Énergie verte : les futurs câbles Maroc-France et le gazoduc H2 prennent place dans les plans européens
Les projets énergétiques reliant le Maroc au continent européen se multiplient dans le Plan décennal de développement du réseau européen, version 2026. Portés par Xlinks, Fortescue ou encore Enagás, ils confirment le positionnement du Royaume comme futur fournisseur d'énergie verte de l'Europe.
L’essentiel
- Le plan décennal de développement du réseau européen (TYNDP) ouvre la voie à plusieurs interconnexions énergétiques vertes entre le Maroc et l'Europe.
- Xlinks porte le projet Qantara Med, qui doit acheminer vers la France l’électricité produite par 5,5 GW de capacités renouvelables installées au Maroc, avec une mise en service prévue en 2033.
- Plus ambitieux, l'Australien Fortescue développe une interconnexion parallèle, dénommée Initiative Morocco-Europe Energy (IMEE), une liaison de 2 GW entre Nador West Med et Fos-sur-Mer, pour une mise en service visée en 2038.
- Côté hydrogène, Enagás et l'ONHYM portent un gazoduc offshore Maroc-Espagne à l'horizon 2039, appelé à alimenter le corridor H2Med-BarMar vers 2040.
Les détails
Les interconnexions énergétiques vertes entre le Maroc et le continent européen devraient prendre de l'élan dans les années à venir, notamment dans le sillage du lancement de l'initiative T-Med, qui vise le développement des énergies renouvelables, de l'hydrogène, des technologies propres et des réseaux électriques modernes dans toute la région méditerranéenne, y compris le Maroc.
Après le revers du projet d'interconnexion de Xlinks avec le Royaume-Uni, plusieurs liaisons se préparent entre le Maroc et l'Europe. Elles figurent désormais dans le Plan décennal de développement du réseau européen (TYNDP, Ten-Year Network Development Plan), qui vise à soutenir les interconnexions transfrontalières, à garantir une concurrence équitable sur le marché de l'électricité et à identifier les besoins d'investissement, notamment en capacités transfrontalières.
Le projet Sila Atlantik y a d'ailleurs été récemment inscrit, signe de son acceptabilité auprès des instances de l'Union européenne. À terme, ce projet s'appuiera sur 15,2 GW de solaire et d'éolien et 9,6 GWh de batteries, et fournira jusqu'à 26 TWh/an d'énergie propre et fiable à 8 millions d'Européens.
Xlinks et Fortescue, deux visions pour acheminer l'énergie verte marocaine vers la France
Deux autres projets ont été enregistrés dans ce plan européen de développement des infrastructures électriques. En plus de Sila Atlantik, Xlinks trace la voie avec Qantara Med, une interconnexion plus courte entre le Maroc et la France. Le projet prévoit des installations solaires et éoliennes dédiées de 5,5 GW, appuyées par 13,5 GWh de stockage par batteries au Maroc.
L'électricité sera acheminée vers le réseau européen via un point de connexion à Fos-sur-Mer, dans le sud de la France, grâce à deux lignes sous-marines de 1 GW chacune, et sera également connectée au réseau marocain par un câble à courant alternatif de 400 MW. La mise en service est prévue pour décembre 2033, pour un coût estimé à 6,51 milliards d'euros.
De son côté, l'Australien Fortescue envisage un projet similaire entre les deux pays, mais de plus grande envergure pour la liaison sous-marine. L'interconnexion IMEE (Initiative Morocco-Europe Energy) reliera le port de Nador West Med à Fos-sur-Mer par une liaison sous-marine de 2 GW, longue d'environ 1.200 kilomètres. Elle doit acheminer chaque année de 12 à 14 TWh d'électricité renouvelable compétitive et fiable vers le réseau européen – l'équivalent de la consommation annuelle de plusieurs millions de foyers européens.
Environ 5 GW de capacités renouvelables supplémentaires seront développés à proximité du point d'interconnexion. La mise en service est visée pour novembre 2038, pour un investissement de 4,82 milliards d'euros.
Dans les deux projets, le même point d'atterrage a été choisi, Fos-sur-Mer, confirmant le sud de la France comme porte d'entrée de l'électricité verte marocaine en Europe.
À moyen terme, un pipeline offshore pour exporter l'hydrogène marocain vers l'Europe
Côté hydrogène vert, plusieurs projets inscrits à ce plan décennal concernent également le Maroc. À moyen terme, l'énergéticien espagnol Enagás porte un gazoduc offshore d'hydrogène entre le Maroc et l'Espagne (New offshore H2 pipeline between Morocco and Spain). Du côté marocain, le projet sera promu par l'ONHYM.
Son objectif est d'exporter l'hydrogène produit au Maroc vers le reste de l'Europe, en transitant par l'Espagne. Encore peu avancé, il n'a pas encore fait l'objet d'une décision d'investissement. D'une capacité de 106.000 GWh/j, sa mise en service est envisagée à l'horizon 2039.
Ces interconnexions devront à terme alimenter d'autres projets d'exportation, à l'image du corridor H2Med-BarMar. Porté par un consortium réunissant l'espagnol Enagás Infraestructuras de Hidrógeno, le français Teréga, Natran et l'allemand Open Grid Europe, ce projet encore peu avancé prévoit un tronçon reliant Barcelone à Fos-sur-Mer, dans le sud de la France. L'hydrogène acheminé proviendra, lui aussi, de l'électrolyse marocaine, à l'horizon 2040.
Rappelons qu'en février 2026, dans le cadre de l'"Offre Maroc", le gouvernement a procédé à la signature de conventions de réservation foncière au profit de six projets relatifs à la production d'hydrogène vert et de ses dérivés. Parmi ces projets, deux ont d'ores et déjà entamé la phase de développement.
- Le consortium TAQA-Moeve, au sein duquel TAQA développera les capacités d'énergies renouvelables à Dakhla, tandis que l'espagnol Moeve, anciennement Cepsa, assurera la production et la commercialisation d’e-carburants à partir du port de Jorf Lasfar.
- La compagnie ORNX, coentreprise réunissant l'américain Ortus Power Resources, l'énergéticien espagnol Acciona et l'allemand Nordex, est quant à elle dédiée à la production d'ammoniac vert à Laâyoune.
À ces deux projets s'ajoute le projet Chbika, porté par l'énergéticien Total, qui vise la production d'ammoniac vert dans la région de Guelmim-Oued Noun, seul projet hydrogène à se développer hors de l'"Offre Maroc".
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