Blé tendre : la collecte cale, le spectre des importations revient
Au 2 juillet, seuls 3 millions de quintaux avaient été réceptionnés, contre un objectif de 15 à 20 millions en juin-juillet. Les minotiers évoquent une rétention de la récolte par les agriculteurs, tandis que le scénario d’un maintien des droits de douane jusqu’à fin août est désormais sur la table.
L'essentiel
- La collecte du blé tendre accuse un important retard. Au 2 juillet, seuls 3 millions de quintaux ont été collectés, très loin de l'objectif de 15 à 20 millions de quintaux, dont 80% doivent être réceptionnés avant le 15 juillet.
- Les minotiers pointent un phénomène de rétention. Selon eux, de nombreux agriculteurs conservent leur récolte dans l'espoir d'une hausse des prix.
- Cette faible collecte pourrait peser sur les importations. Une prolongation du rétablissement des droits de douane jusqu'à fin août est envisagée. Mais aucune décision officielle n'a été prise à ce stade.
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Les détails
Les minotiers se sont engagés à collecter entre 15 et 20 millions de quintaux de blé tendre produit localement durant la campagne de commercialisation de juin-juillet 2026. Au moins 80% de ce volume doit être réceptionné avant le 15 juillet. Mais au 2 juillet, seuls 3 millions de quintaux ont été collectés, ce qui reste loin de l'objectif fixé par l'État.
Selon eux, le retard s'explique d'abord par plusieurs difficultés logistiques. Les moissons ont démarré plus tard que prévu. La main-d'œuvre se fait rare. Les moissonneuses et les moyens de transport restent également insuffisants dans plusieurs régions. À tout cela s'ajoute un phénomène de rétention. Les agriculteurs sont nombreux à conserver volontairement leur récolte, en attendant probablement une hausse des prix.
La collecte du blé tendre freinée par un phénomène de rétention
Contactés par Médias24, plusieurs industriels évoquent ce phénomène de rétention. "Aujourd'hui, nous proposons jusqu'à 270 DH le quintal et nous ne trouvons toujours pas de marchandise. Il y a une rétention que nous n'arrivons pas à expliquer", nous confie l'une de nos sources.
Les opérateurs avancent plusieurs hypothèses. "La bonne qualité de la récolte de cette année incite peut-être certains producteurs à patienter dans l'espoir d'une hausse des cours. Mais nous ne pouvons pas dépasser ces niveaux de prix. Derrière, il y a le prix de la farine, puis celui du pain qui risquent d'être impactés. Si le prix d'achat augmente sans soutien supplémentaire de l'État, toute l'équation économique sera remise en cause".
Dans la pratique, le prix varie selon plusieurs critères, notamment la qualité du blé, la région de production, les coûts de transport ou encore les itinéraires techniques adoptés par les agriculteurs. Mais les fédérations professionnelles des minotiers s'étaient engagées au démarrage de la collecte à soutenir le prix payé aux producteurs en tenant compte du prix référentiel de 280 DH par quintal.
Les industriels assurent avoir mobilisé tous les moyens nécessaires pour collecter le volume sur lequel ils se sont engagés. "Des lignes de crédit ont été ouvertes, les capacités de stockage sont disponibles et des courtiers ont même été dépêchés directement dans les exploitations agricoles pour acheter la récolte".
"Nos magasins sont prêts. Nous cherchons la marchandise, mais nous ne la trouvons pas. Le blocage n'est pas chez les minotiers", insistent ces derniers.
Vers une prolongation de l'arrêt des importations de céréales ?
Face à cette situation, les professionnels ont saisi le ministère de l'Agriculture. Ils demandent que les chambres d'agriculture soient mobilisées en vue d'identifier les raisons de cette rétention et de trouver rapidement une solution.
Cette faible collecte pourrait également avoir des conséquences sur les importations de blé. Selon nos informations, une prolongation du rétablissement des droits de douane sur les importations jusqu'à fin août est actuellement envisagée, sans qu'aucune décision officielle n'ait encore été prise. Cette disposition signifierait le maintien de l'arrêt des importations.
Les industriels restent toutefois prudents face à ce scénario. Selon eux, "un report prolongé des importations pourrait créer d'autres difficultés. Si les volumes nationaux ne sont finalement pas collectés, les opérateurs devront se tourner massivement vers les marchés internationaux par la suite, avec le risque de faire face à une hausse des prix, à une congestion des ports et à des coûts supplémentaires liés aux surestaries".
En effet, de décembre 2025 au début du mois de juillet, le port de Casablanca a fait face à une congestion sans précédent, laquelle s'est nettement résorbée depuis l'arrêt des importations de céréales.
À suivre...
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