Agadir va se doter d'une école polytechnique des sciences agronomiques
Le conseil de gouvernement a approuvé le 25 juin 2026 le projet de loi 040.26 portant création de l'École polytechnique des sciences agronomiques et des sciences du vivant d'Agadir. Derrière ce texte, une ambition de rattrapage longtemps différée : doter la première région agricole exportatrice du Maroc d'un établissement à la hauteur de son poids économique.
L'essentiel
- Le conseil de gouvernement a adopté le 25 juin 2026 le projet de loi 040.26 créant l'École polytechnique des sciences agronomiques et des sciences du vivant.
- L'école naîtra de la transformation du Complexe horticole d'Agadir, qui existe depuis 1980.
- Elle s'inscrit dans le Plan Génération Green 2020-2030, avec l'ambition de former 1.000 élèves d'ici 2030 et 100 docteurs-chercheurs.
- Le Souss-Massa concentre 90% des exportations marocaines de fruits et légumes, mais n'avait jamais disposé d'une grande école agricole à la hauteur de cette réalité.
- L'établissement vise le Top 10 mondial, avec des critères de sélection des enseignants calqués sur les standards internationaux.
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Les détails
Le Souss-Massa génère 90% des exportations marocaines de fruits et légumes. Le Maroc est le quatrième exportateur mondial de tomates. Et pourtant, pendant des décennies, cette région n'avait jamais disposé d'un grand établissement d'enseignement supérieur agricole à la hauteur de ce rang.
C'est cette lacune que le projet de loi 040.26, adopté en conseil de gouvernement le 25 juin 2026, entend combler. Le texte porte création de l'École polytechnique des sciences agronomiques et des sciences du vivant d'Agadir, et s'inscrit dans le cadre du Plan Génération Green 2020-2030, aux côtés d'établissements de référence tels que l'École nationale d'agriculture (ENA) de Meknès, l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, et l'École nationale forestière d'ingénieurs (ENFI).
Pas une création ex nihilo
L'école ne partira pas de rien. C'est le Complexe horticole d'Agadir, institution fondée en 1980, forte aujourd'hui de 500 élèves et 17 filières, qui en constituera le socle. Les lauréats de ce complexe horticole sont recrutés avant même leur soutenance. Mieux : selon des données consultées par Médias24, la moitié des exportations de fruits et légumes de la région est aujourd'hui générée par d'anciens étudiants du complexe, devenus entrepreneurs après leur diplôme.

Le complexe horticole d'Agadir appelé à devenir l'École polytechnique des sciences agronomiques et des sciences du vivant.
La transformation visée est donc davantage une montée en gamme qu'une rupture : davantage de moyens, des cursus enrichis, une ambition de recherche explicite, et une sélectivité accrue à l'entrée.
Une ambition calibrée sur les standards internationaux
L'effectif doit passer de 500 à 1.000 élèves d'ici 2030. Les filières comprendront l'aquaculture et l'élevage (déjà présent au sein du complexe horticole), et renforcées en médecine vétérinaire. Sur ce dernier point, une convention signée par la région du Souss-Massa est déjà opérationnelle avec l'Université de Las Palmas (ULPGC), établissement bien réputé en Europe pour ses programmes en sciences du vivant.
Les deux premières années de formation vétérinaire sont dispensées à Agadir en espagnol, par des enseignants de Las Palmas, sur les mêmes programmes qu'aux Canaries. Les meilleurs étudiants (au moins cinq par promotion) poursuivent ensuite les trois années restantes à Las Palmas et en ressortent docteurs vétérinaires. Une convention similaire vient d'être conclue avec le Brésil, pays de référence mondiale en matière d'élevage et de production de viandes rouges.

Laboratoire de recherche dans le complexe horticole.
Sur le volet enseignement, les critères de recrutement des professeurs seront drastiques : au minimum 100 publications scientifiques par enseignant. L'établissement s'appuie déjà sur un réseau de plus de 70 experts internationaux. L'objectif affiché est d'intégrer le Top 10 mondial des écoles agronomiques.
D'ici 2030, l'école entend former 100 docteurs-chercheurs appelés à travailler dans la région. Les profils les plus pointus seront maintenus sous contrat, rémunérés aux standards internationaux, pour nourrir un écosystème local de recherche appliquée.
Des serres technologiques et de l'eau recyclée
La dimension technologique est au cœur du projet. Aujourd'hui, les exploitations du Souss produisent en moyenne 140 tonnes de tomates par hectare sous abris-serres en plastique, dits "passifs" : elles subissent les températures extérieures, ce qui entraîne une chute des rendements des deux tiers entre le 15 décembre et le 15 mars chaque année à cause du froid nocturne.
L'école entend introduire des serres à climat contrôlé, de conception néerlandaise, capables de porter la production à 1.000 tonnes par hectare. Un projet pilote sera développé en interne, qui servira à la fois à la formation des ingénieurs et techniciens ainsi qu'à une production commerciale.
Autre chantier : l'eau. L'école se lance déjà sur la piste du recyclage des eaux usées. Chaque année, la région d'Agadir rejette dans l'océan 80 millions de mètres cubes d'eaux usées. Traitées et recyclées, elles pourraient irriguer 15.000 hectares de serres, à un coût trois fois inférieur à celui de l'eau dessalée. Un projet pilote, développé en partenariat avec Las Palmas, est en préparation.
Le secteur agricole progresse grâce au soutien et à la science
Le Maroc est le quatrième exportateur mondial de tomates et n'a jamais développé de variété locale. C'est le symptôme d'un secteur qui a privilégié le volume sur la valeur, le marché sur la recherche. Corriger ces déséquilibres structurels suppose des compétences nouvelles, une recherche ancrée dans les réalités du terrain et une institution capable de faire le lien entre la serre et le laboratoire.
C'est précisément le pari de l'École polytechnique des sciences agronomiques et des sciences du vivant d'Agadir : apporter à une région qui, depuis quatre décennies, nourrit l'Europe, le capital scientifique qui lui manquait.
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