Guerre russo-ukrainienne, des appels à la retenue comme remède
A chaque déclenchement de crise, de confrontation, ou de guerre entre nations, le leitmotiv qui revient le plus souvent sur la scène internationale est la demande faite aux belligérants à la retenue pour ne pas envenimer la situation, pour donner une chance aux pourparlers de paix. Quand l’une des grandes puissances est impliquée, et ses intérêts sont en jeu, tous les autres pays sont sommés de se définir. Ils sont devant le dilemme de s’aligner soit sur un camp, soit sur l’autre.
Plusieurs gouvernements, centrés sur leurs propres défis, ne veulent pas prendre position. Ils savent que, demain, cela peut leur coûter cher. Ils veulent préserver leur neutralité et jouer, tant qu’ils le peuvent, le rôle d’intermédiaire ou de pacificateur pour être utile à la paix tout en servant leurs intérêts. Quand la crise sera dépassée, ils espèrent se prévaloir d’avoir su rester en bons termes avec toutes les parties en conflit. C’est-à-dire demeurer l’ami de tous, et l’ennemi de personne.
Mais cette position reste difficilement soutenable, quand on est un pays en développement face à de grandes puissances ayant les capacités de nuire aisément à ses intérêts. Les moyens de pression de ses dernières sont inépuisables et peuvent revêtir plusieurs aspects aussi bien politiques qu’économiques qui peuvent venir à bout de toute résistance. Dans ce cas-là, des pays tentent, soit de maintenir, quand ils le peuvent, un certain équilibre, ou alors, afficher leur soutien à un camp au détriment de l’autre.
C’est ce que nous révèle la crise ukrainienne dont pâtit notre monde actuel. Les États-Unis, qui croyaient avoir comme ennemi une Chine conquérante, les voilà dans un face-à-face, qui risque d’être tragique, avec la Russie. Pendant tout le mandat de Donald Trump, la Chine a été élevée au rang d’ennemi public numéro un, ignorant totalement les dangers probables qui pouvaient venir de la Russie. L’invasion de l’Ukraine a remis soudainement cette dernière comme le danger potentiel aux intérêts occidentaux.
La Chine observe avec attention le bras de fer entre Moscou et les occidentaux, et principalement l’attitude et le comportement des américains. La guerre russo-ukrainienne est venue à point nommé pour lui donner un peu de répit. C’est aussi un excellent laboratoire d’observation qui lui permet de se consacrer davantage à la consolidation de sa mainmise sur l’économie mondiale, pendant que ses adversaires s’étiolent. La confrontation entre Washington et Moscou ne peut que l’aider à se hisser rapidement, sans coup férir, au rang de première puissance mondiale.
Les américains ont cherché par tous les moyens à neutraliser la Chine pour qu’elle n’apporte pas de soutien à la Russie. Mais Pékin observe la situation sans prendre parti, ou déclarer son appui à l’un ou à l’autre des belligérants. Aussi bien en Chine qu’à travers ses diplomates à l’étranger, Pékin ne cesse de réitérer, à qui veut l’entendre, ses appels à la retenue et à la mesure. Parfois, elle déclare aussi qu’elle suit la situation de près, sans se ranger publiquement derrière la Russie.
C’est dans ce sens que l’ambassadeur chinois aux États-Unis a publié une rubrique dans le Washington-Post du 15 mars dernier, affirmant que les autorités de son pays démentent les rumeurs et autres accusations, selon lesquelles, la Chine avait connaissance préalable de l’action militaire de la Russie en Ukraine. Pour lui, la Chine n’était pas au courant du déclenchement de cette guerre, et qu’elle ne la soutenait pas. Toutes ces accusations sont de la pure désinformation.
De cette déclaration, les américains n’ont retenu que le mot "guerre" évoqué par l’ambassadeur, quand les officiels de Pékin refusent d’employer ce terme pour qualifier le conflit russo-ukrainien. Pour la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, lassée des demandes d’éclaircissements, son pays a toujours plaidé pour que l’Ukraine soit un pont entre l’Est et l’Ouest, plutôt que l’avant-garde d’un jeu entre grandes puissances. Le temps, a-t-elle fait remarquer, prouvera que la position de la Chine est du bon côté de l’histoire.
Pékin, qui a regardé avec tristesse la dislocation et la déliquescence du bloc soviétique et de ses effets sur la jeunesse chinoise qui manifestait à la place Tiananmen, a su réformer son économie à temps, pour d’adapter au marché international. Dans ses relations avec la Russie, elle reste cependant prudente, se référant, à moindre frais, aux principes de la charte des Nations Unies pour régler les différends qu’a Moscou avec ses voisins, comme lors de la guerre en Géorgie en 2008.
Américains comme européens craignent l’établissement d’un bloc terrestre allant de la Russie à la Chine au détriment des intérêts de l’Occident, toujours inquiet pour ses privilèges bâtis depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Pékin, pour sa part, dénonce l’extension de l’Otan vers l’Est, ainsi que la politique d’alliance entre l’Australie le Royaume-Uni et les États-Unis, AUKUS, en Indopacifique contre ses propres intérêts. De temps à autre, la Chine agite le spectre de l’établissement d’un Otan asiatique. Elle y arrivera certainement un jour, quand les conditions seront réunies et la situation plus favorable.
Il n’est un secret pour personne que pékin cherche à ce que les pays asiatiques ne s’alignent pas totalement sur l’Occident. Sa puissance et son influence économique sont déployées pour éviter ce basculement qui ne servira pas ses propres intérêts. C’est ainsi que le ministre chinois des affaires étrangères s’est rendu en Inde le 25 mars dernier, et que d’autres démarches ont été menées auprès des pays du Golfe pour qu’ils ne cèdent pas aux demandes de Washington de compenser le pétrole et le gaz russes.
La rencontre virtuelle entre les présidents indien et américain le 11 avril dernier ne semble pas avoir permis de rapprocher les positions communes de Washington et de New Dehli face à la crise ukrainienne. Comme la Chine qui appelle à la retenue, l’Inde aussi garde ses distances avec Washington en déclarant que la situation en Ukraine est préoccupante, et le massacre des civils inquiétants. Aphorisme qui cache bien le désir de ne pas vouloir prendre position dans ce conflit.
Après cet entretien, le Secrétaire d’État américain Antony Blenkin a déclaré qu’il est important que tous les pays, qui ont une influence sur Poutine, le pressent de mettre un terme à la guerre. Il est important que les démocraties parlent d’une seule voix pour défendre les valeurs que nous partageons, a-t-il laissé entendre. Washington, qui essayait de faire de l’Inde un contrepoids à la Chine, semble embarrassé, et c’est un euphémisme, par le positionnement de New Delhi.
Mais ces pressions exercées sur des pays qui souhaitent rester neutres, sont parfois irraisonnables, comme quand on demande à l’Inde de réduire ses importations de gaz en provenance de la Russie. Le ministre indien des affaires étrangères a réagi à sa manière à l’égard de ces exigences : Nos achats sur un mois sont probablement inférieurs à ceux de l’Europe en un seul après-midi. Avec l’Inde, comme avec d’autres pays, les américains semblent multiplier les gages d’amitiés pour éviter que certains de ses alliés ne glissent progressivement dans le camp russe.
Mais il n’y a pas que les pays européens et les États-Unis qui cherchent à contraindre la Chine à s’opposer à la Russie. L’Otan comme l’Union Européenne s’y mettent aussi pour jouer leur partition. Jens Stoltenberg secrétaire général de l’Otan, a exhorté la Chine à se joindre au reste du monde pour appeler à une fin immédiate et pacifique de cette guerre. Quant à Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, elle avertit que si la Chine aide la Russie à contourner les sanctions, cela aurait un impact sur les investissements européens en Chine. Si de tels éléments de langage sont utilisés pour faire pression contre la grande puissance qu’est la Chine, que peut-on alors imaginer quand il s’agit d’un pays en développement ?
Face aux pressions occidentales exercées sur eux par des va-t-en-guerre, les pays asiatiques ont fait comprendre qu’ils ne veulent pas s’impliquer dans un conflit qui n’est pas le leur. La Chine comme l’Inde, deux puissances internationales de la région, veulent rester loin de cette confrontation entre européens, en prônant tout simplement de la retenue et la recherche d’une paix négociée.
La diplomatie chinoise a démontré par le passé qu’elle n’est pas une diplomatie frontale qui cherche à s’imposer par la force militaire. Elle préfère régler les litiges par le compromis, le partenariat, et la politique du gagnant/gagnant. Au moins en théorie. La Chine n’est pas favorable non plus aux politiques d’isolement et d’endiguement que les États-Unis imposent à tour de bras à leurs adversaires comme la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord.
C’est ce qui a fait dire au porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois que les sanctions ne sont jamais le moyen fondamental et efficace de résoudre une crise, et que la Chine s’est toujours opposée à toute sanction unilatérale. Pour Pékin, les parties prenantes de la crise ukrainienne devraient revenir à l’application strict de l’accord de Minsk et établir à cette fin une feuille de route et un calendrier pour résoudre le problème, plutôt que de faire la guerre et semer le chaos et le désordre.
La Chine aurait aimé restée loin du conflit ukrainien. En adoptant une position de stricte neutralité, qui ne correspond pas à la taille de sa grande puissance, elle adopte volontairement un profil bas. Le temps joue pour elle pour le moment. Elle ne verrait certainement pas d’inconvénients à voir un certain degré d’instabilité s’installer en Europe de l’Est, pourvu que cela allège la présence des États-Unis en Indopacifique. L’implication des américains dans des conflits extérieurs ne peut que favoriser la marge de manœuvres de Pékin dans le monde. La guerre en Ukraine est un coup de pouce divin, pour qu’enfin, elle s’installe dans son rôle de première puissance mondiale.
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