Feuilles d’Afrique. G4, un risque pour le Maroc ?
L’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Éthiopie viennent de créer un G4. Une initiative qui n’est pas du goût de plusieurs pays africains, notamment l’Égypte et le Maroc.
En marge du sommet Union européenne (UE) - Union africaine (UA), quatre pays africains, et non des moindres, ont constitué ce qu’ils appellent le G4, officiellement pour « élaborer des solutions pour les problèmes du continent africain ». Or, ce rôle est voué à l’UA en vertu de ses statuts tels qu’ils ont été adoptés à l’unanimité par ses 54 membres. Il est clair que cette initiative est loin d’être innocente et dissimile plusieurs non-dits.
Quel impact sur le Sahara ?
Les quatre pays - Algérie, Afrique du Sud, Éthiopie, Nigéria - se rejoignent sur la reconnaissance de la pseudo RASD et ce depuis plusieurs décennies. Si pour l’Algérie, cette question est une doctrine, et pour l’Afrique du Sud, une orientation stratégique, la position du Nigéria et de l’Éthiopie, dans le contexte actuel, est plus qu’ambiguë !
Le premier est proche du Maroc depuis 2016 et a joué un rôle positif dans le retour du Maroc au sein de l’UA. En outre, il développe avec le Maroc une joint-venture qui consiste à construire la plus grande usine de production de fertilisants hors du Maroc, avec à la clé un budget de 3,7 milliards de dirhams.
Le second travaille d’arrache-pied avec le Royaume sur le mégaprojet de gazoduc Nigéria-Europe, qui porte sur une enveloppe d’investissement de quelque 25 milliards de dirhams. Un projet auquel le président nigérian Muhammadu Buhari accorde personnellement un intérêt particulier. Il a d’ailleurs communiqué à plusieurs reprises, via son compte Twitter, sur l’état d’avancement du projet.
Qu’est-ce qui a fait rappeler à ces deux pays leurs vieux démons ? En tout cas, et même si ces deux pays n’ont encore rien annoncé par rapport à notre dossier du Sahara, la diplomatie marocaine gagnerait à rester éveillée et à élaborer des plans d’anticipation en ces temps où le monde est en ébullition géopolitique.
L’Égypte voit rouge
L’Égypte, première puissance militaire du continent, voit rouge et ressent même un air de trahison, notamment de la part de l’Algérie. Flashback : il y a quelques mois, le président algérien Abdelmadjid Tebboune propose sa médiation entre Le Caire et Addis-Abeba dans le cadre du conflit du barrage de la Renaissance, et se rend en Égypte pour échanger avec son homologue égyptien sur la question. Or, la constitution du G4 à l’insu de l’Égypte, et avec l’Éthiopie comme membre, est perçu par Le Caire comme un alignement sur les thèses anti-égyptiennes. Un ressentiment corroboré par la rencontre, à Doha, de Abdelmadjid Tebboune avec Abdel Hamid Dbeibah, premier ministre libyen de Tripoli, alors que l’Égypte ne reconnaît pas ce dernier et soutient Fathi Bachagha, premier ministre de Benghazi.
La réaction égyptienne ne s’est pas fait attendre et le président Abdel Fattah Al-Sissi a purement et simplement annulé un mini-sommet programmé à Koweït entre les chefs d’État de l’Algérie, de l’Égypte et du Koweït. Le Caire se démarque de plus en plus d’Alger, et l’avenir proche pourrait faire émerger d’autres surprises.
Israël, un sujet qui divise
Les quatre pays se retrouvent aussi sur un sujet qui divise l’UA, à savoir le statut d’observateur accordé à Israël. Quoique l’Éthiopie est un allié historique d’Israël, son silence face à l’acharnement de l’Algérie, de l’Afrique du Sud et du Nigéria à propos de ce dossier en dit long sur sa tergiversation. Néanmoins, les trois autres membres du G4 tentent de barrer la route à Israël, chacun pour ses propres raisons, afin de le maintenir à l’écart de toute influence sur le continent. Or, force est de constater que Tel-Aviv développe déjà des relations diplomatiques officielles avec 39 pays africains. En d’autres termes, si l’UA procède au vote, en juin prochain, le soi-disant G4 essuierait un échec cuisant.
En fait, plusieurs pays africains nouent des relations rapprochées avec Israël, allant jusqu’à confier à l’État hébreu la sécurité de leur pays, y compris la sécurité rapprochée de leurs chefs d’État respectifs. Encouragés par la vague de normalisation par plusieurs pays arabes, des dizaines de pays africains ne cachent plus leurs intérêts avec Israël.
Enfin, face à ce groupement aux objectifs suspicieux, plusieurs pays redoutent non seulement un empiétement sur les attributions de l’UA, mais aussi une forme de prédation et d’hégémonie intolérables de nos jours. En marge du sommet UE-UA, le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, avait dénoncé « une minorité de pays qui croient que l’UA est leur chasse gardée et pensent qu’ils peuvent engager une surenchère nationale et venir au sein de l’UA pour l’imposer ».
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