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La France agricole a crié son ras-le-bol des normes et des contraintes

m24-En-continu
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Le 5 novembre 2014 à 16h58

Les agriculteurs, qui se sentent incompris et accablés par les contrôles et les réglementations, ont crié leur ras-le bol mercredi dans tout le pays, avec plus de 35.000 agriculteurs mobilisés selon la FNSEA, "du jamais vu depuis des années".

Le syndicat majoritaire FNSEA et les Jeunes Agriculteurs avaient appelé dès septembre à cette mobilisation, rejoints ensuite par les Chambres d'agriculture.

Entre-temps, le barrage de Sivens a ravivé l'exaspération, les agriculteurs de la FNSEA défendant un projet légitime selon eux et destiné à irriguer des terres agricoles.

Après la mort d'un militant écologiste sur le site, les responsables syndicaux avaient appelé toutefois à défiler dans le calme, aucun débordement ne pouvant être admis dans ce contexte.

- Fumier sur un local des Verts -

Mercredi en fin d'après midi, la FNSEA dénombrait 92 actions et 36.500 agriculteurs dans les rues sur fond de slogans sans équivoque: "Lâchez-nous la grappe", "400.000 normes… combien de paysans demain ?", "laissez nous travailler".

Sur Twitter, son président Xavier Beulin saluait une mobilisation "jamais vue depuis des années" et des actions réalisées "dans le respect et la dignité".

Un avis que ne partageait pas les Verts, à commencer par Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'EELV, qui regrettait sur Twitter que "les barons de la mal-bouffe déversent leur fumier sur la France".

Au Mans ou à Moulins dans l'Allier, les esprits se sont échauffés en fin de manifestations, les forces de l'ordre faisant l'usage de gaz lacrymogène.

Le local EELV de Toulouse a été recouvert de fumier.

Et dans de nombreuses villes, les agriculteurs ont laissé sur leurs passages des tonnes de fumiers, pneus et autres denrées agricoles.

A Nantes, ils ont lâché des ragondins vers la préfecture et jeté des animaux morts (ragondins et un sanglier) sur des tas de fumier, purin, lisier, poireaux.

Mais dans l'ensemble, les rassemblements se sont conclus dans le calme.

- "Pas de visibilité" -

"Les paysans sont victimes d'une crise économique et d'une crise réglementaires mais sont surtout en plein doute identitaire avec aucune visibilité sur leur avenir", explique à Châlons-en-Champagne Thierry Huet, le président de la FNSEA Champagne-Ardenne.

"Nous subissons depuis deux ans un empilement de taxes sur le travail et de normes fiscales, sociales et environnementales qui finissent par menacer nos métiers", a pour sa part estimé Pascal Ferat, qui préside le syndicat général des vignerons (SGV) de Champagne et qui manifestait exceptionnellement pour l'occasion.

En cause surtout et avant tout les contraintes de respect de l'environnement, à commencer par la directive nitrates.

Cet été la directive nitrates (dérivés des engrais azotés) a fait basculer près de 4.000 communes et 63.000 exploitations dans l'illégalité, en imposant aux exploitants des investissements parfois coûteux pour limiter la pollution des eaux et une éventuelle prolifération d'algues vertes.

A Dijon, le président des JA de Bourgogne, Samuel Legrand, a même prévenu: cette manifestation "est la dernière sommation" et "s'il faut bloquer le pays, on le fera".

- Patriotisme alimentaire -

Autre revendication: le patriotisme alimentaire. Les deux syndicats réclament que deux plats sur trois soient confectionnés avec des produits français dans les cantines publiques.

Ainsi, de nombreuses actions sont allées dans ce sens comme dans le Nord, où des agriculteurs ont visité des cuisines de sociétés qui alimentent des cantines publiques. "Et on a pu vérifier qu'ils avaient une grande quantité de produits étrangers dans leur frigo", regrette Eric Taisne, directeur de la FNSEA du Nord

Reprenant dans sa bouche les termes de Xavier Beulin, le Premier ministre Manuel Valls a reconnu que la crise dans les campagnes était "économique, sociale mais aussi morale".

Et devant les députés, il a annoncé le lancement d'une mission pour simplifier les contrôles sur la Politique agricole commune (PAC), environnementaux et sanitaires.

Dès mardi, pour apaiser les tensions, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, avait promis d'appliquer la directive nitrate au plus près, en évitant des contraintes injustifiées.

Et depuis septembre, le gouvernement a multiplié les gages: l'écotaxe a été enterrée et Stéphane Le Foll a procédé au versement fin octobre par anticipation de 3,4 milliards d'euros d'aides de la Politique agricole commune (PAC). Mardi encore, il annonçait la publication d'un guide pour favoriser l'achat de produits alimentaires français dans les marchés publics.

La Confédération paysanne, syndicat minoritaire rendu célèbre par son ancien porte-parole José Bové a elle raillé une manifestation "pour le droit à polluer en paix". Selon elle, "la colère est véritable, profonde, justifiée" mais il faudrait "s'en prendre aux vrais responsables".

Le Front National, qui prône une renationalisation des aides de Bruxelles, a lui tenu à apporter son soutien aux manifestants.

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Le 5 novembre 2014 à 16h58

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