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Lee Jong-Wha

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Abenomics et l'Asie

SEOUL - L'agenda économique du premier ministre japonais Shinzo Abe - surnommé "Abenomics" - semble fonctionner pour son pays. Il est prévu que la politique monétaire expansionniste injecte des liquidités dans l'économie japonaise jusqu'à ce que l'inflation atteigne l'objectif de 2% fixé par la Banque du Japon, tandis que la politique budgétaire expansionniste devrait se poursuivre jusqu'à ce que la reprise économique se confirme.

Le 22 avril 2013 à 15h33

En conséquence, la confiance des consommateurs et des investisseurs est de retour. Le marché boursier japonais a bondi de plus de 40% depuis novembre de l'année dernière, au moment où il est devenu clair que Abe formerait le prochain gouvernement, et les exportations et la croissance sont également en augmentation. Avec un écart de production important et une faible pression inflationniste, les politiques expansionnistes présentent un grand potentiel pour la relance de l'activité économique.

Mais d'autres pays - y compris les économies asiatiques voisines - craignent que le Japon ne dévalue le yen pour soutenir les exportations et la croissance à leurs dépens. Certains ont accusé le Japon d'alimenter une " guerre des devises " mondiale. L'anticipation d'une expansion monétaire agressive a fortement affaibli le yen, qui a chuté de près de 20% face au dollar en à peine un peu plus de quatre mois.

Bien sûr, la sortie du Japon du piège déflationniste dans lequel il se trouve depuis 15 ans et de la stagnation économique qu'il connaît depuis deux décennies serait une bonne chose pour le monde. Le Japon demeure la troisième économie du monde, le quatrième secteur commercial et le troisième marché d'exportation pour la Chine et la Corée du Sud voisines, qui ont donc tout à gagner si " Abenomics " revitalise la demande intérieure japonaise. De manière plus générale, étant donné la récession européenne et la remontée très lente du volume du commerce mondial, une croissance renouvelée et un renforcement de la demande d'importation au Japon soutiendraient la reprise mondiale.

La question est maintenant de savoir si Abenomics peut atteindre ses objectifs sans déstabiliser l'économie mondiale, en particulier les économies asiatiques voisines. Pour y parvenir, les décideurs japonais devraient se concentrer sur une croissance plus durable tout en évitant le cercle vicieux de la dévaluation compétitive et du protectionnisme par rapport aux partenaires commerciaux du pays. En particulier, les politiques monétaire et fiscale expansionnistes - qui sont utiles à court terme - doivent être accompagnées par des réformes structurelles fondamentales.

La déflation et la stagnation économique du Japon au cours des deux dernières décennies s'expliquent en grande partie par un dysfonctionnement du système financier et une insuffisance de la demande privée. L'effondrement des bulles d'actifs dans les années 1990 a laissé le système financier japonais et le secteur privé aux prises avec une dette énorme. La reprise a commencé seulement après que les faiblesses bilantaires des secteurs financier, des ménages et des entreprises aient été solutionnées. Une croissance durable exige une demande soutenue du secteur privé.

L'assouplissement monétaire et la relance budgétaire, combinés avec des mesures structurelles pour restaurer la santé financière des entreprises privées, devraient stimuler les dépenses des ménages et l'investissement des entreprises. En effet, l'impact de la dépréciation du taux de change réel sur la croissance est susceptible d'être de courte durée, à moins que l'augmentation des bénéfices des entreprises dans le secteur des exportations ne fasse augmenter la consommation des ménages et l'investissement. Et pourtant, la stabilité financière et budgétaire pourrait être mise à mal si l'augmentation de l'inflation et la dépréciation monétaire coupaient l'appétit des investisseurs pour les emprunts d'état japonais, ce qui ferait grimper les taux d'intérêt nominaux.

C'est pourquoi le succès de Abenomics ne dépend pas de la relance à court terme fournie par l'expansion monétaire et les politiques budgétaires agressives, mais bien sur un programme de réformes structurelles capable d'accroître la concurrence et l'innovation, ainsi que de combattre les effets néfastes d'un vieillissement de la population.

Le Japon, bien sûr, n'est pas le seul à utiliser les politiques de change pour maintenir la compétitivité des exportations. Les autorités de nombreuses économies émergentes interviennent sur les marchés des changes pour éviter une appréciation du taux de change et une perte de compétitivité à l'exportation. Mais si le Japon commence à intervenir directement sur les marchés mondiaux des changes afin d'assurer un affaiblissement du yen, les concurrents voisins répondront du tac au tac. Le danger d'une guerre des devises et du protectionnisme ne doit pas être sous-estimé.

En Corée du sud, les leaders du gouvernement et des entreprises craignent qu'une appréciation du won, qui a récemment atteint son plus haut niveau face au yen depuis août 2011, ne porte atteinte aux principaux secteurs d'exportation, y compris les automobiles, les machines et l'électronique. Un rapport d'un institut de recherche coréen montre que l'économie coréenne pourrait entrer en récession si le taux de change yen-dollar se rapproche de 118, son niveau moyen en 2007.

En outre, l'assouplissement quantitatif sans limite de la Banque du Japon, la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne augmente également le risque de flux de capitaux volatiles et de bulles d'actifs dans les économies émergentes d'Asie. Les responsables chinois ont soulevé de sérieuses préoccupations concernant les risques croissants d'inflation et de bulles immobilières.

Cette situation délicate pourrait dégénérer en une augmentation des interventions sur les marchés des changes, du protectionnisme commercial et des contrôles de capitaux. Les politiques de protectionnisme national réduiraient le volume total des échanges - un jeu à somme nulle dont personne ne bénéficierait. Après tout, les exportations japonaises dépendent des marchés émergents et en développement, l'Asie de l'est représentant à elle seule près de la moitié des ventes à l'étranger du Japon.

L'économie régionale bénéficierait d'une meilleure coordination des politiques de change et monétaires. Des mécanismes tels que le G-20 et l'ASEAN +3 (ASEAN, Chine, Japon et Corée du Sud) devraient être utilisés plus activement pour favoriser le dialogue politique et les mécanismes de supervision. Les économies de l'Asie de l'est pourraient alors, au fil du temps, coopérer pour renforcer la stabilité régionale des changes, créant ainsi un environnement plus propice aux échanges intra-régionaux.

L'économie du Japon évolue enfin, ce qui augure de bonnes choses pour l'Asie et le monde. Mais, en dépit de sa vigueur nouvelle, les avantages de la reprise pourraient s'avérer de courte durée si un sentier de croissance durable et solidaire n'est pas trouvé.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate


 

Tags : Indonésie
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Le 22 avril 2013 à 15h33

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