Achats par IA : Oliver Jenkyn, président de Visa, esquisse les ruptures du paiement et du commerce du futur
Le président du groupe Visa a ouvert la journée médias du Payments Forum 2026, à Paris. Lors de son intervention, il a dessiné les contours de ce que sera, selon lui, le commerce des prochaines années : des agents qui achètent à notre place, des stablecoins encore balbutiants, et une confiance qui devient la seule monnaie qui compte vraiment.
L'essentiel
- Le commerce agentique n’est plus une hypothèse lointaine : Visa estime que des agents IA effectueront bientôt des achats au nom des consommateurs et des entreprises.
- Pour que ce scénario fonctionne, il faudra résoudre trois obstacles : adapter le web aux agents, clarifier les responsabilités en cas d’erreur et convaincre les consommateurs de déléguer une partie de leurs achats.
- Visa a annoncé le 10 juin une collaboration avec OpenAI pour intégrer ses capacités de paiement, de tokenisation, d’identification des agents et de surveillance des fraudes aux futures expériences d’achat automatisé.
- Pour Oliver Jenkyn, la bataille décisive sera celle de la confiance : les consommateurs accepteront d’autant plus facilement le commerce agentique qu’ils pourront s’appuyer sur un moyen de paiement qu’ils connaissent déjà.
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Les détails
Réda veut une nouvelle paire de baskets. Il ouvre ChatGPT, l'application qu'il utilise le plus, et demande les modèles tendance du moment. L'agent IA cherche, compare, propose une sélection. Mais Réda n'a aucune envie d'aller sur une autre plateforme pour exécuter l'achat.
Il reste donc sur la même application, avec la même interface. En haut de son écran se trouve un petit bouton. Lorsqu’il appuie dessus, trois choses se produisent. Il fournit à son agent IA un moyen de paiement. C’est-à-dire un identifiant de paiement numérique sécurisé, tokenisé et authentifié. Il lui transmet des informations le concernant, comme l'historique d'achats, peut-être également celui de ses enfants, ses enseignes préférées, ses programmes de fidélité… Troisièmement, Réda fixe des règles à son agent, les types de commerçants de confiance, les montants limites de dépenses…
Une fois tout cela fait, Réda choisit, ajuste sa taille, valide. Un panier se forme sous ses yeux. Sa carte de paiement est déjà intégrée à son compte IA. Il dit "c'est bon". ChatGPT finalise l'achat, paiement par carte Visa, sans que Réda n'ait quitté la conversation ni ouvert un site marchand. L'essentiel de ces achats va désormais passer par ce canal.
Le commerce agentique arrive à grands pas
Vous l'aurez compris, Réda n'existe pas… ou pas encore. C'est un des acheteurs du futur, mais un futur pas aussi lointain que l'on pourrait le croire. Le process et la situation décrits ci-haut, nous les avons empruntés, avec une légère adaptation, au président monde de Visa, Oliver Jenkyn, qui a fait défiler devant la presse, dont la presse marocaine, à Paris, pour la journée médias du Payments Forum 2026, organisée le 30 juin, un discours de cadrage à mi-chemin entre le manifeste technologique et l'argumentaire de marque.
"Que cela ressemble exactement au scénario décrit ou que cela prenne une autre forme importe finalement assez peu. Mais une chose est certaine : quelque chose de très proche de cela se produira à court ou moyen terme", affirme Jenkyn.
Selon la conviction du président de Visa, il y aura à court et moyen terme, sans le moindre doute, des agents d'intelligence artificielle qui effectueront des achats en notre nom, aussi bien pour les entreprises que pour les consommateurs.
En revanche, la manière exacte dont cela se concrétisera reste encore à définir, signale-t-il. "Qui développera ces agents ? Quelles entreprises seront à l'origine de ces solutions ? Sur quelles plateformes fonctionneront-elles ? Pour quels types de transactions seront-elles utilisées ? Toutes ces questions restent encore ouvertes. Mais je suis absolument convaincu que, dans un avenir proche, des agents effectueront des achats pour nous. Et cette perspective m'enthousiasme énormément", confie-t-il.
Les questions qui restent à trancher
Toutefois, Oliver Jenkyn pose aussitôt trois obstacles à la généralisation du scénario. D'abord technologique.
Le web a été conçu et est pensé pour des humains avec des couleurs, des images, des polices, des fenêtres contextuelles… tout pour convaincre un cerveau humain d'acheter. "Les agents IA ne veulent rien de tout ça", et le résultat est que "lorsqu'un agent tente aujourd'hui d'effectuer un achat en naviguant sur le web comme le ferait un humain, le taux d'erreur reste très élevé".
"De nouveaux protocoles, de nouvelles normes et de nouvelles API sont donc nécessaires pour rendre ces interactions beaucoup plus fluides. C'est précisément sur ces sujets que l'ensemble du secteur travaille actuellement", assure le président de Visa.
Le deuxième obstacle est d'ordre économique et juridique avec des questions auxquelles il faudra répondre. "Si un agent « hallucine » et effectue un achat erroné, que ni l'acheteur ni le vendeur n'avaient l'intention de réaliser, qui en sera responsable ? Qui portera la responsabilité ? Comment les mécanismes économiques fonctionneront-ils ? Toutes ces règles devront être définies", confie Oliver Jenkyn.
Le dernier obstacle est psychologique. "Les consommateurs doivent apprendre à être à l'aise avec l'idée qu'un agent effectue des achats pour eux. Cela prendra du temps. Aujourd'hui, tout le monde n'est pas encore prêt". "Personnellement, j'ai hâte qu'un agent fasse mes courses à ma place. Mais d'autres aiment faire du shopping. Pour elles, c'est une forme de thérapie".
Mais il pense que les consommateurs finiront par s'habituer progressivement à cette nouvelle manière d'acheter et devront décider pour quels types d'achats ils accepteront de laisser un agent décider à leur place.
Pour lui, le principal message à retenir est le suivant : le commerce agentique arrive.
"Et cette évolution transformera profondément la manière dont les consommateurs interagissent avec le commerce, tout comme le commerce électronique puis le commerce mobile l'ont fait auparavant. Et ce sera une évolution extrêmement positive pour nous tous, à condition que nous sachions en exploiter le potentiel et en faire une véritable opportunité", avance Oliver Jenkyn.
Un partenariat d'expérimentation avec OpenAI
Si le président de Visa est convaincu de l'imminence du commerce agentique, c'est que Visa a annoncé le 10 juin une collaboration stratégique avec OpenAI visant à le généraliser.
Le leader du paiement a expliqué dans un communiqué qu'il va "mettre son réseau de paiement mondial et son infrastructure de sécurité au service des expériences OpenAI. L'objectif est de rendre le commerce automatisé plus accessible, plus fiable et plus sûr".
L'idée du partenariat est exactement ce qu'Oliver Jenkyn a décrit dans son scénario du futur. Les fonctionnalités de paiement de Visa seront intégrées aux expériences OpenAI, offrant ainsi aux développeurs et aux commerçants un moyen simplifié d'accepter les paiements Visa initiés par des agents IA.
Visa fournira l'infrastructure sous-jacente de réseau mondial, de tokenisation des paiements, d'autorisation, d'identification des agents et de surveillance des fraudes afin de prendre en charge des transactions sécurisées et fiables initiées par l'IA.
Au-delà du commerce automatisé, ajoute la même source, Visa et OpenAI envisagent d'intégrer des mécanismes de paiement et des signaux d'identité d'agents de confiance dans des expériences destinées aux développeurs, grâce à Codex (l'agent de codage d'OpenAI qui facilite la création et le déploiement d'applications intégrant l'IA), ainsi que dans des flux de travail métier automatisés et conversationnels, à mesure que l'IA s'affirme comme interface privilégiée des interactions numériques.
La confiance, condition indispensable de l'essor du commerce agentique
Il y a un dernier point sur lequel Oliver Jenkyn a insisté, qui reste, selon lui, le principal socle sur lequel se construira l'avenir du commerce agentique après que toutes ces étapes soient franchies : la confiance. Or, celle-ci ne se décrète pas. "Le commerce agentique est une nouveauté. Faire confiance à un agent est une nouveauté. Mais s'il existe un élément susceptible d'aider les consommateurs à franchir cette étape psychologique, c'est de pouvoir s'appuyer sur un moyen de paiement auquel ils font confiance".
Selon le président de Visa, la confiance reposera en grande partie sur le moyen de paiement utilisé et sur les acteurs qui le portent. "Si les consommateurs font confiance au moyen de paiement, ils feront confiance à ce nouvel environnement et à cette nouvelle manière numérique de déplacer l'argent".
Partant de cette hypothèse, Visa affirme avoir interrogé plusieurs dizaines de milliers de consommateurs afin d'identifier les entreprises auxquelles ils feraient le plus confiance pour gérer leur argent dans un monde où des agents d'IA effectueraient des transactions en leur nom. L'étude a porté sur vingt-cinq acteurs issus de différents univers : réseaux de paiement, banques, fintechs, plateformes technologiques, commerçants et entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle.
Selon Jenkyn, Visa arrive en tête du classement, loin devant les autres réseaux de paiement, les banques, les fintechs et les plateformes technologiques ou d'IA. Il affirme également que Visa est la seule entreprise du panel à bénéficier d'un niveau de confiance identique chez les hommes et les femmes, alors que, pour les vingt-quatre autres sociétés testées, les femmes se montrent systématiquement plus réservées. Autre enseignement mis en avant, Visa serait la marque inspirant le plus confiance aussi bien auprès des plus jeunes que des plus âgés.
Pour Oliver Jenkyn, ces résultats montrent une distinction opérée par les consommateurs entre les plateformes d'intelligence artificielle, auxquelles ils sont prêts à faire confiance pour rechercher des informations ou découvrir des produits, et les acteurs auxquels ils acceptent de confier leurs paiements.
"Si vous n'êtes pas un peu confus et perplexes, c'est que vous ne prêtez pas attention"
Selon le dirigeant, ce capital confiance constitue l'un des principaux atouts de Visa dans la perspective du développement du commerce agentique. Une évolution qui, selon lui, exigera non seulement des avancées technologiques et réglementaires, mais aussi des partenaires capables d'inspirer suffisamment de confiance pour accompagner cette nouvelle manière de consommer.
Pour Oliver Jenkyn, qui a abordé d'autres sujets que le commerce agentique, "le secteur connaît actuellement une effervescence sans précédent. (...) La révolution technologique dans le domaine du matériel, des logiciels, de la puissance de calcul cloud à la demande, des données quasi illimitées, de l'informatique quantique, de la cryptographie post-quantique et de la blockchain. Les stablecoins, l'IA générative, le commerce agentique… N'importe laquelle de ces tendances aurait suffi à définir une génération, et nous en avons pas moins de neuf qui se produisent simultanément".
"Et si vous n'êtes pas un peu confus et perplexes, c'est que vous ne prêtez pas attention. Le principal message que je souhaite adresser est qu'il est normal d'être un peu dérouté. Ce qui distingue les grandes équipes des bonnes équipes, ce n'est pas qu'elles comprennent immédiatement toutes les implications lorsqu'une nouvelle technologie apparaît. Ce qui les distingue, c'est leur capacité à accueillir le changement et à s'y engager pleinement. Elles cultivent la curiosité. Elles poussent leurs collaborateurs à apprendre en permanence. Et elles choisissent avec soin les partenaires avec lesquels elles souhaitent entreprendre ce parcours d'apprentissage", conclut-il.
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