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Ibrahim Thiaw

Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

Faire face au risque croissant de sécheresse

Le 28 juillet 2022 à 14h24

Modifié 28 juillet 2022 à 14h24

La sécheresse est peut-être un fléau ancien, mais elle est en train de s'aggraver. Aujourd'hui, aucune région ou pays n'est à l'abri de ses effets. L'Europe du Sud est en proie à une grave sécheresse - la pire en 70 ans pour l'Italie. Dans l'Ouest des États-Unis, les deux dernières décennies ont été les plus sèches depuis 1.200 ans. Le Chili en est à sa 13e année consécutive de sécheresse et Monterrey, la troisième plus grande ville du Mexique, est maintenant forcée de rationner l'eau.

BONN – Dans la Corne de l’Afrique, l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie en sont à leur quatrième année consécutive sans pluies et la situation est de plus en plus dramatique pour les personnes, le bétail et les écosystèmes qui les soutiennent. En raison de carences en nutrition adéquate, les enfants meurent de maladies auxquelles ils seraient habituellement capables de survivre. Même les chameaux – qui survivent généralement plus longtemps que les humains ou d’autres espèces animales – meurent en grand nombre dans cette région.

Cette souffrance ravive des souvenirs traumatisants de ma première rencontre avec la sécheresse en Mauritanie. J’avais à peine 12 ans lorsque tous les ménages de notre communauté ont tout perdu – nourriture, bétail et moyens de subsistance. Incapables de subvenir aux besoins de leurs familles, beaucoup d’adultes ont même mis fin à leurs jours. Je n’ai jamais oublié cette expérience, c’est celle qui motive mes efforts pour m’assurer que plus jamais des enfants n’auront à passer par les mêmes épreuves que moi. Malheureusement, beaucoup sont encore traumatisés par la sécheresse – et beaucoup d’autres le seront bientôt : les scientifiques prévoient que le changement climatique augmentera la fréquence, la durée et la propagation géographique des sécheresses, touchant ainsi trois personnes sur quatre d’ici 2050.

Les zones de toutes les régions sont en train de devenir plus sèches et bien qu’il n’y ait pas encore de consensus sur l’endroit où émergeront exactement les conditions de sécheresse les plus aiguës, les scientifiques s’accordent à dire que la dégradation des terres exacerbe le problème. Pire encore, le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat prévient que nous ne faisons pas suffisamment de progrès pour réduire les émissions de gaz de serre et éviter des conditions encore plus sévères dans les décennies à venir.

Globalement, les expériences traumatiques récentes et les dernières projections scientifiques devraient transmettre un sentiment d’urgence, obligeant chacun à construire une résilience contre les risques futurs de sécheresse. La sécheresse est un phénomène naturel, mais elle n’a pas besoin de devenir une catastrophe naturelle. La dégradation des terres peut être arbitrée au moins en partie par de meilleures décisions sur l’utilisation des terres et de l’eau et par des initiatives de remise en état des terres.

Réduire le risque

Dans un récent rapport, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) identifient des exemples de réussites de systèmes qui ont réduit le risque de sécheresse parmi les populations à risque. Au Brésil, en Éthiopie, en Inde et en Tunisie, une combinaison de pratiques de récupération de l’eau et de gestion durable des terres est utilisée pour réduire l’impact des sécheresses. Bien que cela puisse prendre du temps, tous les pays peuvent adopter des stratégies similaires pour aider leurs populations à passer de la pénurie d’eau à la sécurité hydrique.

L’une des grandes lacunes de l’approche actuelle est toutefois qu’elle repose sur des systèmes nationaux, même si les sécheresses ne reconnaissent pas les frontières politiques. Une planification proactive entre les secteurs au sein des pays est essentielle. Mais sans collaboration internationale, les effets de la sécheresse finiront par atteindre d’autres pays. Les réactions en chaîne les plus courantes comprennent des conflits sur la diminution des ressources en eau, une flambée des prix ou des pénuries alimentaires, les incendies de forêt, la perte massive de faune et de bétail, les tempêtes de sable et de poussière, les déplacements humains et les migrations forcées, ainsi que les troubles civils.

Des accords de collaboration visant à anticiper et à réagir rapidement aux sécheresses peuvent empêcher ou réduire l’ampleur de ces résultats. L’Australie et les États-Unis, par exemple, ont depuis longtemps mis en place des politiques et des protocoles de planification pour s’assurer que les communautés touchées puissent supporter les sécheresses dans la dignité.

La construction d’une telle résilience à l’échelle mondiale va demander du temps et un engagement politique. Heureusement, même dans les régions les plus vulnérables du monde, les décideurs ont déjà des fondations sur lesquelles ils peuvent s’appuyer. Par exemple, le Sahel africain a un système régional de risque de sécheresse, mis en place il y a 50 ans pour rassembler une large gamme de parties prenantes, allant des associations de producteurs aux décideurs politiques et bénéficie de la mise en commun des capacités scientifiques et technologiques au niveau régional.

L’Inde a adopté une approche encore plus globale qui inclut la gestion de la sécheresse dans le cadre de son plan national de gestion des catastrophes. Une stratégie complexe est en place pour inclure tous les ministères concernés et coordonner étroitement les réponses de niveau national, fédéral et local. Après un processus qui a débuté il y a 15 ans, l’Inde dispose désormais d’un système intégré de gestion de l’eau qui sert également de système d’alerte à la sécheresse.

En juin, les États-Unis ont annoncé que la sécheresse serait désormais considérée comme une priorité stratégique en matière de politique intérieure et étrangère. En tant que pays abritant l’un des mécanismes de surveillance et de réponse aux sécheresses les plus sophistiqués et les plus avancés au monde, les États-Unis pourraient contribuer à accélérer le développement de meilleurs systèmes de gestion des risques à l’échelle mondiale.

Dans le monde entier, les gouvernements sont fortement enclins à agir rapidement avant que les effets des sécheresses de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères ne deviennent impossibles à gérer. Suite à la création d’un groupe de travail intergouvernemental sur la sécheresse au sommet de l’UNCCD en mai, nous disposons désormais d’une plate-forme qui mobilise l’action collective en fonction de ce que la science estime nécessaire.

Nous pouvons maîtriser ensemble les impacts de la sécheresse. Mais tous les dirigeants, jusqu’au niveau communautaire, devront s’engager à faire le nécessaire pour construire une résilience efficace – dès à présent.

© Project Syndicate 1995–2022

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