France: un nouveau profil à la tête du Quai d’Orsay
Neuf mois après sa nomination dans le gouvernement de Gabriel Attal, Stéphane Séjourné tire sa révérence au profit de Jean-Noël Barrot qui occupait jusque-là la fonction de ministre-délégué de l’Europe au sein du même ministère des affaires étrangères. Séjourné n’a pas laissé grande impression, ni au sein de ce département, ni sur le plan international. D’abord en raison de la courte période qu’il a passée à la tête de la diplomatie française, de la complexité de la situation internationale, et enfin de sa propre personnalité.
Séjourné n’a pas eu un parcours exceptionnel durant sa formation et encore moins pendant sa carrière professionnelle. Diplômé d’une licence d’Administration économique et sociale et d’un master en droit public, il milite à ses débuts à l’Union nationale des étudiants de France, UNEF, puis au parti socialiste où il participe à la campagne de la candidate à la présidentielle Ségolène Royal. Après l’échec de cette dernière face à Nicolas Sarkozy en 2007, il rejoint l’équipe du candidat socialiste Dominique Strauss Kahn, jusqu’à l’inculpation de ce dernier dans l’affaire Sofitel à New York en 2011. Il va se tourner par la suite vers le mouvement en Marche de Macron, avant les élections de 2017.
Le profil de celui qui le remplace est, à l’opposé, tout autre. Après ses classes préparatoires au prestigieux lycée Henri IV, Jean-Noël Barrot suit sa formation dans trois grandes écoles parisiennes : Sciences Po, École économique de Paris et HEC. Il est par la suite diplômé de la MIT à Boston aux Etats-Unis, et puis d’un doctorat obtenu à Paris en 2012 en sciences économiques. Il est aussi descendant d’une lignée de serviteurs d’État comme son grand-père Noël Barrot, et son père Jacques Barrot plusieurs fois ministre du commerce, de la santé et du travail au nom de l’Union pour la Démocratie Française UDF.
Outre ces atouts, le nouveau ministre des affaires étrangères s’est lancé le défi de se présenter aux élections au nom du mouvement la République en marche de Macron, avec cependant le soutien de son parti politique le Modem. Il est élu député avec 58,3% des voix, et dès son entrée à l’Assemblée Nationale on le retrouve vice-président de la commission des Finances, son domaine de prédilection.
Dans la même année, le voilà nommé président du groupe de travail composé de dix députés pour réformer l’Assemblée Nationale. Il s’y attèle avec abnégation pour mettre sur pieds l’Agence d’évaluation parlementaire permanente. Quand on fait appel à lui, il se montre disponible pour apporter ses connaissances, son savoir-faire, mais aussi son réseau. On le voit collaborer en tandem avec la franco-marocaine Sarah El Hairy, la ministre déléguée de la Famille et de l’Enfance, et avec l’ancien Premier-ministre Jean Castex qui lui a confié plusieurs missions, dont celle d’accompagner les actions pour sortir de la crise d’après Covid.
Présent là où on a besoin de lui, il finira par être nommé ministre-délégué chargé de la Transition numérique et les télécommunications en juillet 2022, puis reconduit dans le même poste un an après à l’occasion d’un remaniement ministériel. Ce portefeuille lui permettra de travailler étroitement avec ses pairs européens à Bruxelles. En février de la même année, Macron lui confie tout le dossier européen au sein du même ministère des Affaires étrangères, dont il est devenu maintenant le chef.
Pour une certaine presse française cette promotion montre la volonté du président Macron de garder la main sur un domaine réservé que sont les relations extérieures. Certes le bon vouloir présidentiel a permis à Barrot d’être propulsé à la tête du Quay d’Orsay, mais cela est dû également à ses grandes capacités de travail et à mener ses tâches à terme. Il lui faudra maintenant s’imposer au sein de ce ministère qui vit un malaise profond. La suppression du corps diplomatique en 2022 sans consultation parlementaire, puis les contestations qui ont suivi ont laissé leurs empreintes sur ce corps d’État.
Reste que la politique extérieure que prône le parti Modem, dont Barrot est le Secrétaire général, ne diffère pas de celle de l’Etat français. Ce parti adopte des positions modérées et privilégie le multilatéralisme. Il est pro-européen et soutient l’idée d’une Europe unie, démocratique et intégrée, sur le plan politique comme économique. Dans ses discours, le président du Modem François Bayrou insiste sur l’importance d’une Europe forte pour faire face aux défis mondiaux comme les menaces de guerre, le changement climatique ou le terrorisme.
Ce parti encourage par ailleurs l’adoption d’une approche multilatérale dans la gestion des affaires internationales sur la base d’une coopération internationale efficace. Il défend l’idée que la France doit travailler d’une manière étroite avec toutes les institutions internationales pour promouvoir la paix, le développement durable, et les droits humains. Ces bonnes intentions générales doivent maintenant être mises en œuvre par le nouveau ministre qui devrait s’atteler à les concrétiser davantage pour mieux positionner la France.
Que comptera-t-il donc faire face au génocide israélien contre les populations civiles palestiniennes ? Paris adoptera-t-elle une position plus ferme contre Tel Aviv face aux incursions et aux massacres des civils au Liban ? Quelle sera son approche sur l’Ukraine pour réduire les tensions avec la Russie et sortir avec un compromis qui puisse apaiser les haines et les méfiances ? Quelle serait sa recette par ailleurs pour réhabiliter l’influence de son pays en Afrique et en particulier au Sahel ? Beaucoup de questions qui attendent des réponses.
Au niveau du Maroc Barrot a le terrain tout balisé, maintenant que Paris a reconnu le plan d’autonomie pour les provinces du sud. Les deux pays peuvent donc passer à la vitesse supérieure, et relancer une coopération qui pourrait dépasser le cadre bilatéral pour englober l’Afrique et l’Europe. Des plans stratégiques ont été établis à cette fin pour sortir du schéma postcolonial en développant en Afrique les infrastructures, le commerce et les investissements. Les initiatives atlantiques et le désenclavant des pays du Sahel sont le cadre idoine d’un partenariat équitable entre les deux continents.
Bien qu’il se soit rattrapé un peu tard dans ses relations avec le Maroc quand il était à la tête du Quai d’Orsay, Stéphane Séjourné a laissé un goût amer pour son rôle néfaste au parlement européen quand il avait mobilisé le groupe Renew pour condamner le royaume. Avec son départ du Quai d’Orsay, la confiance a toutes les chances maintenant de se rétablir totalement sans crainte de rechute. Jean-Noël Barrot a toutes les bonnes cartes entre les mains pour faire de nos relations bilatérales l’exception et le modèle.
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