Conflit du Sahara : Ce que cache la fureur de l'Algérie contre l’ONU
Pour comprendre la portée politique de la nouvelle résolution de l’ONU sur le conflit du Sahara, il faudrait l’analyser à l’aune du contexte régional dans lequel elle a été adoptée : une tension sans précédent entre le Maroc et l’Algérie.
Quoique les divergences stratégico-politiques et la conflictualité médiatique ont longtemps constitué la matrice des relations entre ces deux voisins maghrébins depuis au moins quatre décennies, les hostilités ont pris un tournant décisif et plus inquiétant ces derniers mois, arrivant à leur point d’orgue avec la rupture par l’Algérie de toute relation - diplomatique, commerciale, etc. - avec le Maroc.
Et comme si cette soudaine rupture diplomatique et le festival d’accusations, d’arguments ad hominem et d'incessantes virulences médiatiques visant l’éternel ennemi marocain ne suffisaient pas, Alger s’est récemment fendue d’un communiqué tout aussi outrancier à l'égard de l’ONU.
En effet, à peine un jour après l’adoption par le Conseil de sécurité onusien de la Résolution 2602, Alger, déjà tempêtant, mettait le conseil onusien en garde contre toute poursuite du processus politique de l’ONU selon les paramètres adoptés depuis 2007.
Il est un secret de polichinelle que les événements de Guerguerat du 13 novembre de l’année dernière et la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine ont considérablement changé le rapport de force de ce conflit régional autour du Sahara en faveur du Maroc.
Le polisario et l’Algérie veulent créer une guerre dans la région
Durant les douze derniers mois, le polisario et l’Algérie ont remué ciel et terre pour créer une guerre dans la région et pousser le Conseil de sécurité à y intervenir. Ils ont multiplié les communiqués de presse parlant de l’existence d’une guerre qui ferait rage entre le Maroc et le front séparatiste et laissant entendre que la situation pourrait empirer au cas où l’ONU ne s'acquitte pas de sa promesse d’organiser un référendum qui permettrait aux Sahraouis d'exercer leur droit à l'autodétermination.
Toutes ces gesticulations de l’Algérie et du polisario et leur discours belligerent cherchaient à obtenir trois choses.
Premièrement, que le Conseil de sécurité parle des événements du 13 novembre et qu’il exige au Maroc de rétablir le statu quo qui prévalait avant cette date. L’Algérie veut donc à tout prix éviter que le Conseil de sécurité n’entérine tacitement la souveraineté marocaine sur Guerguerat.
Deuxième objectif : faire en sorte que le conseil de sécurité reconsidère sa position sur la prépondérance ou la nécessité d’une solution politique réaliste basée sur le compromis ; qu’il réintroduise un réajustement du mandat de la MINURSO de manière à ce que l’option du référendum soit remise sur la table et que l’Algérie ne soit plus mentionnée ni considérée comme partie prenante au conflit.
Troisième objectif, et non des moindres : ramener la durée du mandat de la Minurso à six mois au lieu d’un an, comme ce fut le cas entre 2017 et 2018. Pour Alger, il faut mettre plus de pression sur le Maroc afin de le pousser à faire des concessions susceptibles de consolider la position que soutiennent l’Algérie et le Front polisario. En d’autres termes, dans un contexte largement marqué par une série de victoires diplomatiques pour le Maroc, Alger estime qu’il est impératif de mettre Rabat sur la défensive.
Le chapitre de Guerguerat est clos
Au grand dam du régime Algérien, le Conseil de sécurité ne semble pas en avoir cure. Le fait que Guerguerat ne soit même pas mentionné dans la dernière résolution consolide davantage les récentes percées diplomatiques du Maroc. Le langage contenu dans la nouvelle résolution montre bien que, pour le conseil de sécurité, le chapitre de Guerguerat est clos et que ce territoire qui faisait auparavant partie des zones tampons est passé désormais sous souveraineté marocaine.
C’est donc dire que la nouvelle résolution est un nouveau camouflet pour l’Algérie. Car en plus de clore le chapitre de Guerguerat, le Conseil de sécurité lui a signifié d’une manière on ne peut plus claire que le réalisme et le compromis politiques - curieusement la position marocaine depuis le fameux Plan d’autonomie de 2007 - est le seul moyen de régler ce différend territorial.
Par ailleurs, à l'instar des résolutions adoptées depuis octobre 2018, le Conseil de sécurité maintient le même format de tables rondes initié en décembre 2018 et considère l'Algérie comme faisant partie intégrante du conflit et non comme un observateur. Cette évolution est d'une grande importance politique dans la mesure où le conseil de sécurité considère que l'Algérie devrait participer à toutes les négociations de solution avec le Maroc, la Mauritanie et le Front polisario.
Pragmatisme et réalisme politique
Le langage qu'adopte le Conseil de sécurité depuis plus de deux ans correspond à la position ferme du Maroc, qui n'a cessé d'appeler l'ONU à reconnaître le rôle de premier plan que joue l'Algérie dans le conflit autour du Sahara, ainsi que sa responsabilité dans la recherche d’une solution politique qui préserverait la stabilité régionale.
L’injonction de pragmatisme et de réalisme politique est l’autre aspect significatif de la nouvelle résolution. Avec la Résolution 2602, il est donc tout aussi question d’une sorte de continuité quant au changement de paradigme qu'a connu la diplomatie onusienne sur la question du Sahara depuis au moins quinze ans: la reconnaissance de l'impossibilité - voire de l'illusion - d’un référendum d'autodétermination.
Plus particulièrement encore, depuis l’adoption de la Résolution 2414 en avril 2018, le Conseil de sécurité ne fait plus que souligner la prépondérance ou la nécessité de négociations politiques basées sur le compromis et le réalisme. Le terme « compromis » est mentionné trois fois dans cette résolution, quatre fois dans la Résolution 2440, puis cinq fois respectivement dans les résolutions 2468, 2494, 2548 et 2602.
Pour mesurer le poids politique du nouveau langage de l’ONU sur le Sahara, il faut le comparer avec les résolutions précédentes, notamment celles adoptées entre avril 2007 et avril 2017. Durant cette période, à l'exception des résolutions 1754 et 1783 qui ne faisaient aucune mention de compromis politique, la nécessité pour les parties d'être guidées par un « esprit de compromis » n'a été mentionnée qu'une seule fois dans chacune des autres résolutions.
Il en est de même pour le terme « réalisme ». Ce terme ne figurait pas dans les résolutions 1754 et 1783 adoptées en 2007, et il n’est évoqué qu'une seule fois dans chacune des résolutions adoptées entre avril 2008 et octobre 2018.
La donne va pourtant considérablement changer avec l'adoption de la résolution 2440, qui mentionne la nécessité de faire preuve de « réalisme » deux fois. Et depuis l’adoption de la résolution 2464, ce principe a été mentionné trois fois dans chacune des résolutions de l’ONU sur la question du Sahara, y compris la résolution 2602.
Ceci est d’autant plus pertinent pour toute analyse du conflit du Sahara, quand on sait l’importance que revêt chaque mot-verbe, adverbe ou adjectif - dans les résolutions du Conseil de sécurité ou des autres organes de l’ONU, et que les délégations des États membres prennent parfois une journée entière à se pencher sur le choix de tel ou tel mot. Ainsi, en mettant l’accent sur la nécessité d’un « esprit de compromis » pour une « solution praticable » au conflit du Sahara, le Conseil de sécurité a une fois de plus donné une fin de non-recevoir à toutes les demandes de l’Algérie et du polisario en vue de l'organisation d’un référendum d'autodétermination.
S’il y a une leçon à tirer de toutes les résolutions adoptées depuis 2007, c’est qu’une solution au conflit du Sahara ne devrait produire ni vainqueur ni vaincu mais devrait plutôt être basée sur un compromis et un réalisme politiques guidés par le souci d’en finir avec la tragédie des milliers de familles Sahraouies sans causer plus d'instabilité régionale.
Pour l'Algérie, cependant, le poumon financier, stratégique et logistique des séparatistes sahraouis depuis plus de quatre décennies, toute solution qui ne débouche pas sur la création d’un Etat indépendant au sud du Maroc constitue une défaite inacceptable.
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