Maroc-USA : à Washington, la MAP met en avant une alliance stratégique appelée à s’élargir
Organisée le 2 juillet autour des 250 ans des liens bilatéraux, la rencontre a réuni diplomates, élus du Congrès, universitaires et think tanks autour de la défense, des minerais critiques, de l’IA, de la cybersécurité, du Sahara et de l’ancrage africain et atlantique du Royaume.
La première édition internationale du MAP Town Hall, organisée jeudi 2 juillet 2026 à Washington, a placé les relations maroco-américaines sous l’angle d’une alliance stratégique appelée à s’élargir à de nouveaux domaines, de la défense aux minerais critiques, en passant par la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’énergie et les infrastructures atlantiques.
Organisée par l’Agence Maghreb Arabe Presse sous le thème “Royaume du Maroc - États-Unis d’Amérique : d’un partenariat historique à une alliance stratégique”, cette rencontre a réuni responsables politiques, diplomates, universitaires, représentants de think tanks et acteurs médiatiques, à l’occasion des 250 ans d’une relation présentée comme l’une des plus anciennes de la diplomatie américaine.
Une relation ancrée dans l’histoire
Le directeur général de la MAP, Fouad Arif, a rappelé que le Maroc fut, en 1777, la première nation à reconnaître l’indépendance des États-Unis, avant la signature du traité de paix et d’amitié de 1786, toujours en vigueur. Il a également cité plusieurs jalons de cette relation, de la Légation américaine de Tanger à la Conférence d’Anfa, en passant par le statut d’allié majeur hors OTAN, l’accord de libre-échange, le dialogue stratégique et la reconnaissance, en 2020, par Washington de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
Pour M. Arif, le partenariat est passé “de la reconnaissance à l’amitié, de l’amitié à la confiance et de la confiance à la crédibilité”, jusqu’à former aujourd’hui une alliance structurée par le positionnement du Maroc entre l’Afrique du Nord, l’Atlantique, le Sahel, la Méditerranée et le reste du continent africain.
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a estimé que la relation entre Rabat et Washington est “la plus ancienne et la plus prometteuse de notre temps”, en soulignant qu’elle se renforce au-delà des alternances politiques et des mutations géopolitiques. Selon lui, la solidité d’une alliance “ne se mesure pas aux déclarations qu’elle inspire, mais aux résultats qu’elle produit”.
Il a notamment cité l’accord de libre-échange, dont le Maroc demeure le seul pays africain signataire avec les États-Unis, l’exercice militaire African Lion, devenu le plus important du continent, ainsi que la coopération bilatérale en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. La défense constitue, selon lui, “l’un des piliers les plus solides” du partenariat, avec plusieurs initiatives structurantes attendues dans les prochains mois.
L’ambassadeur a également évoqué une nouvelle génération de coopérations dans les industries de défense, les minerais critiques, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la transition énergétique et les infrastructures atlantiques. Il a inscrit cette dynamique dans le prolongement de l’Initiative Atlantique portée par le Roi Mohammed VI, présentée comme une articulation entre sécurité, développement et intégration régionale.
Un soutien politique transversal
Plusieurs élus américains sont intervenus par messages vidéo. Le démocrate Brad Schneider, coprésident du Caucus Maroc au Congrès, a qualifié la relation avec le Royaume de l’une des plus anciennes et des plus importantes des États-Unis, en saluant les progrès accomplis en matière de technologie, de commerce et de sécurité. Le républicain Joe Wilson a décrit le Maroc comme un partenaire “indispensable” et un “havre de stabilité” en Afrique du Nord, mettant en avant les réformes, la tolérance religieuse, le développement et l’accord de libre-échange, qui porte les échanges de biens et services entre les deux pays à près de 10 milliards de dollars par an.
Le politologue maroco-américain Mohamed Daâdaoui, de l’université d’Oklahoma City, a souligné que le Maroc combine efficacité sécuritaire, attractivité économique et leadership régional, ce qui en fait, selon lui, un partenaire “fiable et crédible” des États-Unis. Il a insisté sur les opportunités d’investissement conjoint dans des secteurs stratégiques, en particulier les minerais critiques, essentiels à la transition énergétique et aux industries de pointe.
Le consensus bipartisan autour du Maroc a également été mis en avant par Peter Pham, ancien envoyé spécial américain pour les Grands Lacs et le Sahel et membre de l’Atlantic Council. Il a rappelé que le traité de 1786 avait été signé par John Adams et Thomas Jefferson, deux figures issues de sensibilités politiques différentes, y voyant l’origine historique d’un soutien transversal au partenariat avec le Maroc. Selon lui, cette relation s’est élargie au-delà des intérêts bilatéraux pour englober la stabilité, la sécurité et le co-développement en Afrique, notamment à travers l’Initiative Atlantique pour les États du Sahel et le Processus des États africains atlantiques.
Ilan Berman, vice-président de l’American Foreign Policy Council, a pour sa part insisté sur les valeurs et les opportunités partagées entre les deux pays, ainsi que sur le rôle du Maroc dans une coopération triangulaire associant les États-Unis et l’Afrique.
La question du Sahara a occupé une place centrale dans plusieurs interventions. Les participants ont présenté la reconnaissance américaine de 2020 comme un tournant stratégique, traduisant la confiance de Washington dans la stabilité, les institutions et le rôle régional du Maroc.
La MAP a présenté ce Town Hall comme un format appelé à prolonger sa mission d’information par la création d’espaces de dialogue stratégique entre le Maroc et le monde. Pour ses organisateurs, cette première édition internationale devait permettre de relire le passé de la relation entre Rabat et Washington, d’en mesurer les acquis actuels et d’en ouvrir les prochaines perspectives.
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