img_pub
Rubriques

Feuilles d’Afrique. La France face à ses démons

Maltraitée au Sahel et mal-aimée au Maghreb, la France est en train de perdre définitivement son influence en Afrique.

Le 22 août 2022 à 16h58

Emmanuel Macron ne sait plus où donner de la tête. Largement préoccupé par l’invasion russe en Ukraine, il se trouve rattrapé par le cumul d’erreurs françaises sur le continent africain. Jadis une chasse gardée française, aujourd’hui l’Afrique rejette cette main basse sur ses richesses et prône une « véritable » indépendance.

La malédiction du Sahel

Le Mali représente aujourd’hui, pour Paris, ce casse-tête que la Guinée de Sékou-Touré constituait il y a un demi-siècle. Cette « dissidence » malienne présente un double risque à la présence française dans toute l’Afrique de l’Ouest à commencer par la bande du Sahel.

D'un côté, les clés du pays remises par le régime de Assimi Goïta à Moscou permettent à ce dernier de prendre officiellement pieds dans une zone historiquement et exclusivement française. C’est un grand camouflet de la diplomatie de Macron depuis qu’il est à l’Élysée.

D'un autre côté, Paris redoute l’effet de contagion qui commence déjà à se faire ressentir. Le virage vers la langue anglaise par le Gabon, un grand ami de la France, pose plusieurs questions pour lesquelles Paris ne fait aucun effort pour apporter des réponses et y remédier. Pis encore, Paris fâche même l’élite francophone africaine, relais culturel de sa langue et de son histoire, par une posture hautaine et arrogante notamment en matière de politique de visas.

Par ailleurs, la France s’embourbe davantage en soutenant des régimes autocrates et en avalisant des coups d’État, comme celui perpétré par Mahamat Idriss Déby au Tchad qui a étouffé dans le sang la révolution populaire contre la prise par la force du pouvoir. Une posture qui fait remonter les populations africaines contre une France perçue de plus en plus comme une puissance néo-coloniale qui pille leur richesse et qui s’insurge dans leur quotidien au mépris des droits de l’homme.

Ni Rabat, ni Alger

À force de feindre de jouer une certaine neutralité dans le conflit algéro-marocain, la France perd la sympathie des deux pays. En effet, cette position a poussé les deux pays, depuis cinq ans au moins, à chercher une diversification de partenariats qui atténuerait la domination française sur leurs économies.

Résultat des courses, l’Espagne devient le premier partenaire économique du Maroc, et l’Italie est en train d’accaparer les opportunités de business avec l’Algérie. Et comme cela ne suffisait pas, Paris a brandi ce qu’elle qualifie de « sanction par les visas », une humiliation qui ne passe ni à Rabat ni à Alger, et « une erreur stratégique » comme le qualifie, sous anonymat, un diplomate français en poste à Rabat.

Les conséquences de cette tergiversation française au Maghreb s’illustrent bien cette semaine. Le Roi Mohammed VI, dans un discours officiel, somme la France (sans la nommer) de prendre une position claire et nette dans le conflit du Sahara, comme les États-Unis, l’Espagne ou encore l’Allemagne, si elle veut continuer à compter sur Rabat comme un partenaire majeur. Le ton est on ne peut plus précis et déterminé.

Et dans trois jours, Macron s’envolera à Alger, officiellement pour atténuer la crise ouverte entre les deux pays depuis deux années, mais le pouvoir algérien sait pertinemment que le président français s’intéresse uniquement au gaz algérien dans un contexte géopolitique dominé par l’embargo européen sur le gaz russe, et en préparation à la saison du grand froid en Europe. Alger pourrait-elle pour autant faire plaisir à Paris au grand dam de son allié à Moscou ? Rien n’est moins sûr.

À défaut de transparence et de cohésion dans sa politique étrangère au Maghreb, il y a de fortes chances que Macron rentre à l’hexagone bredouille. Au même moment, l’abandon du FCFA par les pays de l’Afrique de l’Ouest n’est plus qu’une question de temps et Paris se verrait démunie d’une bonne réserve d’or placée dans ses coffre-forts parisiens, pour le compte de pays africains, depuis les années soixante.

Par
Le 22 août 2022 à 16h58

à lire aussi

Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil
Mondial2026

Article : Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil

ANALYSE. Après une première demi-heure très aboutie, l’équipe nationale a payé le prix de ses ambitions avant de se rendre à la raison face au Brésil, samedi 13 juin, lors de la première journée du groupe C. Si Ayyoub Bouaddi et Achraf Hakimi ont survolé la rencontre, le capitaine de l’EN n’est pas exempt de tout reproche sur le but égalisateur. Mais il n’est pas le seul.

Fouzi Lekjaa : “Le Maroc ne doit son influence qu’à ses résultats”
Football

Article : Fouzi Lekjaa : “Le Maroc ne doit son influence qu’à ses résultats”

Rumeurs d’influence, projet sportif marocain, CAF, FIFA, binationaux… Dans un entretien accordé à Al Jazeera, Fouzi Lekjaa défend une vision globale du football national et un modèle structuré, fondé sur la formation, la performance et l’impact social. Il écarte toute idée d’influence occulte ou de “pouvoir caché”.

Made in EU : Renault et Stellantis plaident pour l’Europe, mais gardent une porte ouverte au Maroc
ECONOMIE

Article : Made in EU : Renault et Stellantis plaident pour l’Europe, mais gardent une porte ouverte au Maroc

Dans une position commune adressée aux députés européens, Renault, Stellantis et Volkswagen soutiennent le principe d’un contenu européen de 70% pour les véhicules électriques. Les trois groupes demandent que seules les activités réalisées dans l’Union européenne et l’Espace économique européen soient comptabilisées comme européennes. Le Maroc resterait donc en dehors de ce calcul, mais pourrait continuer à jouer un rôle dans les chaînes de production grâce à la marge de 30% prévue pour les pays tiers.

Qui sont ces Marocains qui traversent la planète pour leur équipe nationale ?
Contributions

Article : Qui sont ces Marocains qui traversent la planète pour leur équipe nationale ?

À la suite de la qualification historique des Lionceaux de l’Atlas pour la finale de la Coupe du monde U20 au Chili, près de 600 Marocains ont réussi à rejoindre Santiago en moins de quarante-huit heures. Derrière cette mobilisation exceptionnelle émerge une autre question : qui étaient ces femmes et ces hommes prêts à parcourir plus de 10.000 kilomètres pour assister à une finale mondiale de jeunes ? L’enquête révèle une réalité bien plus complexe et plus riche que l’image traditionnelle du supporter de football.

Fiat prépare le lancement de deux nouveaux modèles : Fastback et Grizzly
Actualités

Article : Fiat prépare le lancement de deux nouveaux modèles : Fastback et Grizzly

Fiat élargit sa gamme avec deux nouveaux modèles destinés au segment C : les Fiat Fastback et Fiat Grizzly, dont le lancement est prévu en Afrique & Moyen-Orient au second semestre 2026.

Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse
Energie

Article : Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse

Les importations marocaines de gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) retrouvent une dynamique haussière, après un creux en mars et avril qui avait alimenté les craintes d’une crise d’approvisionnement. En cause, non pas les tensions au Moyen-Orient, mais une demande électrique saisonnière plus faible, accentuée cette année par une production hydroélectrique exceptionnelle. Explications.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité