Omar El Hyani
IngénieurA quand un Système d’alerte à la population au Maroc?
Les catastrophes naturelles récentes survenues au Maroc ont rappelé une vérité fondamentale : en temps de crise, la seconde est une unité de mesure vitale. Si le Maroc a réalisé des avancées notables dans ses capacités de prévision météorologique et de gestion post-catastrophe, il subsiste un maillon manquant dans sa chaîne de résilience : un Système d'alerte à la population (SAP) moderne, automatisé et universel.
Actuellement, le Maroc s'appuie principalement sur des bulletins de vigilance de la Direction générale de la météorologie, diffusés via les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Bien que précis, ce modèle repose sur une démarche active du citoyen (aller chercher l'information).
Un système de type SAP inverse cette logique. Grâce à la technologie Cell Broadcast (diffusion cellulaire), les autorités locales peuvent envoyer une notification intrusive et sonore sur tous les téléphones mobiles d'une zone géographique précise, sans avoir besoin des numéros de téléphone et sans risque de saturation du réseau.
Que ce soit pour des catastrophes naturelles (séismes, inondations, tempêtes, vagues de chaleur extrêmes, tsunamis…), des événements d’origine humaine (attentats terroristes, incendies…), ces systèmes deviennent cruciaux pour sauver des vies.

En Europe par exemple, la directive européenne 2018/1972 impose aux États membres un système d'alerte via mobile (EU-Alert). Aucun téléchargement d'application n'est requis. Le message s'affiche sur l'écran verrouillé avec un signal sonore spécifique, même si le téléphone est en mode silencieux.
Aux Etats Unis, le Wireless Emergency Alerts (WEA) est intégré à l’Integrated Public Alert & Warning System de la Federal Emergency Management Agency, qui est un système plus global incluant les téléphones mobiles, la radio et télévision et le système d'alerte météorologique NOAA. Il est notamment utilisé pour les alertes météo extrêmes et les alertes enlèvement (Amber Alert).
Pour qu'un tel système soit efficace au Maroc, il ne suffit pas d'envoyer un message. Il faut une architecture robuste qui lie la détection scientifique à la réception citoyenne.
Il s’agit d’abord de définir l’autorité de gestion centrale. Le choix du ministère de l’Intérieur, du fait de ses prérogatives et de sa tutelle de la Protection civile, paraît le plus approprié. Ce service doit être directement lié à la Direction générale de la météorologie, à l’Institut national de géologie et à toutes les institutions scientifiques susceptibles de donner des alertes immédiates par rapport à des catastrophes naturelles. Des délégations au niveau des provinces peuvent également être accordées pour plus de célérité, liées à des événements localisés.
Il faudrait également introduire au cahier des charges des opérateurs de télécommunications une obligation de diffuser gratuitement les messages d'alerte critique via leurs antennes, sur la base du Common Alerting Protocol (CAP) adopté par l’Union internationale des télécommunications. Chaque opérateur est, dans ce cas, tenu d’installer un Cell Broadcast Center (CBC), plateforme logicielle permettant d’envoyer un signal radio à toutes les antennes d'une zone. Son principal avantage est de ne pas saturer le réseau (même si 1 million de personnes sont au même endroit) et permet sa réception en moins de 10 secondes.
Le protocole CAP permet d’envoyer des messages multilingues, géolocalisés, mais aussi cryptés et authentifiés, pour s’assurer de la provenance des messages.
L'adoption d'un Système d’alerte à la population ne serait pas seulement un gain de sécurité, mais aussi un atout de souveraineté et de développement. Avec un taux de pénétration mobile dépassant les 140%, le téléphone est le moyen le plus sûr de toucher chaque Marocain, y compris dans les zones reculées. Les touristes étrangers, souvent déconnectés des médias locaux, peuvent également recevoir automatiquement les alertes sur leur téléphone en itinérance. Le SAP permet par ailleurs de donner des consignes précises (évacuer, rester confiné, monter dans les étages) et réduit les appels de panique vers les centres de secours.
Dans un monde de plus en plus menacé par les catastrophes naturelles liées aux changements climatiques, mais aussi aux instabilités géopolitiques, l’adoption d’un SAP au Maroc n’est plus un luxe, mais une nécessité vis-à-vis de sa population et de ses visiteurs.
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