Europe ou en Amérique, la CAN réunit des équipes issues de pays de deux aires géographiques et culturelles particulièrement différenciées : Afrique et monde arabe. C’est paradoxalement aussi le cas des compétitions asiatiques avec, encore une fois, les Arabes pour faire la différence.

C’est dire si le monde, dit arabe, est tout un monde, fragmenté mais se revendiquant à cor et à cris uni dans la fraternité d’une inébranlable identité commune. Voire. Il suffit de se rappeler certaines péripéties lors de la dernière Coupe arabe (pur arabica, celle-là) organisée par le Qatar et remportée par le Maroc pour en douter quelque peu. Le comportement de plusieurs supporters fanatisés de tels pays du Golfe face à tels autres du Maghreb en dit long sur cette supposée fraternité.

Les commentateurs de leur côté n’étaient pas en reste lorsque de méchantes pointes de chauvinisme affleuraient dans leurs propos, entrainant des réparties acrimonieuses qui ne relevaient pas d’un simple chambrage entre copains dans un stade. Sans compter cette séquence qui a fait le tour des réseaux où l’on a vu les joueurs de l’équipe jordanienne snober ostensiblement Tarik Skitioui, l’entraineur méritant du Onze marocain qui leur tendait la main.

Certes, on nous dira que cela peut arriver partout lors de grandes compétitions internationales. Ce fut le cas avec le comportement déplacé de joueurs argentins face à leurs adversaires français pendant la dernière Coupe du monde au Qatar, ou entre équipes d’Europe dans différentes rencontres de qualifications du Vieux Continent. Mais les joueurs de ce dernier ne passent pas leur temps à se gargariser de mots exaltant des valeurs telles que la fraternité, l’européanité ou la chrétienté.

Fraternité, islamité, arabité. C’est très souvent cette trilogie, puisée dans un fraternalisme compulsif, qui a nourri récemment les propos recueillis auprès des supporters maghrébins, en plus des Égyptiens, bien plus mielleux et verbeux mais qu’on ne sait plus où situer sur cette carte bigarrée et déjà très colorée de la CAN. Mais la devise la plus entendue reste cette expression, "made in Algérie", qui relève à la fois de l’onomatopée ou du bégaiement : "Khawa khawa !" (Frères & frères). Elle est réservée aux Marocains, mais que les Tunisiens se sont mis aussi à adopter, alors que les Égyptiens, sans doute à cause de leur dialecte éloigné, hésitent encore à s’en emparer, lui préférant cette élégante allégeance : "Le Maroc, notre seconde patrie!"

En effet, "Khawa khawa", répété à satiété jusqu’à en devenir suspecte car juste après, il y a ce slogan sous forme de cri de guerre poussé partout et en toutes circonstances, pour un oui ou pour un non et sans ambiguïté : "One, Two, Three, Viva l’Algéréééee !". Ici, le football ne négocie pas avec les ambiguïtés. Il tranche dans le vif et oblige à choisir son camp, son drapeau et son récit. Et c’est là que surgissent les rivalités, y compris entre les pays supposés "frères", et au-delà d’un discours diplomatique lisse, celles du Maghreb, en plus de l’Égypte, en sont l’illustration la plus éclatante. Les matchs entre ces pays sont des affiches qui dépassent le cadre sportif. Elles réveillent les contentieux diplomatiques, des blessures historiques, des compétitions de leadership régional. Ainsi, le stade devient une arène symbolique où se jouent des batailles de reconnaissance, de prestige et parfois de revanche.

Dans ce contexte, le Maroc occupe une position singulière. En organisant la CAN avec méthode, efficacité et ambition, le Royaume envoie un message clair à travers lequel il assume pleinement son africanité, non comme posture, mais comme un projet. Infrastructures modernes saluées par tous les participants, organisation millimétrée, hospitalité spontanée. Le Maroc affirme aussi dans son message qu’il n’a pas à choisir entre être arabe ou africain, car il revendique les deux, tout en sachant que cette double identité, en plus d’autres spécificités culturelles inscrites dans sa constitution, peuvent déranger.

Finalement, hier et plus encore aujourd’hui, il est vrai que la compétition révèle tant de crispations, plus chez les dits frères qu’ailleurs ; et lorsque le Maroc gagne, certains n’y voient pas qu’une victoire sportive, mais une démonstration de puissance, voire une confirmation d’un leadership que d’autres, notamment les voisins, contestent.

Le football agit alors comme un amplificateur de jalousies, de méfiances et de comparaisons permanentes. C’est ce que les réseaux sociaux en Afrique comme dans ce monde dit arabe ne cessent de faire circuler pendant le déroulement d’une CAN dans tous ses états.

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Le 5 janvier 2026 à 13h57

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