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Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Ballet diplomatique

Le 20 janvier 2022 à 12h24

Modifié 20 janvier 2022 à 13h57

Non, il ne s’agit pas de la tournée au Maghreb de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies, Staffan De Mistura. Celui-ci vient de clore sa visite à la région par l’Algérie, pays par lequel il aurait dû commencer, car c’est là où réside le nœud du problème. Il s’agit plutôt d’un autre conflit qui agite réellement les grandes capitales du monde à savoir le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

C’est une valse de visites en trois temps qui s’est déclenchée durant ce mois de janvier pour parer à toute éventuelle confrontation militaire entre russes et ukrainiens. Le 10 janvier, Américains et Russes se sont réunis à Bruxelles. Le 12, l’Otan est en pourparlers avec la Russie. Le 13 s’est tenue à Vienne une réunion entre l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) plateforme de dialogue Est-Ouest issue de la guerre froide.

Encore ce mercredi 19 janvier, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken est de nouveau à Kiev. Il sera à Berlin le 20 pour tenir une réunion avec Allemands, Français et Britanniques. Le 21, il clôtura ce périple par une réunion capitale avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Toutes ces réunions successives sont le reflet de la gravité de la situation dans cette région d’Europe.

Le 17 décembre dernier, Moscou a dévoilé ses intentions dans deux documents dans lesquels les Russes ont mis leurs requêtes et autres propositions pour limiter l’influence de l’Otan dans leur voisinage immédiat. Washington s’est dit prêt pour en discuter le contenu, en consultation avec les premiers intéressés, à savoir les Européens, et principalement les Ukrainiens.

Les deux textes russes demandent explicitement l’interdiction de tout élargissement de l’Otan dans la zone ex-soviétique proche de la frontière russe. En réaction à ces exigences, le porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki, a affirmé que les États-Unis comprennent que certaines choses sont inacceptables pour Moscou, mais ajoute qu’en cas d’agression contre l’Ukraine, il y aura des conséquences massives sur la Russie.

Ces événements qui concernent l’Ukraine rappellent étrangement la crise des missiles de Cuba en octobre 1962 qui a opposé les États-Unis à l’Union soviétique. A l’époque, Moscou avait déployé des missiles nucléaires pointés en direction du territoire américain, ce qui a failli mener les deux blocs au bord de la guerre nucléaire. L’arrangement trouvé a été de retirer ces armes nucléaires, russes et américaines, de Cuba et d’Europe, et la promesse faite par Washington de ne jamais envahir l’île.

C’est la résolution de cette crise des missiles qui a permis à la communauté internationale d’ouvrir, après la guerre froide, une nouvelle ère de détente et de coexistence pacifique. L’installation d’un téléphone rouge entre Washington et Moscou, pour établir une communication directe et rapide, a été l’une des grandes résolutions qui avait, à l’époque, marqué les esprits. Est-il possible d’en faire autant avec la crise ukrainienne ?

Multitude d’acteurs

Si durant la crise de Cuba les antagonistes étaient américains et soviétiques, cette fois-ci les acteurs sont nombreux, ce qui complique davantage la recherche d’une solution qui puisse satisfaire à la fois russes, américains ukrainiens, et le reste des européens. Ces derniers ont de surcroît des doutes sur la volonté réelle de Joe Biden de les soutenir inconditionnellement, lui qui les a abandonnés en Afghanistan, et reculé devant la construction du gazoduc russe pour satisfaire les allemands.

C’est pour éviter ce genre d’imbroglios que Washington a procédé à ces séquençages diplomatiques consistant à traiter la crise ukrainienne à plusieurs niveaux. Au niveau bilatéral d’abord entre eux et les Russes, au niveau de l’Otan et la Russie et, enfin au niveau de l’OSCE. Dans toutes ces rencontres, le dénominateur commun était la présence effective de Washington pour piloter aussi bien les discussions que les conclusions qui en seront issues.

Par ailleurs, il paraît difficile de concevoir l’idée que les Américains puissent décider par eux-mêmes de quoi que ce soit avec les Russes, sans consulter au préalable leurs alliés européens qui, en définitive, sont les premiers concernés. Face aux Russes, ils ont rappelé que, pour éviter toute aggravation de la situation, la sécurité de leurs alliés est la ligne rouge qu’il ne faudrait pas que les Russes dépassent.

Dans ce bras de fer entre l’Occident et la Russie, Vladimir Poutine, de son côté, semble avoir la suite dans les idées. Depuis longtemps, il conteste l’ordre international établi en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, ainsi que le rôle de l’Otan dans son proche voisinage. L’annexion de la Crimée en 2014, et la déstabilisation de la région Donbass en Ukraine, comme ses interventions en Syrie et au Mali, en sont ses actions les plus visibles.

Bien que les hauts responsables américains aient été fermes à l’égard des Russes, les Européens restent méfiants aux éventuels marchandages qui peuvent se négocier derrière leur dos. Comment ne peuvent-ils pas l’être, quand ils s’aperçoivent que l’ordre du jour, comme les documents soumis aux négociateurs, ont été largement dictés par les diplomates russes sur fond de menaces de leurs troupes à la frontière avec l’Ukraine ? Malgré cela, ils sont conscients que la protection américaine représente, pour le moment, leur unique gage de sécurité.

La Russie campe à ce jour fermement sur ses positions initiales. Elle réclame l’interdiction de tout élargissement de l’Otan, en particulier vers l’Ukraine, et la fin des activités militaires occidentales dans sa zone d’influence. Poutine pense au fond de lui, que c’est le moment d’agir, par la force si cela s’avère nécessaire, tant que l’Ukraine est affaiblie et que les États-Unis sont absorbés par la montée de la Chine. Dans quelques années une telle action lui serait difficile et compliquée.

La sagesse voudrait que la force militaire ne soit exhibée qu’en dernier recours. Or dans le cas ukrainien, la Russie l’a déployée avant les négociations qui semblent, pour le moment, sans issue. Toute soumission d’un camp à l’autre serait vue pour les uns comme une défaite et par les autres comme une humiliation. Une chose est cependant sûre. Le système international, qui est en perpétuelle évolution, est fait de tensions, de confrontations et parfois aussi de ruptures. Il n’y a que par la négociation et le compromis que Poutine pourra marquer des points pour se maintenir au pouvoir, et que Biden pourra enfin s’atteler à contenir la Chine pour les trois années qui lui restent de son mandat.

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