Commémorer les soixante-quinze ans de l’ONU
NEW YORK – L’ONU fut construite sur trois piliers. Le premier était la paix. Le but supérieur de l’ONU était de réussir là où avait échoué, par défaut de conception, la Société des nations, qui l’avait précédée. Il fallait éviter une nouvelle guerre. Créées à l’aube de la guerre froide, les Nations unies devinrent un espace essentiel de dialogue; depuis la chute du mur de Berlin, elles ont contribué dans plusieurs pays à établir la paix.
Le deuxième pilier était les droits humains. En 1948, l’Assemblée générale des Nations unies approuvait la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui définissait pour la première fois les droits fondamentaux, notamment civiques, politiques, sociaux et culturels, que tous les pays étaient contraints de respecter. Si le bilan des mécanismes créés par les Nations unies pour garantir ces droits demeure mitigé, il ne fait aucun doute que la Déclaration universelle marque un moment crucial dans l’établissement des droits humains au rang de priorité internationale.
Le troisième pilier était le développement. Selon la Charte des Nations unies, les pays membres s’engagent "à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande". Le programme de développement affichait également son objectif de réduire les inégalités entre les pays, y compris au moyen de la décolonisation, qui faisait elle-même partie des enjeux prioritaires de l’après-guerre.
Pour favoriser le développement, l’ONU créa quatre commissions régionales entre 1947 et 1973, et soutint les pays en développement en leur apportant une assistance technique, activité institutionnalisée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1965. En outre, l’ONU proclama en 1961, sur la proposition du président des Etats-Unis, John F. Kennedy, que les années 1960 seraient la première "décennie du développement".
Elément essentiel de ce programme, l’ONU cherchait à favoriser la création d’un système économique mondial plus équitable, capable de répartir les fruits du progrès. Tandis que se poursuivait le processus de décolonisation, un nombre de plus en plus important de pays en développement devinrent membre de l’Organisation, qui s’affirma comme le premier espace de discussion et de mise en œuvre des changements apportés à l’ordre économique mondial. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), créée en 1964, soutint ce processus. Parmi ses réussites, on peut compter l’introduction dans le système des échanges mondiaux d’un "traitement spécial et différencié" pour les pays en développement.
Plus tard, l’ONU étendit son action à la garantie faite aux pays en développement d’obtenir un accès aux financements qui leur étaient nécessaires. La Conférence internationale de 2002 sur le financement du développement, qui s’est tenue à Monterrey, au Mexique, avec le soutien du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, marqua à cet égard une étape importante. Deux conférences similaires ont eu lieu depuis, à Doha, au Qatar, en 2008, et à Addis-Abéba, en Éthiopie, en 2015, afin de mettre en œuvre le programme défini en 2002. L’ONU a de même joué un rôle central dans les débats sur le financement de la réponse des pays en développement à la crise du Covid-19.
Mais le progrès économique ne représente qu’une partie de l’équation du développement. Cette constatation a commencé de recevoir l’attention internationale en 1978, avec la publication d’un rapport réalisé par l’Organisation internationale du travail (OIT) qui définissait les "besoins de base" des populations dans les pays en développement: alimentation, habillement, logement, éducation et transports publics. La voie se trouvait ouverte pour le concept de "développement humain", qui allait informer ultérieurement les Rapports sur le développement humain du Pnud.
Après la chute du mur de Berlin, une série de conférences mondiales ont étendu bien au-delà le programme de développement humain. Ainsi la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, qui s’est tenue en 1995, a-t-elle débouché sur la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, soit le document d’orientation le plus avancé existant à ce jour concernant les droits des femmes. En janvier 2011, une entité dédiée, ONU Femmes, a été créée pour se consacrer à la réalisation des objectifs de la déclaration.
ONU Femmes n’est que le dernier élément ajouté au dense réseau d’agences spécialisées qui traduisent l’engagement des Nations unies dans le champ du développement social. Il faut aussi compter, parmi elles, l’Unesco (l’agence des Nations Unies pour la culture et l’éducation), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’OIT fait aussi partie du système des Nations unies. Mais le Programme des Nations unies pour l’environnement, établi en 1972, lors de la Conférence de Stockholm sur l’environnement, constitue un autre maillon essentiel de ce réseau. Depuis lors, une série de conférences parrainées par l’ONU, de la Conférence sur l’environnement et le développement de Rio de Janeiro en 1992, à la Conférence sur le changement climatique de 2015, la COP 21, de Paris, ont débouché sur des accords d’une importance cruciale dans le combat contre le changement climatique, la protection de la biodiversité et l’arrêt de la désertification. Ils représentent à ce jour notre meilleur espoir de conserver une planète habitable. Alors que les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir, on ne saurait surestimer l’importance de ces initiatives.
Ce sont en fait les Nations unies qui ont introduit le concept général de "développement durable", par lequel est reconnue la place que doit être celle d’un développement de long terme et garantissant la santé de tous dans toutes les questions économiques, sociales et environnementales. En 2000, l’ONU ouvrait la voie en établissant le objectifs du millénaire pour le développement (OMD), suivis, en 2015, par les objectifs de développement durable (ODD), qui forment aujourd’hui le grand cadre de référence mondial permettant d’avancer sur ces sujets.
Les Nations unies demeurent une institution jouissant d’une très grande influence. Elles incarnent surtout ce que l’humanité a de meilleur: la foi en une dignité fondamentale pour tous, et dans le travail commun comme unique voie d’y parvenir. Soixante-quinze ans après leur fondation, le monde, à commencer par les Etats-Unis, doit retrouver cette foi, et s’engager à nouveau dans le multilatéralisme qu’elles incarnent.
Traduit de l’anglais par François Boisivon
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