Zakaria Garti

Chargé d’investissement dans une institution financière et président du Mouvement Maan

Élections 2021, un horizon d’Espérance ?

Le 31 août 2021 à 15h32

Modifié 31 août 2021 à 15h32

Les élections ne sont pas une simple étape de renouvellement des élus. Elles constituent un horizon d'espoir et d'espérance. Zakaria Garti appelle au nom du mouvement Maan, à une participation massive des citoyens;

Le Maroc s’apprête à vivre sa quatrième élection depuis l’adoption de la Constitution de 2011. Ces élections sont d’une importance considérable puisque leurs résultats vont renouveler une grande partie des institutions électives, dont le Parlement (notamment la première chambre), mais aussi les conseils locaux, municipaux et régionaux ainsi que les chambres professionnelles (élections du 6 août).

L’importance cruciale de ces élections réside aussi dans le fait qu’elles coïncident avec la pandémie du Covid-19, ce qui constitue un cadre de circonstances exceptionnel qui a modifié dans une certaine mesure de nombreux concepts et de conceptions politiques et économiques tout en redéfinissant la notion d’État central et en fait la pierre angulaire du pouvoir administratif, prenant ainsi le dessus sur les institutions et les corps élus.

Les élections ne sont pas une simple étape pour “renouveler les institutions et les corps élus” et y injecter du sang neuf ou pour réélire les élus déjà installés, elles constituent avant toute chose une étape permettant d’évaluer le travail des institutions et des partis.

Les élections constituent aussi, au-delà de cela, un horizon d’espoir et d’espérance. Et l’espoir est un facteur fondamental dans la pratique politique ; s’il est présent et incarné par des acteurs politiques, il constitue une puissante source d’énergie et de capacité de mobilisation, mais si le corps électoral est désabusé et totalement privé d’un horizon d’espérance, la politique – et le politique – se vide de tout sens et se délite.

D’après Yascha Mounk, un jeune et reconnu chercheur allemand en sciences politiques, les gens ne votent pas pour un programme politique, ni même pour des individus, mais ils votent selon les circonstances politiques et sociales lorsqu’ils sentent que l’environnement et le contexte sont favorables à la pratique politique.

Dans la même perspective, pour le journaliste français Alain Duhamel, lorsque les citoyens sont dans le bureau de vote et s’apprêtent à donner leurs voix, ils ne votent pas pour des personnes qui les font réfléchir, mais plutôt pour ceux et celles qui les font rêver. Précisément, la question qui se pose avec acuité est la suivante :  y a-t-il eu dans la législature précédente et dans la pratique politique actuelle de manière plus générale, quelque chose qui nous permettrait de rêver et de nous projeter dans l’avenir avec espérance et ambition ? Il serait difficile de répondre par l’affirmative à cette question, les cinq dernières années étaient plutôt synonymes de dégradation de la vie politique dans son ensemble ; en effet, la confiance dans les institutions a reculé, de même que l’activité politique en elle-même s’est affaiblie.

La législature actuelle a débuté par ce qui a été appelé “le blocage”, ce qui a fait du gouvernement actuel un des plus faibles et inefficaces gouvernements du Maroc depuis plusieurs décennies, malgré quelques réalisations qui demeurent, somme toute, mineures, et ne marqueront pas l’histoire du pays. L’Histoire a, malheureusement, une mémoire sélective retenant plutôt les conjonctures et les contextes, que les réalisations concrètes et effectives.

Ainsi, ce ne sont pas les équilibres macroéconomiques, malgré leur importance, qui créent de l’espoir dans une société donnée, mais ce sont plutôt les combats pour les droits, pour les libertés et pour l’égalité qui font que l’on se projette dans le futur avec confiance et espoir. La réalité amère est que, hormis la généralisation de la couverture sociale, qui constitue en soi une grande réalisation, les Marocains ne se souviendront pas des cinq dernières années comme une période de grandes luttes sociales ou de combats sociaux et politiques de grande envergure.

Les cinq dernières années n’ont pas marqué les Marocains par les combats pour les droits des femmes et l’amélioration de leur condition dans notre pays, ou encore pour les droits des franges les plus précaires de la société. L’actuel gouvernement a peu fait pour combattre l’économie de rente et le capitalisme de connivence qui domine l’économie de notre pays et le handicape lourdement. On ne retrouve pas non plus au bilan de ce gouvernement des mesures concrètes de luttes pour les libertés politiques, ni de résultats concrets au niveau de la lutte contre la corruption endémique et systémique. Nous avons plutôt vécu des années où se sont succédé des phases de stagnation voire de régression. Ainsi, la question de la responsabilisation du personnel politique se pose à nous avec force : qui est responsable de la situation actuelle ?

Si l’on veut apporter une réponse cohérente à cette question de la responsabilité politique, il est nécessaire de proposer une définition de la notion de “démocratie”, bien qu’il puisse y avoir plusieurs définitions et approches possibles. Au cœur de la notion de démocratie, se trouve l’idée d’un équilibre des forces et des pouvoirs entre État et Société. Un pays ne peut être considéré comme “démocratique”, que lorsque dans ce pays se trouve un équilibre des forces entre l’État et la Société.

La réalité qui ressort de l’observation des grandes tendances politiques internationales contemporaines est que nous vivons une époque historique où les États semblent dominer de toutes leurs forces la Société. Ces “tendances de fond” sont observables dans toutes les “grandes démocraties”, s’appuyant sur de longues traditions démocratiques nationales. Quant à notre pays, la situation est encore plus délicate.

L’État est devenu globalement (et presque) le seul maître dans la gestion et l’organisation de la vie publique Comme le souligne Geoffroy de Lagasnerie, l’État impose le temps social et politique, le temps et le rythme de l’État sont devenus le temps et le rythme de la Société, et nous sommes ainsi passés de “mouvements sociaux offensifs” à des “mouvements sociaux défensifs” puisque c’est l’État qui impose des agendas sociaux et politiques même lorsqu’il s’agit des réformes sociales et de leur mise en place.

Les mouvements sociaux se sont donc repliés sur des positions défensives, n’étant plus à même de créer le dialogue et le débat ou d’en imposer les termes et le cadre, se contentant de saluer ou de résister tant bien que mal aux offensives de la domination de l’État. Tout porterait à croire que les mouvements sociaux de par le monde ne sont plus capables que de répondre aux actions de l’État en tentant d’y résister, réduits à des postures de retranchement défensif.

La faiblesse de la Société, l’éparpillement des forces réformatrices, la déliquescence des rangs des démocrates, constituent des causes notables qui contribuent à la dégradation de la vie politique et du champ politique dont souffre le Maroc, mouvement de dégradation qui ne fait qu’empirer et s’aggraver.

La question qui se pose donc logiquement et mécaniquement, tandis que nous sommes aux portes des élections du 8 septembre, y a-t-il une quelconque utilité à participer à ces élections et à s’engager en tant que citoyen, par le vote et par l’activité militante ? Il serait illogique et déraisonnable d’appeler à boycotter les élections : car tout d’abord, je ne suis pas convaincu par cette stratégie et par ce que je crois profondément dans l’importance de « militer » de l’intérieur des institutions et, deuxièmement, car les structures qui appellent au boycott des élections ont montré et démontré, à de multiples reprises, de manière ne laissant aucune place au doute, leur inaptitude à créer de véritables débats sociaux et politiques et à imposer leur temporalité à l’État central.

La démocratie représentative s’est constituée sur le principe du suffrage universel et de la participation de l’ensemble du corps électoral; au vu de cela, il est impossible et impensable qu’un gouvernement efficient, puissant et efficace, capable de réaliser et d’implémenter des réformes réelles et profondes, puisse émerger des urnes s’il ne représente pas plus que le tiers ou le quart des Marocains en âge de voter. Pour cette raison, la seule voie à suivre est la participation citoyenne massive pour promouvoir une démocratie réelle.

Nous appelons donc, et souhaitons, dans cette logique, une participation massive, des engagements citoyens collectifs, et appelons de nos vœux la participation de la “majorité silencieuse” qui constitue la clef de la participation électorale massive, avec comme objectif affiché et revendiqué de renouveler les “élites au pouvoir” au lieu de les reproduire.

Nous devons donc militer activement pour ce renouvellement en profondeur des « élites au pouvoir » et ne pas nous contenter de le demander ou de formuler des vœux pieux, mais l’exiger et le réaliser par le vote et la participation collective et massive, au processus électoral comme objectif de renouvellement. Nous ne pouvons donc que nous armer d’espérance et de détermination et nourrir les feux d’un espoir citoyen, non pas l’espoir en tant que sources de promesses, qui peuvent s’avérer vaines, mais parce que l’espoir crée l’endurance, la résistance, et procure le souffle nécessaire à l’action politique.

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