Entre souveraineté et ingérence
Chaque État est souverainement libre de choisir et pratiquer la politique extérieure qui sied à son histoire et à ses valeurs. Chaque État est également sensé ne pas intervenir chez autrui pour critiquer ses choix ou les dénoncer, tant qu’ils ne remettent pas en cause sa propre sécurité, ou le bien-être de sa population. L’équilibre entre souveraineté et non-ingérence est la condition sine qua non pour la paix entre nations.
Ce propos m’est venu à l’esprit après le rétablissement des relations du Maroc avec Israël et les réactions démesurées d’Alger pour cet acte somme toute souverain. Si la politique extérieure d’un pays est un libre exercice de souveraineté qui donne le droit à un tiers de la dénoncer et de la critiquer ?
La souveraineté est le pouvoir suprême qu’un État s’octroie et qui lui est reconnue par la communauté internationale. Elle implique l’exclusivité de ses compétences sur son propre territoire et sa totale indépendance face aux autres nations. Chaque gouvernement détermine, souverainement et discrétionnairement, sa politique étrangère en fonction de ses propres intérêts.
La souveraineté désigne par conséquent le caractère et le comportement d’un pays qui n’est soumis à aucune autre autorité supérieure pour gérer ses affaires. C’est parce qu’il est souverain qu’il exerce pleinement et exclusivement ses compétences à l’interne et ses responsabilités à l’international. Autrement dit c’est parce qu’il est souverain, qu’il n’a pas d’égal sur le plan intérieur, ni de supérieur à l’échelle international.
La souveraineté est donc l’un des aspects et manifestations de l’indépendance. C’est la propension pour un État de ne se soumettre à aucun autre qui pourrait mettre à risque ses intérêts nationaux. Elle est l’expression de sa capacité de ne pas se voir imposer la volonté des autres aussi bien dans son organisation interne qu’au niveau de sa politique internationale.
C’est en imposant sa souveraineté aux autres nations, qu’un pays l’exerce pleinement. La souveraineté repose donc sur le principe d’égalité entre États quelle que soit leur puissance ou leur degré de développement, et indépendamment aussi de leurs inégalités de fait. En théorie au moins, et comme le stipule la charte des Nations-Unies dans son paragraphe 2, l’égalité souveraine est reconnue pour tous les pays.
L’égalité souveraine des nations signifie que les États ne sont soumis à aucune instance supérieur. Ils sont soumis aux seules normes qu’ils ont eux-mêmes définis et auxquelles ils ont consenti. C’est dans ce cadre que les pays délèguent volontairement une partie de leur souveraineté, dans le cadre d’accords internationaux, au profit de certains organisations onusiennes.
Altérer un rapport de force
La réalité est moins heureuse. Quand un pays s’émancipe en exerçant sa pleine souveraineté, la tentation est grande chez l’adversaire pour l’en dissuader ou l’en empêcher. L’ingérence dans ses affaires devient dans ce cas la seule approche possible susceptible d’altérer un rapport de force. Cela le dispense d’engager des négociations dont il est certain qu’il n’en sortira pas vainqueur.
L’exercice de sa pleine souveraineté permet au pays de modifier des rapports de force en sa faveur. En renouant avec les États qui comptent, il est en droit d’escompter des retombées politiques. Il peut aussi espérer en tirer bénéfice pour moderniser ses infrastructures, attirer des investissements et renforcer la dynamique de son secteur privé pour mieux se positionner sur l’échiquier mondial.
Le voisin, lui, voit dans cette métamorphose autre chose. Elle est tout d’abord le reflet de ses propres échecs et de son déclassement dont il est le seul responsable. Incapable de se justifier face à son public, il ne lui reste donc que l’ingérence comme option. Alors il accentue la propagande, distille les mensonges et fomente des troubles. Toutes ces gesticulations ne sont en fait que la traduction de l’incohérence de sa stratégie.
Son ingérence peut aussi prendre d’autres formes en incitant la population du pays voisin à la sédition, à la subversion, ou, au pire, au terrorisme. Toutes ces réactions n’ont qu’un seul but : tenter vainement de soumettre l’adversaire à son bon vouloir et le ralentir dans son développement et son élan.
L’État ingérant peut aller encore plus loin dans ses actions irréfléchies et parfois contraires à ses propres intérêts. Il peut procéder à la rupture des relations diplomatiques et couper tout lien économique. Ces gesticulations ne doivent pas tromper. Elles remplacent son incapacité à utiliser la force armée pour inverser le rapport des forces en sa faveur. Un pays dont les responsables agissent de la sorte ne peuvent mener une guerre, et encore moins la gagner. Leur armée est souvent cantonnée à garantir la sécurité intérieure.
Tous les actes menés par l’Algérie contre le Maroc depuis maintenant un demi-siècle ne sont que l’expression d’une volonté hégémonique et de tentatives vaines de modifier un rapport de force en sa faveur. Le soutien apporté au polisario, la déclaration unilatérale d’une soi-disant république sahraouie, son admission forcée au sein de la famille africaine, et l’exigence d’un référendum surmesure pour instaurer une entité fantoche au sud du Maroc procèdent de la même logique de domination.
Les militaires algériens, véritables détenteurs du pouvoir politique, croient que l’Algérie ne peut être forte qu’en affaiblissant le Maroc, et que, pour y arriver, tous les moyens sont bons. C’est leur crédo et on n’y peut rien. Ils y ont investi des fonds colossaux avec le résultat qu’on connait. Le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’ils défendent est à géométrie variable. Ils ne veulent l’appliquer qu’au Maroc et nulle part ailleurs.
Tous leurs actes procèdent alors de la même logique de surenchère qui n’est animée par aucune stratégie intelligente. Comment expliquer dès lors l’arrêt du gazoduc qui passe par le Maroc en privant leur propre pays d’entrée de devises tout en punissant un État tiers, l’Espagne ? Tous ces comportements antinatures ne cherchent qu’à peser sur les réflexes des pays voisins pour produire des réactions similaires de passion d’orgueil et pourquoi pas de panique.
Le silence assourdissant à toutes les provocations des responsables politiques algériens est en soi une réponse réfléchie. A quoi bon alimenter leurs actes irréfléchis par d’autres surenchères qui produiront des ripostes et qui, au fond, ne régleront rien. Le Maroc est maintenant habitué à leur mécanique répétitive qu’il devient vain d’y répondre. Quand Alger lève la voix cela nous donne la vraie température de la cuisine intérieure de ce pays et nous révèle, à moindre frais, leurs réelles intentions belliqueuses. C’est déjà ça de gagné.
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