“L’objectif est que, grâce à la réforme, l’évolution des frais de scolarité soit calée sur l’inflation” Alexandre Morois (AEFE)
En dix ans, près de 11.000 élèves supplémentaires ont rejoint les établissements français du Royaume. Mais derrière cette croissance spectaculaire, une inquiétude s’installe. Combien de familles pourront suivre si les tarifs progressent plus vite que leurs revenus ? Dans cet entretien exclusif avec Médias24, le directeur général de l’AEFE répond à cette question sensible et expose les arbitrages qui détermineront à la fois le prix, la qualité et le public de l’enseignement français au Maroc.
L'essentiel
- Mener à bien la réforme de l’AEFE afin d’assurer la pérennité de l’Agence et de bâtir un modèle économique plus soutenable.
- Donner aux familles davantage de visibilité sur l’évolution des frais de scolarité, avec l’objectif de les aligner à terme sur l’inflation.
- Renforcer l’attractivité du réseau au Maroc par l’investissement, la formation des enseignants, le plurilinguisme et l’innovation pédagogique.
- Accompagner le développement des établissements tout en améliorant l’inclusion, le bien-être des élèves et la coopération éducative avec le Maroc.
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Les détails
Nommé en juin à la tête de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), Alexandre Morois prend les commandes d’un réseau engagé dans une transformation d’ampleur, appelée à entrer en vigueur à partir de la rentrée 2027.
Gouvernance, maîtrise des coûts, investissements, innovation pédagogique et développement des établissements... le nouveau directeur général détaille à Médias24 les contours d’une réforme présentée comme décisive pour l’avenir du modèle.
Au Maroc, où près de 50.000 élèves sont scolarisés dans 45 établissements, il promet une gestion plus soutenable, davantage de visibilité pour les familles et la fin de la hausse mécanique des frais de scolarité, dont l’évolution doit à terme être alignée sur l’inflation.Les familles marocaines devraient ressentir directement les bénéfices du modèle économique soutenable que nous allons mettre en place
Médias24 : Sachant que votre prise de fonctions intervient au moment où plusieurs réformes structurantes sont engagées, quelles seront vos priorités dans les prochains mois ?
Alexandre Morois : Ma première priorité est de mener à bien la réforme de l’Agence, qui permettra d’assurer sa pérennité.
C’est le mandat qui m’a été confié et je pense qu’il est important que les propositions émanent de l’AEFE elle-même. Ce sont en effet celles et ceux qui, au quotidien, animent le réseau de l’enseignement français à l’étranger qui sont les mieux à même d’élaborer un plan d’action qui répondra aux difficultés actuelles et, au-delà, nous permettra de nous projeter dans l’avenir.
Je mènerai ce chantier stratégique sur la base des orientations qui ont été fixées par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et en m’appuyant sur les recommandations figurant dans les rapports qui viennent d’être publiés sur l’AEFE : d’une part, les deux rapports demandés par le gouvernement, celui de la sénatrice Samantha Cazebonne et celui des trois inspections ; d’autre part, les rapports de la commission de la culture du Sénat et de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
Je le ferai aussi dans une concertation étroite avec tous les acteurs de l’enseignement français à l’étranger : fédérations de parents d’élèves, représentants des enseignants, organismes gestionnaires…
Le réseau est notre bien commun et nous devons le faire évoluer pour que chacun s’y sente pleinement reconnu.
Le calendrier est assez contraint, puisque l’objectif est que les mesures soient adoptées lors du conseil d’administration de la fin d’année pour une mise en œuvre à la rentrée de septembre 2027. Pour autant, nous sommes déterminés à le tenir.
— Quels changements concrets les familles marocaines peuvent-elles attendre ?
— Je pense que les effets de la réforme seront particulièrement sensibles dans un pays tel que le Maroc, qui se distingue par un réseau dynamique avec un paysage d’acteurs en évolution permanente.
Les établissements d’enseignement français au Maroc devraient profiter directement de la mise en place d’un pilotage plus stratégique de notre réseau, que ce soit à l’échelle mondiale ou à l’échelle d’un pays. Cela permettra de mieux exploiter les synergies entre les acteurs ainsi que leur potentiel de développement.
Les familles marocaines qui scolarisent leurs enfants dans nos établissements devraient aussi ressentir directement les bénéfices du modèle économique soutenable que nous allons mettre en place pour l’Agence.
Ce modèle signifiera concrètement une optimisation de notre gestion des ressources humaines, une gestion plus performante permettant une vraie efficience budgétaire et, au final, une moindre pression sur les frais de scolarité.L’objectif est que, grâce à la réforme, l’évolution soit calée sur l’inflation
— La hausse des frais de scolarité suscite une vive inquiétude au Maroc. Pouvez-vous garantir que les réformes en cours ne conduiront pas à faire davantage peser le financement du réseau sur les familles ?
— L’objectif de la réforme est précisément de rompre avec la dynamique qui a été engagée il y a plusieurs années : des charges en augmentation, qui se répercutent mécaniquement sur les frais d’écolage.
Les mesures structurantes que nous allons proposer vont en effet permettre de réduire, dès 2027, les dépenses de l’Agence, et les parents d’élèves devront en voir les effets concrets.
Lorsque je les écoute – cela a été tout particulièrement le cas lorsque je suis venu au Maroc il y a trois semaines –, j’entends essentiellement une demande de plus grande prévisibilité sur l’évolution, dans le temps, des frais d’écolage.
C’est ce que nous allons rechercher en priorité : une cible pluriannuelle claire et soutenable pour tous.
— À quelle augmentation concrète des frais de scolarité doivent-ils s’attendre ?
— L’augmentation moyenne des frais de scolarité à la rentrée pour la zone Maroc s’élèvera à 6,6%. L’objectif est que, grâce à la réforme, l’évolution soit calée sur l’inflation.
Nous devons mener une politique de renforcement de l’attractivité de notre école maternelle— Quelles annonces souhaitez-vous faire pour renforcer l'attractivité de l'enseignement français au Maroc ?
— Je crois important de rappeler qu’en dix ans, les effectifs des lycées français au Maroc sont passés de 39.000 élèves à près de 50.000 élèves à la rentrée prochaine. Cette augmentation spectaculaire démontre que notre réseau reste globalement très attractif.
Cependant, la situation est variable selon les niveaux : si nos collèges et lycées restent extrêmement attractifs, nous constatons une érosion de nos effectifs à l’école maternelle.
Nous devons donc mener une politique de renforcement de l’attractivité de notre école maternelle et communiquer plus efficacement à propos de ses atouts et de ses spécificités. Nous avons développé un "plan maternelle" à cet effet.
Pour rester attractif et pour maintenir le niveau des résultats obtenus par les élèves aux examens, comme vont le rappeler cette année encore les excellents chiffres du bac et du brevet, nos écoles, collèges et lycées doivent répondre à plusieurs défis stratégiques : maintenir le niveau d’excellence de la formation des élèves, leur permettre d’atteindre leurs objectifs en matière d’orientation, progresser dans le domaine de l’apprentissage des langues, notamment l’arabe, maintenir notre niveau d’exigence en matière de formation des enseignants – notre réseau au Maroc dispose à cet égard de l’Institut régional de formation, particulièrement dynamique –, et poursuivre l’innovation pédagogique, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA).
Il nous faudra également, s’agissant des établissements dits "en gestion directe" qui dépendent directement de l’Agence, procéder aux investissements nécessaires, notamment dans le domaine immobilier.
Les projets prévus pour les pôles de Marrakech, Rabat et Casablanca constituent autant de priorités et de leviers pour renforcer notre attractivité.
Enfin, je suis convaincu qu’il nous faut développer toujours davantage des axes de coopération éducative avec le Maroc.Nous sommes pleinement conscients des fortes attentes des parents au Maroc, et nous nous employons à y répondre pleinement
— Le Maroc abrite l’un des plus importants réseaux de l’AEFE au monde par le nombre d’établissements. Quels engagements prenez-vous pour répondre aux attentes des parents d’élèves ?
— Nous sommes pleinement conscients des fortes attentes des parents au Maroc, et nous nous employons à y répondre pleinement.
Outre les défis que je viens de mentionner et qui trouvent un écho particulier dans le contexte marocain, nous allons nous concentrer sur les priorités suivantes :
- le bien-être des enfants à l’école ;
- une prise en charge personnalisée, notamment en cas de besoin éducatif particulier, afin de favoriser une plus grande inclusion scolaire ;
- le plurilinguisme, qui est au cœur du projet de l’Agence mais qui doit être amplifié, avec l’apprentissage du français, de la langue du pays d’accueil, de l’anglais et, de plus en plus, d’une quatrième langue ;
- un effort permanent en matière d’innovation pédagogique pour garantir l’excellence de notre enseignement.
Répondre à ces attentes constitue la condition sine qua non de notre attractivité future.
— Le Maroc accueille l’un des plus importants réseaux d’enseignement français au monde. Quelles sont les perspectives de développement de l’AEFE en matière d’ouverture d’établissements, d’investissements, d’innovation pédagogique et d’accompagnement des familles ?
— Le réseau de l’enseignement français au Maroc sera constitué de 45 établissements à la rentrée 2026, soit un de plus qu’à la rentrée 2025.
De ce point de vue, il s’inscrit dans la tendance globale du réseau de l’enseignement français à l’étranger, qui comptera 640 établissements en septembre prochain contre 618 un an auparavant.
Ce réseau s’est beaucoup développé ces dix dernières années, notamment à Rabat et Casablanca, villes où il est désormais important de stabiliser le réseau et de le structurer en développant les synergies entre les établissements de différents statuts.
La dynamique se poursuit à Tanger, où s’implante le 45e établissement du réseau, et à Marrakech, où le lycée Victor Hugo accueillera 250 élèves supplémentaires à la rentrée 2026.
Nous allons accompagner cette dynamique dans les années à venir. Pour l’Agence, c’est le plus beau des défis : continuer de diffuser ce qui fait le caractère unique du modèle éducatif français à l’étranger et ainsi apporter, dans un pays si proche de nous qu’est le Maroc, notre contribution à l’amitié et au dialogue entre les deux peuples !
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