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Samir Chaouki

Analyste en Économie & Géopolitique

Feuilles d’Afrique. Soft power et guerre d’influence

Le 27 juillet 2022 à 11h12

Modifié 27 juillet 2022 à 11h12

Contrairement à ce que l’on pense, l’Afrique est géopolitiquement importante pour le monde entier. Et ce n’est pas pour rien que les puissances mondiales y courent pour placer leurs pions.

Au moment où Emmanuel Macron commençait sa tournée africaine, Serguey Lavrov attérissait à Kichassa, sa première étape d’un périple africain. La France, la Russie, la Chine et même la Turquie se livrent une concurrence acharnée pour s’offrir un continent dont le sous-sol regorge de richesses naturelles importantes. Quant aux États-Unis, ils accusent un retard du fait d’une politique de mépris plutôt que de coopération adoptée par l’ancien président Donald Trump et que Joe Biden n’arrive pas encore à surpasser.

France-Russie, la course

La France et la Russie s’opposent en Europe sur le dossier de l’Ukraine et se tirent des coups en Afrique pour des intérêts hautement géostratégiques. Paris a du mal à digérer sa défaite au Mali dont la gente militaire a pratiquement expulsé les forces françaises de Barkhane d’une façon humiliante au profit du déploiement des forces mercenaires dites Wagner pro-Russie. Moscou a ainsi mis pieds dans ce que la France considérait son fief et centre au Sahel. Le Mali n’en est qu’une première étape avant que les choses ne s’enlisent au Niger, au Bénin et au Tchad. Macron est très sensible à ces développements car sentant l’Afrique subsaharienne lui glisser entre les doigts. Economiquement par une Turquie dont le déploiement en Afrique de l’Ouest est à ne pas sous-estimer, et militairement par une Russie plus que jamais conquérante, alors que la Chine domine tout sur son passage. En visite au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau, le président de la France se rendra compte des changements que connait la diplomatie dans plusieurs pays africains et se souviendra de la célèbre phrase de Charles De Gaulle : « En politique, il n’y pas d’amis, il n’y a que des intérêts ». Le plus français des africains, Macky Sall, président du Sénégal et de l’Union Africaine, ne s’est-il pas dépêché au début de ce mois à Moscou où il y a affirmé à Poutine que l’Afrique n’est pas concernée par la guerre d’Ukraine et lui a demandé d’assurer les livraisons de blé pour les Africains ?

Le président russe ne pouvait rater une telle aubaine pour rappeler « les intérêts réciproques » et « les liens historiques » des deux parties. La France est désormais en difficulté sur son terrain de prédilection et le sera davantage car elle n’a plus les moyens de sa politique de chéquier d’antan alors que d’autres concurrents offrent mieux ; investissements, prêts, aides militaires et sécuritaires…

Et quand je lis ce qu’a écrit Renaud Girard, journaliste et géopoliticien français, le 25 juillet 2022 sur Le Figaro, je me rends compte à quel point nos amis français ne comprennent plus l’Afrique et continuent à adopter un discours sentimental « has been ». Girard croit toujours que « la France est la seule puissance qui souhaite sincèrement la réussite du développement africain »! Pendant ce temps, le Gabon, allié classique de la France, vire dans la sphère anglo-saxonne en prônant le modèle rwandais ; en adoptant la langue anglaise et en intégrant la communauté Commonwealth.

Autres acteurs, autres offres

Alors que les européens ont abandonné la France, qui se démène seule en Afrique, la Chine progresse de l’Est vers l’Ouest en quête d’une totale maîtrise du continent. Une stratégie basée sur la coopération économique et du hard buisiness. Infrastructure de base, investissement et surtout des prêts à bras-le-corps. Pékin sort les gros moyens et ne compte pas asseoir sa domination par un soft power de porte-monnaie.

Concrètement la Chine est le principal partenaire de l’Afrique depuis 2010 selon le rapport annuel 2020 sur les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Afrique, publié par le gouvernement chinois. Ce rapport précise que la Chine a créé 25 zones de coopération, dans 16 pays d’Afrique, qui avaient attiré 623 entreprises représentant un investissement global de 735 milliards USD à fin 2020. C’est du lourd et c’est impactant. En période de Covid-19, quand les Européens se sont recroquevillés sur eux-mêmes, la Chine s’est précipitée au chevet de l’Afrique. Avec des livraisons de masques, des respirateurs et des vaccins, mais aussi beaucoup de propagande autour dans un terrain abandonné par les Européens et les États-Unis. En termes de générosité en matière d’octroi de prêts, la Chine adopte une posture de prédation. Elle n’hésite pas à hypothéquer la souveraineté de certains pays qui se trouvent dans l’incapacité de payer leur dû. Elle a ainsi mis la main sur des ports, aéroports et des infrastructures stratégiquement sensibles. C’est pourquoi, les Africains commencent à faire jouer le contrepoids à travers la Russie mais aussi la Turquie. Cette dernière se fraye un chemin parmi les grands en Afrique. En effet, depuis une quinzaine d’années, il ne se passe pas une année sans que Tayyip Erdougan n’effectue une tournée en Afrique. Ankara a son propre forum Turquie-Afrique qui en est à sa 3e édition pour bénéficier de nouveaux marchés et d’instaurer un rayonnement en Afrique. Pour ce faire, il investit fortement et met en place un soft power actif en éducation et santé pour gagner la sympathie des populations.

L’occident est donc en passe de perdre la main en Afrique car dépourvu d’une véritable stratégie, aggravée par une immigration montante en l’absence d’une politique de développement et de partage en faveur des Africains. La politique de dépouillement tout-azimuts des richesses africaines en faveur des anciennes puissances coloniales a atteint ses limites et est plus que jamais décriée.

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