Des réfugiés pas comme les autres
En trois semaines de conflit entre la Russie et l’Ukraine, trois millions de personnes ont été déplacées à travers les pays européens voisins. Pendant les pires moments de la guerre froide, jamais l’Europe n’a été le théâtre d’un mouvement humain de cette dimension, susceptible de s’aggraver si le conflit perdure. Les pays européens sont devenus plus accueillant alors qu’hier, ils l’étaient moins quand il s’agissait de réfugiés venant d’Afrique ou du Moyen-Orient.
On se rappelle du scandale dont la ville française de Béziers a été le théâtre en septembre 2015, quand son journal local titrait à la Une : Ça y est, ils arrivent… les migrants, avec un montage photo d’étrangers montant dans un train qui affichait : Béziers 3.865 km. Rappelez-vous, c’était l’époque de la guerre civile en Syrie et de l’exil de milliers de ses habitants vers des lieux plus cléments.
Sept ans après cette sortie, et face aux nouveaux réfugiés ukrainiens, Robert Menard, maire Front National de cette ville, s’est excusé pour ces propos déplacés. Je vais plaider coupable, j’ai honte d’avoir dit cela. Il n’y a pas des Européens chrétiens qu’il faudrait défendre, et des musulmans qu’on aurait eu raison de ne pas accepter chez nous. Les bombes ne sont pas différentes quand elles tombent sur mes amis à Kiev, ou sur mes amis à Alep.
Cet acte courageux est suffisamment rare en politique pour le souligner. L’arrivée des réfugiés ukrainiens a eu le mérite de révéler les contradictions, le double langage, et les deux poids deux mesures, quand il s’agit des réfugiés africains ou musulmans. D’autres intervenants sur la crise des réfugiés ukrainiens ont été moins regardants sur ces principes en assumant et en affichant leurs préférences pour les réfugiés ukrainiens.
Deux poids deux mesures
Le journaliste français Philippe Corbé n’a pas hésité à déclarer sur une chaîne de télévision qu’on ne parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien, on parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent aux nôtres et qui essaient juste de sauver leur vie. Quant au président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Jean Louis Bourlanges, il a reconnu qu’on va avoir des flots massifs de réfugiés, mais on aura une immigration de grande qualité, a-t-il ajouté sans sourciller.
Le candidat aux élections présidentielles Éric Zemmour n’a pas, lui aussi, hésité à saisir, et à dessein, cette crise des réfugiés pour déclarer qu’il n’est pas bon d’arracher les gens loin de leur pays ni de déstabiliser la France qui est déjà submergée. Il a proposé de mobiliser le Fonds de solidarité de l’UE pour aider la Pologne à accueillir les Ukrainiens. Face à l’émotion créée par ses propos, il déclarera plus tard que les Ukrainiens sont des vrais réfugiés qui fuient la guerre. Parce que nous sommes proches d’eux, parce qu’ils sont Européens, parce qu’ils sont chrétiens, la France peut les accueillir.
Marine Lepen du Rassemblement national s’est également trouvée devant le même défi pour justifier ses préférences, elle qui a toujours combattu l’immigration. Pour elle, l’Ukraine est un pays européen et il est naturel, en termes de solidarité régionale, que ce soit les pays européens qui puissent accueillir les réfugiés européens. Elle a cependant considéré que la Convention de Genève devrait s’appliquer aussi bien aux Ukrainiens qu’aux autres exilés venant d’autres continents.
Au-delà des partis politiques, le gouvernement français s’est lui aussi impliqué dans l’organisation de l’accueil en invitant les élus à faire connaître aux préfets les possibilités de leurs communes pour recevoir les réfugiés ukrainiens. Il a même recommandé que, si la situation perdure, il faudrait basculer vers des solutions durables au niveau du logement, de l’emploi et de la scolarisation des enfants. Jamais de telles initiatives n’ont été menées avec cette ampleur pour les réfugiés venant d’autres continents.
Fractures
Avec les conflits armés en Syrie et en Libye, il ne passe pas de semaine sans qu’il y ait des traversées de réfugiés vers des contrées plus clémentes en Europe. Ils fuient ces zones de guerre parfois sur des pneumatiques surpeuplés comprenant souvent des femmes et des enfants en bas âge. On a tous en mémoire la photo choc du petit syrien Aylan âgé de 3 ans, mort sur la côte turque en 2015, tragédie qui a ému, en son époque, l’opinion internationale.
Malgré les risques encourus, ces réfugiés qui fuient la misère et les guerres, continuent de traverser la Méditerranée, au péril de leurs vies. Les morts continuent de se compter par milliers dans l’indifférence générale dans ce qui est considéré comme le plus grand cimetière du monde. Parfois, certains bateaux humanitaires arrivent à secourir quelques-uns et sauvent l’honneur. Trop souvent, les migrants périssent avant de toucher les rivages européens.
L’arrivée de réfugiés ukrainiens a apporté avec elle son lot de fractures entre pays européens et dans les rangs même des partis politiques. L’extrême droite du vieux continent, longtemps admirative devant la Russie de Poutine a été obligée de se positionner par rapport à la guerre menée par Moscou, et à l’irruption massive de ces nouveaux réfugiés. Ses prises de positions ont mis à nu ses contradictions et ses préférences pour certains réfugiés au détriment d’autres.
Alors, pourquoi les peuples européens sont-ils en apathie avec les réfugiés ukrainiens et moins avec les autres venant d’autres continents ? Est-ce parce qu’ils s’identifient à eux, ou par désapprobation de la politique de Poutine ? Ce qui est certain, c’est que ces vagues leur rappellent les mauvais souvenirs de la dernière guerre mondiale, où 50 millions de réfugiés européens traversaient l’Europe à la recherche d’un havre de paix.
C’est ce qui devait se rappeler ce journaliste qui déclarait maladroitement à une radio française que le réfugié ukrainien me ressemble, il a la même voiture que moi, je pouvais être à sa place. Ce n’est pas du racisme c’est la loi de la proximité. Ce que ce journaliste devait savoir c’est que cette proximité géographique n’est rien d’autre qu’une proximité raciale et religieuse, source de tous les conflits entre nations.
Pourtant la convention de Genève sur les réfugiés est en ne peut plus claire à ce sujet. Un réfugié est une personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques. Les raisons qui mènent à l’exode sont connues : les persécutions politiques, religieuses et raciales, les guerres et les conflits, la famine et le changement climatique.
La communauté internationale doit s’atteler à réfléchir à des solutions communes et pérennes pour créer les conditions d’un réel développement dans les pays qui souffrent de ces fléaux, dans la perspective de réduire le flux des réfugiés. Si en 1967 on comptabilisait 2 millions de réfugiés de par le monde, ceux-ci étaient 17 millions en 2017, puis 26,4 millions en 2021 de réfugiés. Certaines statistiques prévoient 143 millions de réfugiés en 2050 en raison des changements climatiques qui affectent notre monde. C’est dire le travail qui nous reste à accomplir.
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