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Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

J.O : les jeux et les enjeux de Pékin

Le 3 février 2022 à 15h00

Modifié 3 février 2022 à 15h00

Alors que la communauté internationale a les yeux rivés sur l’Ukraine et l’éventuel risque de guerre, s’ouvre ce vendredi les Jeux olympiques d’hiver à Pékin. L’absence de certains dirigeants occidentaux qui boycottent l’événement laisse le champ libre à Vladimir Poutine pour y être présent et afficher au grand jour toute sa solidarité au président chinois Xi Jinping. Il ne peut bouder ce plaisir.

Cet évènement sportif mondial constitue aussi une grande opportunité politique pour la Chine qui cherche, de son côté, à montrer au monde sa puissance, le succès de son système, ses qualités d’organisation et les performances de ses athlètes. Comme à leur habitude, les autres puissances concurrentes saisissent le déroulement des Jeux olympiques pour décrier la situation des droits humains et les traitements infligés aux minorités dans ce pays, et y ajoutent les dommages induits sur l’environnement.

Le monde se rappelle de l’organisation impeccable des Jeux olympiques d’été de 2008 à Pékin, quelques années après l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). A l’époque, plusieurs chefs d’Etat y étaient présents et avaient témoigné de la qualité des prestations offertes durant cet événement. Beaucoup avaient encensé, à l’époque, l’organisation des Jeux. Pour la session de cette année, le ton est différent. Si certains officiels étrangers boycottent l’événement, leurs athlètes et autres sponsors y seront présents.

La même attitude de boycott a entaché les Jeux qui se sont déroulés en Russie, à Moscou en 1980 et à Sotchi en 2014. Durant les premiers, la Russie était en conflit avec la Géorgie, et durant les seconds, avec l’Ukraine. C’est en raison de cette adversité passée que le président russe Vladimir Poutine participe cette fois-ci à l’inauguration des jeux de Pékin. Sa présence témoigne, à coup sûr, de sa solidarité effective et agissante avec le président chinois Xi Jinping.

Une affaire de politique... et de propagande

Paradoxalement, ce sont souvent les Jeux olympiques qui concentrent les tensions entre Etats plus que les autres activités sportives comme le football. La raison se trouve dans les diverses disciplines sportives qui s’y pratiquent et la présence de tous les pays dans les compétitions. La médiatisation de ces sports motive aussi les gouvernements à les utiliser à des fins politiques pour, tantôt décrédibiliser leurs adversaires, tantôt démontrer leur puissance.

L’implication des États dans la promotion des sports olympiques est devenue aussi une question politique, une affaire de souveraineté nationale, de communication, et parfois même de propagande. L’on se rappelle l’organisation, en 1936, des Jeux olympiques en Allemagne, sortie vaincue du premier conflit mondial. Organisés à Berlin en 1936, les organisateurs ne se rendaient pas compte que le régime nazi raflait, juste à côté, les minorités juives et tziganes.

Qu’on le veuille ou non, le sport endosse toujours le maillot du politique quand il devient national ou parfois nationaliste. Les sportifs arborent souvent le drapeau de leurs pays et rapportent trophées et autres médailles de leurs conquêtes qui font la fierté de leurs concitoyens. Ils sont adulés et reconnus comme des modèles. Pour chaque gouvernement, le succès de ses athlètes découle de sa propre réussite.

C’est aussi la société civile et les ONG qui s’activent à chaque session des Jeux pour faire pression sur leurs gouvernements en dénonçant les manquements aux droits humains dans certains pays. Amnesty International a toujours prôné le boycott d’événements sportifs dès que le pays concerné est sur sa liste noire. Généralement, ses prises de positions interviennent lors du déroulement de l’événement, et rarement lors de son attribution.

D’autres, au contraire, pensent qu’il faut encourager l’organisation de tels événements et les saisir pour braquer les projecteurs sur les violations humaines qu’un État pourrait être tenté de cacher. Mais les pays qui ont des choses à se reprocher savent, par expérience, comment encadrer les journalistes et autres curieux pour qu’ils ne couvrent que l’événement pour lequel ils ont été accrédités.

Pour les libéraux, le boycott n’est pas la solution

Au sein même du camp libéral, des voix se lèvent pour séparer le sport du politique. Ainsi, des législateurs républicains aux États-Unis ont déclaré que le boycott n’était pas la solution idoine aux droits de l’Homme. Pour sa part, la présidente du comité olympique américain Susanne Lyons a fait valoir que le boycott n’est pas la solution aux droits de l’Homme ni aux problèmes géopolitiques. Elle a ajouté qu’il a, au contraire, un impact négatif sur les athlètes et ne résout pas, de surcroît, les problèmes mondiaux.

Mais le boycott peut venir des pays qui le subissent aujourd’hui. La Chine elle-même a dénoncé les Jeux olympiques, qualifiés à l’époque de bourgeois, quand Taiwan la représentait dans les années 1950. Il a fallu attendre la mort de Mao Zedong en 1976 pour qu’elle revienne dans la compétition à partir de 1980. Cette année, paradoxalement, Pékin se joignait à l’Occident pour boycotter, elle aussi, les Jeux olympiques d’été de Moscou suite à l’invasion soviétique de l’Afghanistan.

La position de Pékin a bien évolué depuis. Le sport est devenu une affaire d’Etat et une cause nationale où des budgets colossaux sont consacrés pour préparer les champions qui, demain, feront la fierté de la nation. Les Jeux olympiques sont devenus la vitrine pour assoir son image d’une grande puissance conquérante qui, outre la réussite économique, s’impose et innove aussi dans les autres disciplines sportives.

L’autre défi que la Chine a tenu à relever est la tenue des Jeux dans les temps impartis, sans report, malgré la pandémie de Covid-19. Les Jeux olympiques qui devaient se dérouler à Tokyo en 2020 ont été reportés, sous la panique, à 2021 pour la même raison. Malgré l’apparition de nouveaux variants, Pékin a su maintenir le cap et tenir ses engagements à l’égard du Comité international olympique (CIO).

Mais que l’on se rassure : il n’y a pas que la politique qui se mêle des Jeux olympiques. Ces derniers s’avèrent aussi des opportunités commerciales d’envergure pour les différents intervenants. De par le monde, de grandes entreprises renforcent leur notoriété en associant leurs marques au sport et aux athlètes les plus performants pour engranger plus de profits. Leur objectif primordial reste de conquérir de nouveaux marchés ainsi qu’une nouvelle clientèle à travers une surmédiatisation disponible durant les Jeux.

Si lors des premiers Jeux olympiques à Pékin de 2008, le pays accueillait ses visiteurs par un sobre "Beijing welcomes you", cette édition a choisi "One world one dream", histoire de signifier au monde que la Chine a déjà chaussé les bottes de la première puissance du monde.

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