Après des années de sécheresse, le grand retour de l’irrigation
Portée par des barrages remplis à plus de 72%, la relance de l’irrigation est déjà effective dans certains grands bassins agricoles comme le Haouz, le Gharb et Souss-Massa. Mais après sept ans d'arrêt, plusieurs réseaux doivent encore être remis en état avant l'extension du dispositif à d'autres régions. Détails.
L'essentiel
- L’irrigation reprend progressivement dans les périmètres irrigués du Royaume, à des rythmes variables selon les régions et l’état des infrastructures.
- Après plusieurs années d’arrêt, certains réseaux nécessitent encore des travaux de réhabilitation avant un retour à un fonctionnement normal.
- La reprise est déjà effective dans le Haouz, le Gharb et Souss-Massa, tandis que d’autres périmètres devraient suivre.
- Cette relance est rendue possible par l’amélioration des réserves des barrages, dont le taux de remplissage dépasse actuellement 72% au niveau national.
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Les détails
L'irrigation reprend progressivement dans les différents périmètres irrigués du Royaume, indique à Médias24 une source du ministère de l'Agriculture. Déjà effective dans plusieurs bassins, cette reprise sera progressivement étendue à l'ensemble des régions concernées, en fonction de l'état des infrastructures hydro-agricoles, parfois restées inutilisées pendant plusieurs années.
Cette reprise avait été annoncée depuis plusieurs mois. En avril dernier, à l'ouverture du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM), le ministre de l'Agriculture, Ahmed El Bouari, avait fait état de la préparation d'un ambitieux programme d'irrigation pour l'été, rendu possible par l'amélioration sensible de la situation hydrique.
Les dotations en eau de la prochaine campagne sont en cours de définition
"Globalement, l'irrigation a repris dans l'ensemble des périmètres irrigués", nous a déclaré notre source au ministère de tutelle.
"Toutefois, cette reprise se fait à des rythmes différents selon les périmètres, en fonction de la situation hydrique des barrages et des conséquences des arrêts prolongés de l'irrigation, qui ont parfois duré jusqu'à sept années consécutives". Dans ces zones, le retour à un fonctionnement normal se fera progressivement et nécessitera davantage de temps.
"Les services du ministère de l'Agriculture poursuivent actuellement les opérations de remise à niveau des réseaux d'irrigation, en coordination avec les agences de bassins hydrauliques, afin de définir les dotations en eau destinées à la prochaine campagne agricole dans les meilleures conditions", précise notre interlocuteur, soulignant qu'un "travail de concertation est également mené avec les agriculteurs et leurs organisations professionnelles".
Des réseaux à remettre en état après plusieurs années d'arrêt
Cette reprise intervient après plus de quatre années de suspension de l'irrigation dans plusieurs périmètres. Durant cette longue période, de nombreux canaux d'irrigation, stations de pompage et ouvrages hydro-agricoles n'ont été que partiellement utilisés, voire totalement mis à l'arrêt.
"Il y a eu une reprise de l'irrigation dans plusieurs bassins et d'autres vont suivre", nous confirme pour sa part Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader).
"Les réseaux n'ont cependant pas été utilisés pendant des années. Des problèmes sont donc apparus au niveau de certains canaux et de quelques infrastructures, qui sont actuellement réhabilités. La reprise de l'irrigation se poursuivra donc progressivement".
Selon nos informations, le ministère de l'Agriculture prépare, afin d'accompagner cette reprise, une série de visites de terrain dans les principaux périmètres irrigués, afin de suivre la progression de l'irrigation ainsi que les travaux de remise en service des infrastructures.
Une reprise confirmée dans trois régions
La reprise est déjà effective dans au moins trois grands bassins agricoles. Dans le Haouz, l'Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) a progressivement relancé l'irrigation depuis le mois d'avril, après plusieurs années de suspension liées à la succession des épisodes de sécheresse. La région, connue pour sa production d'agrumes, de cultures maraîchères et de céréales, bénéficie aujourd'hui de l'amélioration des réserves des barrages des bassins du Tensift et de l'Oum Er-Rbia.
Cette évolution revêt une importance particulière après une période d'interruption variant d'un an et demi à cinq ans dans certains périmètres irrigués.
Même constat dans le Gharb, où une source de l'ORMVA a confirmé à Médias24 que l'irrigation a repris dans les périmètres concernés. Ce bassin constitue l'une des principales zones de production de cultures sucrières, de produits arboricoles et maraîchers, d'oléagineux, de riz, de fruits rouges et de céréales.
Dans la région de Souss-Massa, la reprise est déjà engagée dans les périmètres de Souss Amont et du Guerdane, alimentés par le barrage Aoulouz, a confirmé à Médias24 l'ORMVA de la région. Les autorités préparent également la remise en service de l'irrigation dans le périmètre de Massa, grâce à l'amélioration des réserves du barrage Youssef Ben Tachfine, ainsi que dans celui d'Issen, à partir du barrage Abdelmoumen.
Rappelons qu'avec Doukkala, Souss-Massa et le Haouz figurent parmi les régions les plus touchées par la sécheresse. Certains de leurs périmètres ont connu un arrêt complet de l'irrigation à partir des barrages durant plusieurs mois. Dans le Souss, cette interruption n'a toutefois pas entraîné l'arrêt de l'activité agricole dans la plaine de Chtouka, grâce à la station de dessalement mise en service en janvier 2022. Cette infrastructure a permis de sécuriser l'approvisionnement en eau d'irrigation de la plaine, en substituant l'eau dessalée aux prélèvements dans la nappe phréatique.
L'activité agricole a ainsi été préservée dans l'une des principales régions exportatrices du Royaume, qui concentre près de 90% des exportations marocaines de tomates. La station alimente aujourd'hui en eau d'irrigation près de 15.000 hectares de cultures maraîchères exploités par quelque 1.500 agriculteurs, tout en assurant l'alimentation en eau potable du Grand Agadir.
Au-delà du maintien des productions destinées à l'export, le projet contribue également à la préservation de la nappe phréatique, fortement sollicitée depuis plusieurs années, et à la consolidation de la présence du Maroc sur les marchés internationaux des fruits et légumes.
Amélioration de la situation hydrique
Cette relance de l'irrigation est directement liée aux précipitations enregistrées au cours de la campagne agricole 2025-2026, qui ont permis une nette amélioration des réserves des barrages. Au 13 juillet, le taux de remplissage des barrages dépassait 72% au niveau national, correspondant à des réserves de plus de 12,3 milliards de m³.
Plusieurs ouvrages stratégiques affichent des niveaux élevés, notamment Al Wahda (88,2%) et Idriss Ier (84%), qui alimentent en particulier la zone du Gharb. Les barrages Yacoub El Mansour (96,05%), Lalla Takerkoust (83,46%) et Moulay Youssef (78,58%), qui alimentent la région du Haouz, présentent eux aussi des taux de remplissage élevés.
Dans le Souss, les barrages Aoulouz (76,66%), Youssef Ben Tachfine (48,46%) et Abdelmoumen (35,33%) ont atteint des niveaux confortables, "permettant le lancement de la prochaine campagne agricole dans de bonnes conditions", estime l'ORMVA de la région.
Le barrage Bin El Ouidane (89,3%), qui dessert notamment Béni Mellal, Oulad Mbarek, Afourar et les localités environnantes, ainsi que le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah (82,1%), qui dessert les zones de Rabat, Salé, Benslimane, Bouznika, Tamesna, Casablanca, Mohammédia et les localités environnantes, ont également atteint des niveaux élevés de remplissage.
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