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Des œuvres ressuscitées : reconnaissance posthume et ingratitude prolongée

L’histoire regorge d’exemples de créateurs incompris. Visionnaires en avance sur leur temps, victimes de conformisme social ou d’orthodoxies établies, ils rappellent une constante : le rejet de l’innovation est souvent le prélude à sa reconnaissance future.

Le 3 octobre 2025 à 15h24

“Canon”, une pièce musicale qui fait rêver. Elle rappelle l’apogée du style baroque. Elle est arrangée de différentes manières, mais l’âme de la musique est la même. Elle est jouée un peu partout de nos jours. Elle sert de musique de fond pour plusieurs montages de cinéma et de vidéos.

Pourtant, son créateur Johan Pachelbel (1653-1706) fut ignoré de son temps. La pièce fut mal accueillie et ignorée dans la foulée. Elle fut exhumée par hasard en 1968 grâce à un nouvel arrangement réalisé par Jean-François Paillard Chamber Orchestra.

Dans la tradition arabe, on dit que مطرب الحي لا يطرب, personne n’est prophète chez soi. Nombreux sont des scientifiques, des artistes, des écrivains et des hommes politiques qui ont été ignorés, voire combattus à leur époque. Certains ont même perdu leur vie, non pas parce qu’ils eurent tort, mais parce que les gens ne les comprenaient pas. Certains furent catalogués comme étant des fous, des dérangés ou des détraqués mentaux.

Une série de questions se pose: qu’est-ce qui fait qu’un créateur dans une discipline donnée soit ignoré, combattu ou neutralisé ? Serait-il en avance par rapport à son époque ? Serait-il en retard par rapport à son époque ? Serait-il victime du rejet communautaire ? Serait-il la cible appropriée des détenteurs des vérités premières ? Paierait-il le prix de s’être départi des croyances de la meute et des applaudisseurs par effraction ?

Le corps social est conformiste par nature. C’est un secret de polichinelle. Toute nouveauté est taxée de bida’ ou de nonsense. La vie est courte et chaque individu entend se la couler douce sans se casser la tête.

L’adage qui dit que "chaque entreprise nouvelle exige un sang humain" fait trembler les adorateurs des cours d’eau tranquille. Mais comme il n’existe pas de fleuve tranquille, les gens feignent d’être surpris. Alors, chaque fois que l’on est pris la main dans le sac de la désinvolture, on joue l’innocent ou le fou du village.

Que l’on permette de faire un flash-back sur des épisodes de la bataille intellectuelle, politique et artistique qui a marqué certaines époques pour enrichir la substance qui a motivé la rédaction de cet article.

La diatribe entre Ibn Rochd (Ibn Rochd-Averroès ابن رشد, 1179-1180) et El Ghazali (H. Al-Ghazâlî أبوحامد الغزالي, 1095) sur le rôle de la science et de la philosophie qui s’attaquent au sacré a été suffisamment étudiée dans les universités. Cependant, elle est restée loin de l’entendement de la profane.

Ibn Rochd, qui est apprécié davantage en tant que philosophe ayant fait connaître Aristote en Occident, est d’avis que la science, la philosophie et la religion ne sont pas contradictoires. Et ce n’est pas une surprise qu’il fût condamné aussi bien par l’orthodoxie musulmane que par l’Église catholique. Ibn Rochd critiqua l’interprétation littérale des textes religieux et réserva une place de premier ordre à la connaissance.

Selon lui, la connaissance serait l’apanage des philosophes. Les croyances sommaires devraient être laissées au peuple, aux profanes. Aux premiers, la philosophie et aux seconds, les scientifiques, la religion. Et même au sein de l’élite, Ibn Rochd distingua les philosophes, défenseurs de la vérité scientifique, des théologiens, véhiculaires d’une connaissance qui plairait à la majorité sans apporter de réponses tangibles.

Ibn Rochd s'attaqua directement à Al-Ghazâlî, qui s'était insurgé contre les philosophes pour leur impuissance à apporter des réponses cohérentes à la question de la 'Révélation', les invitant à s'intéresser aux questions plus terre à terre.

"تهافت الفلاسفة و تهافت التهافت", en tant que deux leitmotivs d’un débat existentialiste à une époque où la civilisation dite islamique fut en passe d’être rangée dans le tiroir des objets sans valeur, traduisirent en fait le désarroi d’une pensée qui se réveillait à peine de la nonchalance des certitudes.

Ibn Rochd et Al-Ghazâlî furent pris pour cible comme le furent Abd Al-Rahman Ibn Khaldoun (1377), Auguste Comte (1822 et 1830-1842), Baruch Spinoza (1660), George Orwell (1949), Taqi ad-Din Ahmad ibn Taymiyyah (1263-1328), Sadek J. al-Azm (1969), Noam Chomsky (1988), etc.

Baruch Spinoza par exemple but jusqu’à la lie pour avoir osé s’attaquer aux mythes concoctés par le judaïsme orthodoxe. Aldous Huxley (1932 et 1958) n’y échappa pas, non plus. Il fut épinglé cette fois-ci pour avoir anticipé sur ce que l’humanité connaitrait en termes de domestication et d’asservissement de la pensée libre dans la même configuration décrite par George Orwell dans son roman "1984".

Prise de conscience ou vague d’hypocrisie ?

Au Maroc, Mohamed A. Lahbabi (1954 et 1961), Mohamed Abed Al-Jabri (1935-2010), Abdelkebir Khatibi (1938-2009) et autres pionniers de l’école de philosophie politique et sociologique marocaine subirent le même sort.
Ils furent victimes d’une indifférence qui frisait l’absurde, sinon d'un dénigrement qui ne reposait sur aucune démarche d’enrichissement du débat sur des sujets aussi divers que le mimétisme académique, la réinvention de la pensée éclairée, l’interrogation de la raison et l’ouverture sur le monde.

Le seul reproche que l’on puisse formuler à l’égard de ces penseurs, c’est de s’être laissé parfois empêtrer dans des projets politiques plus idéologiques que scientifiques en ce qui concerne l’évolution du pays durant les trois premières décennies postindépendance.

La critique consacrée aux œuvres sérieuses a horreur des termes comme "la prospective", "la visibilité", "la vision", "l’anticipation", "la préemption". Elle a tendance à privilégier les productions qui restent plus terre à terre. Elle prise celles qui répondent à l’attente du public dans le sens du dorlotement, de la consécration de la platitude la plus hallucinante. Gare à la critique qui appelle à l’entendement et à une certaine conscience de soi plus aguerrie au débat.

La carence, voire l’impuissance à s’inscrire dans le processus d’interpellation du vécu est promue tambour battant par une opinion fade qui assimile la prospective et la préemption au charlatanisme. Les gens puisent dans leur subconscient les ondes de choc de la résignation de façon à ce que tout effort cérébral devienne une sorte d’hérésie.

Si bien que ce type de critiques "dits savants" et de curieux dits "pavés dans la mare" jubilent quand une production inscrite dans la logique de la prospective passe à côté de la plaque en s’attaquant par exemple au sacré, aux tabous ou carrément, aux personnes physiques. L’effort critique et de renaissance à la pensée libre devient une diffamation passible de tous les châtiments possibles.

Le débat devient encore plus passionnant quand des œuvres oubliées, épinglées ou ignorées de leur temps sont ressuscitées. Trois types de réactions. Un, le rejet en bloc par les gardiens de l’orthodoxie. Cela implique tous les secteurs de la production créative. Deux, l’acclamation par une poignée de défenseurs de la suprématie de la pensée libre face à la morosité de la production dans l’un des domaines sous les feux de la rampe. Trois, l’acceptation mitigée et l’indifférence calculée. Une position de tergiversation qui ne repose pas, dans la plupart des cas, sur l’exigence de la raison, mais plutôt sur celle de ne pas attirer l’attention de la meute des détracteurs.

Deux domaines attisent la curiosité des auteurs des trois réactions citées plus haut : l’histoire politique et la philosophie. Ces dernières sont importantes dans la mesure où elles partagent la caractéristique d’être des synthèses des autres branches du savoir appliqué aux sciences humaines d’une façon générale. Or, abstraction faite de la primauté que l’on accorde à l’histoire politique ou à la philosophie, un élément est déterminant, en l’occurrence les manuscrits rares dans des archives mal entretenues.

Au Maroc, l’apport des manuscrits demeure sous-estimé. Pourtant, ils sont d’une richesse appréciable et permettent de remettre la pendule des détracteurs et des négationnistes à l’heure à chaque fois qu’ils se permettent de faire des randonnées dans les archives qui revêtent une dimension existentielle.

Cette affirmation pourrait sonner creuse dans l’esprit des sceptiques sui generis, mais il est une chose qui la rend encore plus plausible, les plaidoyers quant à la parenté de certaines œuvres ou à la justification d’une cause.

Le rejet par ignorance et non par obstruction

En diplomatie, des hommes d’État eurent la vision que les citoyens ne purent voir et que les forces politiques et la communauté académique rejetèrent en bloc. Les nostalgiques des citations pertinentes se rappellent le livre d’Alain Peyrefitte (Quand la Chine s’éveillera, le monde entier tremblera, 1973).

Peyrefitte ne fut pris au sérieux que par une poignée de politiciens et d’intellectuels. On ne le prit pas au sérieux (ou à peine), en raison de la double casquette d’intellectuel et de politicien qu’il portait à une époque sensible de l’histoire de la France : le gaullisme chancelant et le socialisme balbutiant, alors que les États-Unis opéraient une ouverture sur la Chine.

Il en fut de même des politiques qui, selon le contexte, perçurent la transposition du modèle démocratique en Occident dans leurs propres pays comme un danger ou comme une aubaine, car les destinataires (passifs ou récalcitrants) n’étaient pas prêts à en découdre.

Mehdi El Manjra (1933-2014) décrit bien ce positionnement en utilisant une expression imagée : le choc de l’apprentissage. El Manjra fut considéré comme "un bluffeur" quand il s’était investi dans l’étude de la prospective en tant que levier scientifique pour être au rendez-vous de l’évolution complexe des pays dits en développement.

L’anticipation et la perception du changement dépendent du timing et de l’état d’esprit de la communauté. À la même époque où El Manjra souffrait le martyr (intellectuellement parlant), un homme politique se distingua aux États-Unis et ouvrit une brèche dans l’alliance entre l’URSS et la Chine, Henri Kissinger. Déjà, les États-Unis étaient conscients que la Chine était en train d’opérer un virage géopolitique sérieux et qu’il fallait être aux aguets pour ne pas se faire larguer.

Or, Kissinger fut critiqué non pas pour cela, mais pour avoir été mêlé, de près ou de loin, à des décisions diplomatiques qui auraient échappé à la vigilance du président Richard Nixon, qui allait être empêtré dans le scandale de Watergate (1972-1974).

Un temps, une impression et une vision. Je me souviens du comportement et de la colère de ce jeune chercheur au début des années 1980 quand son directeur de recherche lui signifie que sa thèse serait refusée à moins qu’il ne modifie quelques détails jugés inacceptables. À l’époque, le Maroc est sous pression en raison de la situation critique que traverse la question du Sahara.

L’expression "référendum d’autodétermination" est ressassée sans qu'on s'en lasse dans les médias africains et européens et à l’occasion des différentes réunions de l’Organisation de l’unité africaine (Union africaine). La France venait d’élire un socialiste, François Mitterrand (1981-1995), qui faisait (théoriquement) de ce principe son sacerdoce.

Notre jeune étudiant explore les labyrinthes de ce principe et en arrive à la conclusion qu’il en recèle plus qu’une interprétation et que celle qui pourrait faire l’affaire et clore le dossier serait de s’inscrire dans une position médiane. Il estime qu’une "troisième voie" est possible. Elle garantirait la souveraineté marocaine et acculerait les détracteurs du Maroc à battre en retraite.

Il était conscient que l’objectif de ces derniers – et de leurs commanditaires à l’époque – était de ne pas trouver de solution. Ils avaient d’autres chats à fouetter et voulaient garder le confit ouvert en attendant de l’exploiter, au moment opportun, dans leurs desseins hégémoniques ou leur rôle d’agents interposés.

Le jeune étudiant refusa d’introduire les rectifications demandées. Il estima qu’il ne faisait que présenter une synthèse des différents narratifs et que sa lecture définitive lui suggérait de tirer la conclusion qui lui paraissait la plus appropriée. L’intransigeance des uns et des autres priva la communauté scientifique de l’époque d’une lecture idoine d’un conflit artificiel. Vingt ans après (début des années 2000), l’évolution de la question du Sahara marocain prouva que le jeune chercheur avait raison.

La prospective n’est pas du charlatanisme

La prospective et la planification politique n’ont rien à voir avec la lecture offerte par la cristallomancie savamment utilisées par des personnes futées telles que Leila Abdellatif qui semble avoir beaucoup d’admirateurs dans la périphérie arabe. La confusion entre l’historique et le mythique fait que les gens, même parmi les plus avertis, raffolent des extrapolations et des recettes toutes faites.

Des études sérieuses sur la rencontre entre le sacré et le politique sont disponibles. Je ne vais pas me laisser entrainer dans ce type de labyrinthe (je le ferai plus tard), mais des politiques ont associé les deux pour obtenir gain de cause dans leurs diatribes avec des adversaires plus corsés qu’eux. Certains planificateurs politiques sont friands de la cristallomancie et ont recours à des voyants, comme pour se libérer des pressions de leurs hiérarchies et des attentes du public.

De là à parler d’une ligne fine entre la raison brouillée et le charlatanisme, il n’y a qu’une virgule suspendue dans le vide. C’est justement le vide qui accentue l’absence d’inspiration. Or, celle-ci est importante sans quoi tout décideur ne pourrait que brasser du vent.

Le secret des esprits éclairés réside dans le fait qu’ils peuvent éviter de subir le sort des personnalités évoquées plus haut qui n’eurent pas droit au chapitre. Elles payèrent le prix de la surestimation des idées qu’ils avancèrent à un moment où l’échiquier de l’interaction positive était parsemé de cases plus tumultueuses que ne l’autorisait le champ de l’action.

Si bien qu’il arrive parfois que les voix les plus respectées finissent par perdre le contrôle de soi et sombrent dans le délire du rejet en bloc de toutes critiques, notamment celles qui se montrent plus sceptiques et donc plus exigeantes à leur égard.

Mikhaïl Gorbatchev souffrit le martyre pour avoir pris la décision idoine en vue de sauver les meubles. Un visionnaire qui fut malmené et dont l’héritage ne serait compris, comme il le devrait, que durant la deuxième moitié de notre siècle.

Comment cela ? Quand les observateurs avertis auront eu le temps et l’expertise requise pour méditer l’expérience de la Chine. Dans quel sens ? La Chine démontre chaque jour qu’elle prend le temps qu’il faut et procède par étapes. Elle ne se laisse pas entrainer dans une guerre ouverte avec l’Occident, les États-Unis en tête.

La Chine attendra son temps, comme l’a déjà dit Barak Obama dans ses Mémoires (A Promised Land, 2020), avant d’accepter une certaine parité stratégique avec les États-Unis. C’est justement ce que Gorbatchev aurait essayé de faire pour ne pas tout perdre.

La lecture erronée multiplie les impairs et envoie des messages contradictoires. La revisite des œuvres ignorées ou combattues à leur époque se doit de se faire avec doigté et retenue. Il existe cependant un problème récurrent qui procède d’une perception vague du patrimoine historique et de l’héritage civilisationnel.

La revendication d’un patrimoine est légitime ; cependant si elle est accompagnée de desseins sombres, elle devient un risque auquel il faut faire face. Le risque le plus plausible est l’appropriation par défaut, qui est la résultante de l’immobilisme des gardiens du temple. L’appropriation dont il s’agit est synonyme d’absence de repères identitaires.

La revanche qui renouvèle le serment de la clairvoyance

Les visionnaires ne courent pas les rues. En politique, ils constituent une poignée de personnes qui, autant elles se sentent inspirées, autant elles sont mises à l'index. Le revers de la médaille dans les deux sens.

Quand Feu le Roi Hassan II proposa d’organiser un référendum –dit confirmatif– au Sahara en 1982 au sommet de l’OUA à Nairobi pour couper l’herbe sous les pieds de l’Algérie et de ses soutiens et gagner du temps, il fut critiqué à l’intérieur par certaines forces politiques et mal compris par les alliés et les adversaires à l’extérieur.

Cette proposition ébranla les détracteurs du Maroc dont l’objectif fut et demeure de déstabiliser le pays au-delà du prétexte du conflit régional autour du Sahara. La suite des évènements et la gestion intelligente de toutes les transformations qui en résultèrent conduisirent à la situation actuelle qui fait dire aux observateurs éveillés que ce conflit serait sur la voie de sa résolution définitive en faveur du Maroc.

On pourra multiplier les exemples dans la périphérie arabe. Anouar al-Sadat fut aussi un visionnaire à sa manière quand il s’engagea dans des négociations qui permirent à son pays de récupérer ses terres conquises par Israël en 1967. Par la même occasion, sa démarche offrit l’opportunité aux Palestiniens d’entrevoir la constitution de leur État indépendant sur une superficie deux fois plus grande que ce qu’on leur propose actuellement.

Cependant avoir une vision claire ne s’accommode pas des tergiversations dont peuvent faire preuve des personnalités incarnant une certaine image auprès de l’opinion publique. Si l’on peut admettre que pour les personnalités politiques, l’oscillation apparente peut être interprétée comme étant de la ruse politique, celle-ci pose des questions quand les acteurs politiques portent la casquette d’intellectuels avérés et s’emmêlent les pinceaux en plein réajustement politique et intellectuel.

Il me vient en tête l’exemple de personnalités politiques qui font le tremplin entre l’université et les enceintes d’institutions étatiques. Réputées pour avoir des idées novatrices, elles donnent parfois l’impression, quand elles sont loin des arènes du pouvoir, de tirer sur tout ce qui bouge.

Cependant, une fois qu'elles s'accommodent des senteurs du pouvoir, ces personnalités politiques deviennent plus prudentes pour ne pas dire plus dociles. Seraient-elles guidées par le souci d’adaptation ou par l’impératif du contexte et de la clairvoyance ? Cela importe peu dans la mesure où ce qui compte aux yeux du public, c’est la constance dans les idées comme dans le comportement que ce dernier attend d’eux.

En somme, on est confronté au dilemme de la multiplication des casquettes qui peut être interprété de différentes manières : Un, la compétence : les personnalités qui ne recueillent pas le suffrage idoine de leur temps sont perçues comme étant des individus qui vivent en dehors de la société. Leur seul défaut, c’est de ne pas avoir de soutien conséquent qui leur permette de faire valoir cette compétence. Dans le cas contraire, elles sont victimes de cette compétence qui crée des jaloux.

Deux, l’opportunisme : les personnalités qui sont qualifiées de têtes brûlées qui cherchent à porter atteinte à l’ordre public. Elles le feraient par souci de ramasser la mise en termes d’éloges et de dividendes. C’est ce que leur reprochent leurs adversaires.

Trois, l’hypocrisie et le double jeu. Quoiqu’elles puissent avancer pour se défendre, ces personnalités sont prises pour des hypocrites qui se comportent au gré des circonstances. Plus que de l’opportunisme décrit tantôt, il s’agirait de manque d’éthique et de propension à duper la communauté.

Quatre, l’agitation psychologique. Les personnalités qui sont taxées de ne pas être dans un état mental normal. Il est arrivé dans l’histoire que des penseurs éclairés aient été placés dans des asiles psychiatriques. De tous les asiles les plus insupportables, l’assignation à résidence est le plus insupportable. Cette assignation est doublement meurtrière : elle est physique et morale.

La finalité qui suit la motivation joue un rôle important dans l’intelligibilité des propos de cet article. En effet, il y a des œuvres qui sont ressuscitées qui donnent du vertige aux lecteurs potentiels et aux critiques avides de la surenchère.

Sur ce registre, deux interprétations sont possibles. D’une part, le hasard, comme ce fut le cas de "Canon" évoqué au début de cet article, qui joue un rôle déterminant. Canon, une redécouverte qui continue de sublimer. D’autre part, la préméditation. Ce cas est plus corsé, car le timing de la propulsion d’une œuvre est associé à une ligne tumultueuse de socialisation, de domestication et de contestation d’un projet politique ou d’une idéologie qui prend de l’importance. Le processus est gonflé ou absorbé en raison d’un vide intellectuel qui ne fait que trop durer.

La reconnaissance posthume et l’effigie peuvent bien aider pour se faire bonne conscience. Cependant, ils font long feu à moins que des conclusions soient tirées pour que les œuvres ici et maintenant puissent recevoir l’intérêt qu’elles méritent.

C’est dans cet esprit que je comprends relativement la déception de certains auteurs et politiciens rencontrés récemment qui se lamentent que la société (et les pouvoirs publics) les relèguent aux oubliettes. Ils ne comprennent pas qu’après de loyaux services, ils soient complètement ignorés et que certaines de leurs œuvres maitresses ou actions louables ne soulèvent plus l’enthousiasme d’antan.

L’un d’entre eux, dont je tais le nom par respect, me confie que les lamentations de ses collègues ne riment à rien, car de leur temps ils ont réservé le même sort à des écrivains et des politiciens de renom. C’est de la justice immanente (political justice), c’est tout. Il sirote son café et me met en garde de le citer. En lisant ce papier, il se rendra compte que j’ai tenu ma promesse.

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Le 3 octobre 2025 à 15h24

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