C’est l’absence du lobbying qui est problématique
Quand un pays se développe et cherche à mieux se positionner à l’international, il encadre ses ambitions par une diplomatie active et forte. Celle-ci ne peut se déployer entièrement que par l’appui, entre autres, d’un lobbying ciblé et efficace qui sert ses propres intérêts auprès des Etats et des institutions internationales. Le but ultime est d’anticiper et influencer leurs décisions et de protéger, autant que faire se peut, son rang dans le monde.
Le lobbying devient donc pour un pays l’acte qui consiste à se mettre en contact avec des institutions qui ont un pouvoir politique, dans le but de les convaincre d’aller dans le sens de ses intérêts. Le lobbying, à l’instar du renseignement, devient un pilier de la politique extérieure. En fonction de leurs poids économiques et stratégiques, tous les pays usent de cet outil dans un sens qui leur est bénéfique et qui sert leurs positions.
C’est à partir du 19e siècle que le terme anglais lobbying prend la signification qu’on lui donne aujourd’hui. Il désignait à l’époque les couloirs du parlement, l’antichambre et la salle des pas perdus, où des groupes de pression venaient faire les couloirs pour discuter avec les parlementaires et influencer leurs décisions. C’est pendant ce siècle que le même phénomène ait pris naissance aux États-Unis dans le rez-de-chaussée lobby dans un hôtel en face de la Maison blanche.
Depuis, la pratique du lobbying s’est institutionnalisée dans les pays anglo-saxons d’abord et puis bien plus tard, et timidement, dans les pays de traditions latines où, bien qu’autorisé, il a toujours été mal vu. Chargé de connotations péjoratives du fait qu’il constituerait une forme de contournement de la démocratie représentative, le lobbying n’a été accepté dans cette partie du monde que difficilement.
Les États-Unis comme le Canada ont adopté très tôt des lois pour réglementer les activités des lobbyistes. Le Lobbying Disclosure Act adopté par les États-Unis en 1995 est parmi les règles de transparence établies pour réguler les activités et les pratiques dans ce domaine. Bien plus tard, certains pays européens commencent eux aussi à réguler ces activités. En France plusieurs lois et règlementations ont été votées pour encadrer ces activités au sein de l’Assemblée nationale et du Sénat.
De part et d’autre, et face à la puissance de certains cabinets de lobbying, des règles de transparence et d’éthique à l’encontre des représentants d’intérêts particuliers sont régulièrement votées. Les lois américaines sont celles qui admettent ouvertement le lobbying tout en réduisant son côté confidentiel. En Europe, par contre, il fait désormais partie du paysage politique, mais reste dénigré quand il est pratiqué par des puissances étrangères.
Dans toutes les capitales occidentales, ce sont donc des milliers d’entreprises de lobbyistes qui ont pignon sur rue. A Washington, on en compte des milliers, représentant parfois des intérêts politiques de pays étrangers comme l’American Israel Public Affairs Committee, AIPAC, ou économique comme le National Rifle Association of America, RNA, pour la défense de ports d’armes.
En France, à chaque nouveau gouvernement, les cabinets ministériels se peuplent d’anciens employés de cabinets de lobbyistes. De l’intérieur des ministères, ils défendent plus facilement les intérêts économiques des grandes entreprises pour lesquelles ils travaillaient. C’est ainsi que des personnalités liées aux industries nucléaires, à l’armement, ou tout simplement aux activités viticoles, se trouvent facilement à la tête des mêmes départements.
Le transfert de certains pouvoirs des Etats de l’Union-Européenne a fait de Bruxelles et de Strasbourg les lieux de prédilection des lobbyistes de tous bords. Certains y sont pour défendre les intérêts économiques et politiques des pays membres quand d’autres sont au service des intérêts des pays étrangers. Une troisième catégorie représente la société civile en défendant des sujets comme les droits de l’Homme ou le climat.
Le lobbying est donc l’ensemble de ces actions d’influence réalisées par des groupes de pression envers des élus appartenant à des institutions politiques pour défendre des intérêts donnés et limités dans le temps. Tous les pays qui cherchent à améliorer leur rang et leur positions y ont recours, et souvent de manière discrète. Pratiqué sans tapage, il permet de régler les différends et diminuer les tensions entre les gouvernements.
Au-delà de cet aspect, les actions du lobbyisme tendent également à éclairer les responsables du pays cible sur un sujet donné dont ils ne maitrisent pas totalement les enjeux. Une meilleure compréhension d’un dossier peut infléchir bien des positions et trouver un nouveau terrain d’entente. Elles peuvent également réduire l’impact d’une résolution ou d’une loi en suggérant de modifier ou de supprimer certaines dispositions ou normes qui vont à l’encontre des intérêts d’un pays ou d’une profession.
Au quotidien, le lobbyiste navigue souvent auprès des différents responsables et décideurs pour plaider et défendre ses points de vue. Afin de s’acquitter de sa tâche, il doit avoir un carnet d’adresses bien fourni, des capacités d’analyse et de persuasion, et la maitrise des arcanes de l’administration. Le meilleur lobbyiste reste sans doute celui qui a déjà travaillé et acquis une expérience dans cette même administration dont il connait les rouages et les pratiques.
Une forme moderne de marketing politique et d’influence
Au-delà de la sphère politique qui concerne la défense des intérêts des États, les stratégies de lobbyisme intéressent aussi les grands groupes industriels. Lors de la pandémie Covid, des entreprises pharmaceutiques ont mené des campagnes d’envergure pour valider rapidement des vaccins. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait toujours face au lobbying des industries de tabacs d’alcool et de boissons. Il en est de même pour l’organisation de l’agriculture FAO où les entreprises de produits chimiques et d’OGM sont omniprésentes pour défendre leurs intérêts.
Tous les moyens sont donc mis en œuvre pour convertir les responsables d’une institution donnée à la cause défendue par un lobby. La présentation d’un argumentaire solide, étayé et persuasif permet d’infléchir les décisions d’une administration récalcitrante. Pour ce faire, le lobbying est généralement adossé à des institutions de réflexions et d’influence, à des think-tanks, et aux meilleurs cabinets d’avocats de la place.
Les pays développés sont les premiers à utiliser le lobbying comme levier de leur politique extérieure et n’hésitent pas à adopter des moyens peu éthiques. L’augmentation de leurs budgets au sein des institutions internationales en contrepartie de recrutements de leurs cadres ou de modifications de certaines lois en est un des aspects. Des cadeaux luxueux et des séjours touristiques font aussi partie de l’arsenal utilisé pour faire aboutir leurs stratégies.
Le lobbying, qui se conjugue avec la diplomatie et le renseignement, reflète la puissance d’un État et son désir de défendre ses intérêts et son rang dans le monde. Tous ces aspects composent un soft power pacifique, qui ne tend qu’à endiguer les actions hostiles venant de l’extérieur. Partant de ce constat, tous les pays y ont recours pour protéger et défendre leur intérêts politiques économiques et culturels, là où c’est nécessaire.
De nombreux groupes d’études et des think-tanks sont considérés à travers le monde comme des antichambres pour les lobbyistes. En Europe, tous les parlements sont dotés de commissions en liaison avec les patronats et les hommes d’affaires avec qui ils négocient les projets de loi et les réglementations à venir. Des groupes d’amitiés s’établissent au grand jour avec des pays étrangers pour renforcer la coopération bilatérale.
C’est certainement pour toutes ces raisons que le lobbying est admis ouvertement dans l’exercice des relations entre les États. Il est devenu une forme moderne de marketing politique et d’influence qui traduit la puissance d’une nation. Chaque pays en fait l’usage qui lui convient le mieux pour un seul et unique but, défendre ses propres intérêts et se prémunir contre les attaques des adversaires.
à lire aussi
Article : Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca
Pratt & Whitney Canada a officiellement inauguré, ce mardi 21 avril 2026, sa nouvelle installation au cœur de la zone Midparc à Nouaceur. Détails.
Article : Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère
Porté par un cuivre désormais autour de 13.100 dollars la tonne sur le LME et plus de 6 dollars la livre sur le COMEX, le secteur minier marocain entre dans une phase d’accélération. Entre la montée en puissance de Tizert, les ambitions de Managem (jusqu’à 182.000 tonnes en 2026) et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux tel KGHM, le Royaume se positionne comme un relais stratégique dans un marché mondial sous tension, où transition énergétique et dépenses de défense redessinent la hiérarchie des producteurs. Décryptage.
Article : Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage
Le groupe OCP met en avant, à l'occasion du 18e Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient du 20 au 28 avril à Meknès, sa vision intégrée des systèmes agricoles, illustrant le rôle central du phosphore dans l'articulation entre fertilité des sols, production végétale et alimentation animale.
Article : Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes
Réuni en visioconférence le 21 avril 2026 à l’initiative de Bahreïn, le Conseil ministériel a examiné les répercussions des tensions régionales. De son côté, le Maroc a réaffirmé son soutien aux États concernés et au respect du droit international.
Article : En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises
Paraphé lors d’entretiens avec le ministre de la Justice Gunnar Strömmer et les responsables policiers du pays nordique, le dispositif inclut des canaux rapides de coopération opérationnelle et d’assistance technique.
Article : Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD
C’est l’une des investitures les plus commentées de ce premier round PJDiste. En propulsant Samir Chaouki, journaliste de renom et président du think tank OMEGA, dans la circonscription de Hay Hassani, le PJD envoie probablement, comme il l'avait fait par le passé, un signal d'ouverture. Entre rupture avec les méthodes classiques et volonté de transparence, le candidat se confie à Médias24 sur ce nouveau défi.