La production d’avocats au Maroc peut-elle retrouver ses niveaux records malgré les vagues de chaleur ?
Après une campagne tombée à environ 75.000 tonnes contre près de 120.000 t un an plus tôt, la filière marocaine de l’avocat mise sur l’entrée en production de nouvelles plantations pour compenser une partie des pertes provoquées par les chaleurs précoces de mai. Mais la récolte, qui débute à la mi-septembre, dépendra encore des températures de juillet et d'août, alors que tous les producteurs ne disposent pas des mêmes moyens pour protéger leurs vergers.
L'essentiel
- Les vagues de chaleur de fin mai ont frappé les avocatiers au moment le plus sensible de la formation des fruits, provoquant des chutes précoces et des brûlures dans plusieurs exploitations.
- La mortalité des arbres reste toutefois limitée à moins de 5% du verger national, malgré des inondations localisées dans le Gharb.
- L’entrée en production de nouvelles plantations pourrait compenser une partie des pertes et permettre d’atteindre entre 110.000 tonnes et 120.000 t lors de la prochaine campagne.
- Cette prévision dépendra des températures de juillet et d’août, alors que les moyens de protection contre la chaleur restent inégalement accessibles aux producteurs.
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Les détails
Les vagues de chaleur exceptionnellement précoces enregistrées à la fin du mois de mai ont durement affecté les vergers d'avocatiers au Maroc, au moment le plus sensible de leur cycle de développement. La filière espère retrouver, lors de la prochaine campagne, un niveau de production proche de celui de la saison 2024-2025, mais tout dépendra des conditions climatiques des prochaines semaines.
La mortalité des arbres est inférieure à 5% du verger national
Des températures dépassant les 40°C, traditionnellement observées au mois d'août, se sont installées dès la fin du mois de mai dernier durant près d'une semaine. Contacté par Médias24, Abdellah El Yamlahi, président de la Moroccan Avocado Association (MAVA), nous explique que "cette vague de chaleur est intervenue alors que les avocatiers sortaient à peine du stade de floraison pour entrer dans la phase de formation des fruits".
"À ce stade, les fruits sont encore de très petite taille et particulièrement vulnérables aux stress climatiques. Sous l'effet des températures élevées, une importante chute physiologique des jeunes fruits a été constatée, entraînant des pertes de rendement dans plusieurs exploitations", souligne notre interlocuteur.
"La filière a ensuite été confrontée à une nouvelle vague de chaleur, qui a provoqué des brûlures sur certains arbres et occasionné des dégâts supplémentaires dans les vergers."
"Les fortes pluies ayant suivi ces épisodes caniculaires ont également provoqué des inondations localisées, notamment dans la région du Gharb. Dans certaines parcelles, des arbres sont morts, mais ces pertes restent limitées", estime-t-il.
Selon les estimations du président de la MAVA, "la mortalité des arbres demeure inférieure à 5% de l'ensemble du verger national".L'entrée en production de nouvelles superficies pourrait compenser les pertes liées aux chaleurs de fin juillet et d'août
À ce stade, les professionnels du secteur indiquent qu'il est encore trop tôt pour établir une prévision définitive de la récolte pour la saison prochaine, qui démarre vers la mi-septembre, "d'autant que d'autres vagues de chaleur sont susceptibles d'intervenir durant les mois de juillet et d'août", nous explique notre interlocuteur. "Une telle situation pourrait, une fois de plus, affecter la production. La visibilité sur les volumes attendus reste donc limitée."
La filière bénéficie toutefois d'un facteur favorable. "Ces dernières années, de nouvelles superficies plantées sont progressivement entrées en production. Les arbres, âgés de deux à trois ans, sont désormais suffisamment développés pour produire leurs premiers volumes et présentent une meilleure résistance aux conditions climatiques."
Selon Abdellah El Yamlahi, "cette montée en puissance des nouvelles plantations pourrait compenser, au moins en partie, les pertes provoquées par les épisodes de chaleur."
"Il devrait donc y avoir un certain équilibre entre les pertes liées aux conditions climatiques et l'apport des nouvelles superficies entrées en production", précise-t-il, reconnaissant toutefois que "les vagues de chaleur constituent un défi structurel croissant pour la culture de l'avocat au Royaume".
Un retour espéré aux niveaux de production d'avant la baisse
La production de la campagne 2025-2026 s'est établie à environ 75.000 tonnes, contre près de 120.000 tonnes lors de la campagne 2024-2025.
Pour la prochaine campagne, les perspectives sont meilleures, à condition que les fortes chaleurs ne se poursuivent pas durant l'été.
"En l'absence de nouvelles vagues de chaleur importantes en juillet et en août, on estime que la production pourrait atteindre entre 110.000 et 120.000 tonnes, retrouvant ainsi un niveau proche de celui de la campagne 2024-2025."
"Nous pourrons toutefois établir une estimation plus précise à partir du mois de septembre", ajoute M. El Yamlahi. À cette date, les fruits auront suffisamment évolué pour permettre d'évaluer le potentiel réel de la récolte.
Notons que la saison de l'avocat démarre généralement à la mi-septembre et se poursuit jusqu'au mois d'avril.
Des moyens d'adaptation encore inégalement accessibles
D'après notre source, la superficie consacrée à l'avocat au Maroc est aujourd'hui estimée entre 13.000 et 15.000 hectares, principalement concentrée dans la région du Gharb, entre Larache et Khémisset.
Pour limiter les effets des fortes chaleurs, plusieurs techniques sont utilisées par les producteurs. Certains ont recours à des fertilisants à base d'algues, qui renforcent la résistance des arbres à la chaleur.
D'autres exploitations disposent, pour leur part, de systèmes de brumisation qui diffusent de fines gouttelettes d'eau afin de rafraîchir les arbres durant les pics de chaleur. "Une irrigation adaptée permet également d'éviter que les avocatiers ne souffrent d'un déficit hydrique", souligne par ailleurs notre interlocuteur, qui explique que la reprise de l'irrigation dans la zone du Gharb ne peut qu'être bénéfique pour le secteur.
"Les exploitants ne disposant pas de ces équipements resteront particulièrement exposés aux fortes chaleurs, qui pourraient affecter fortement leur production", conclut Abdellah El Yamlahi.
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