Amnesia
Le 16 mars 2009, s’éteignait l’écrivain et penseur marocain Abdelkébir Khatibi. Figure de proue de la littérature et de la sociologie auxquelles il a tant donné, quoi de plus normal que de lui consacrer un hommage commémoratif en guise de souvenir et de reconnaissance ? Que nenni !...
Comme pour les trois précédentes éditions passées sous silence, ce cinquième anniversaire de la disparition d’Abdelkébir Khatibi n’a pas eu lieu comme le voudraient ici les convenances, devoir de mémoire oblige… Mieux encore, il n’a pas eu lieu du tout !
Pas la moindre évocation par ses pairs, écrivains, poètes, penseurs, artistes…ceux-là même qui lui doivent tant.
Pas la moindre initiative allant dans ce sens, de la part des milieux universitaires qui n’ont de cesse de se référer à ses nombreux travaux de recherche.
Et enfin pas une ligne, pas un mot à ce propos dans les médias, censés pourtant faire l’actualité, et donc anticiper, inciter même, le cas échéant.
Et pourtant…
Auteur d’une œuvre dense et multiforme (roman, essai, sociologie, linguistique, arts…), ayant donné lieu à pas moins de trente six publications et une multitude de communications et autres interventions dans les colloques et les séminaires initiés au Maroc et à l’étranger, Abdelkébir Khatibiaura investi tous les champs de l’écriture et de la recherche scientifique. Avec toutefois, chez lui, une prédilection certaine pour la poésie, le point de départ et d’arrivée : "J’essaie de cheminer vers le Poème". Les thèmes de ce cheminement jubilatoire de plus de quarante ans sont notamment l’identité /l’altérité, la lutte des classes, la mystique du signe, l’aimance…
La pensée de Khatibi et ses travaux notamment autour du plurilinguisme ont été d’un impact certain pour les penseurs et les philosophes de la dimension d’un Roland Barthes "Ce que je dois à Khatibi (…) qui saisit l’autre à partir de notre même", ou d’un Jacques Derrida, lequel met en exergue la richesse de l’apport de Khatibi en la matière. De même, cet apport pluridisciplinaire fait l’objet de travaux de recherche dans les grandes universités à travers le monde. Etc.
Or, ici et maintenant, que reste-il de tout cela ?
Reste cette invite de l’auteur du Livre du sang :« Laissons un instant le regard glisser, sur la surface des murs, laissons-le rejaillir du marbre, du stuc ou du bois, sur toutes matières à faire étinceler une effervescence nostalgique ». Prémonitoire...
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