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Exploiter la révolution numérique en faveur du développement durable

L’impact de la digitalisation sur le développement durable dépendra de la question de savoir si l’avènement de données plus nombreuses et moins coûteuses, associées à des analyses plus rapides, résulteront ou non en décisions financières qui prendront davantage en compte les coûts sociaux et économiques d’aujourd’hui.

Le 3 janvier 2019 à 14h51

JOHANNESBOURG/NEW YORK – La digitalisation de la finance – transformation associée à la révolution numérique et visant l’écosystème financier dans son ensemble – peut permettre une accélération des efforts mondiaux dans le financement du développement durable.

D’après le McKinsey Global Institue, une plus grande utilisation des technologies financières pourrait propulser la croissance des pays en voie de développement jusqu’à 3.700 milliards de dollars d’ici 2025, principalement via une augmentation des gains de productivité et une plus large inclusion financière.

Mais pour que les promesses de la digitalisation soient honorées, le monde va devoir aligner plus étroitement les stratégies de financement et d’investissement avec les résultats en matière de développement durable. Le mois dernier, le secrétaire générale des Nations unies, António Guterres, a mis en place un groupe de travail sur le financement du numérique afin de répondre à ce défi complexe. Nous avons l’honneur de coprésider cet effort mondial.

Pour des raisons évidentes, les financements constituent la clé pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) ainsi que les objectifs d’émissions fixés par l’accord climatique de Paris 2015. Or, bien que l’épargne mondiale soit plus que suffisante pour appuyer la transition vers le développement durable, le système financier mondial échoue jusqu’à présent à assurer son rôle d’intermédiaire entre l’offre et la demande. Les avancées modestes accomplies par certains pays dans le financement du développement durable ne sont pas à la hauteur des besoins.

De nombreux facteurs peuvent influencer les résultats en matière de développement durable. C’est ainsi que la crise financière et économique mondiale apparue en 2008 – puis les réponses qui ont suivi de la part des régulateurs et décideurs politiques – a eu une incidence sur la croissance économique, la création d’emploi, et les inégalités de revenus.

Par opposition, des initiatives telles que le projet chinois de Nouvelle route de la soie peuvent libérer des fonds nouveaux en faveur de l’investissement dans les infrastructures. Toutes les politiques nationales et internationales sont susceptibles de déterminer si les financements nous rapprochent ou nous éloignent du développement durable.

Améliorer le financement de la durabilité

Mais c’est la digitalisation qui est susceptible de produire la plus grande différence à long terme, en tirant parti de la puissance des nouveaux modèles économiques fondés sur les technologies, notamment la connectivité mobile, l’intelligence artificielle, le big data, la blockchain, et l’Internet des objets. Or, il n’est pas garanti que ce potentiel immense sera exploité.

En fin de compte, l’impact de la digitalisation sur le développement durable dépendra de la question de savoir si l’avènement de données plus nombreuses et moins coûteuses, associées à des analyses plus rapides, résulteront ou non en décisions financières qui prendront davantage en compte les coûts sociaux et économiques d’aujourd’hui.

Les technologies financières peuvent placer les citoyens au cœur du sujet d’un développement aux résultats positifs.

La révolution numérique qui s’opère au Kenya permet aux ménages pauvres d’accéder à l’énergie solaire, aux marchés des obligations d’Etat, et à bien d’autres nouveautés. Les plateformes de financement participatif de type Abundance au Royaume-Uni, EcoCrowd en Allemagne, ou encore NPO Bank au Japon, libèrent aujourd’hui des solutions durables et responsables en matière de crédit. En Chine, la plateforme Ant Forest de la société Ant Financial aide plus de 300 millions de personnes à réduire leur empreinte écologique.

Les services de vélo-partage recourent à des solutions de paiement basées sur des technologies financières et des applications afin de mettre à disposition de millions de citadins à travers le monde leur option de transport non polluante et plus saine.

Autrement dit, apparaissent d’ores et déjà aujourd’hui les signes prometteurs de toute la puissance de la révolution numérique dans l’amélioration du financement de la durabilité. Transformer la manière dont les individus abordent la question bancaire et investissent, tout en démocratisant l’accès au système financier, est essentiel pour appuyer le développement plus largement. D’après le Fonds d’équipement des Nations unies, l’inclusion financière pour les individus défavorisés et non bancarisés constitue un facteur direct de progression sur la voie d’au moins huit ODD.

L'orientation politique

Le défi consiste désormais à raisonner et agir sur un plan systémique, en extrapolant sur la base d’exemples locaux pour réfléchir aux questions de savoir comment la digitalisation peut aligner le système financier avec le développement durable, comment les investisseurs peuvent identifier, analyser et atténuer le risque, comment évoluent les marchés financiers, et quelle est l’approche des dirigeants politiques et régulateurs dans le travail qu’ils fournissent.

Le problème réside en ce que la plupart des solutions s’avèrent fragmentées et trop étroitement axées, de même que les problématiques qui constituent pourtant une menace pour l’existence de l’humanité – telles que le changement climatique – demeurent trop extérieures à la majorité des décisions de financement.

L’épargne nationale n’est pas canalisée de manière à financer des infrastructures durables. Des flux financiers illicites continuent de drainer les ressources de développement. Le financement durable de la biodiversité demeure quasiment ignoré par la révolution des technologies financières. L’inclusion financière elle-même – domaine dans lequel les technologies financières produisent à ce jour le plus grand impact sur le développement – doit encore beaucoup progresser dans la réduction de la pauvreté et des inégalités.

Telles sont certaines des nombreuses questions que notre groupe de travail étudiera. Parmi nos rangs figurent des entrepreneurs technologiques, PDG de banques, leaders de la société civile, acteurs normatifs internationaux, experts des marchés de capitaux, gouverneurs de banques centrales, ministres des finances et de l’économie, ainsi que des directeurs d’agences de l’ONU.

Au cours de l’année 2019, nous travaillerons en étroite collaboration avec des leaders établis et émergents pour analyser les problématiques, identifier les opportunités, et formuler des recommandations, afin que les transformations apportées par la digitalisation financière bénéficient en fin de compte à la planète et à ceux qui la peuplent. Nous débuterons nos travaux au mois de janvier, et devrions présenter notre ensemble de conclusions initiales en septembre 2019.

Comme l’a expliqué le secrétaire général Guterres le mois dernier en annonçant la mise en place de notre groupe de travail, les technologies numériques "peuvent profondément changer la donne" dans notre progression en direction des ODD. Associée à un leadership et à des orientations politiques, la digitalisation de la finance peut placer entre les mains de citoyens autonomisés la tâche de façonner l’avenir de l’économie réelle. Nous devons désormais saisir cette opportunité de rupture, afin de veiller à ce que le potentiel du système financier soit pleinement exploité en appui d’un développement inclusif et durable.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2019

Par et
Le 3 janvier 2019 à 14h51

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