Croissance à 4,6% au T1 2026 : le rebond agricole compense le ralentissement du non-agricole
La croissance économique s’est établie à 4,6% au T1 2026, contre 5% une année auparavant. Le niveau reste solide, mais les moteurs de cette croissance sont moins forts. L’agriculture soutient fortement l’activité, alors que le secteur non agricole ralentit, l’investissement perd de l’élan et les importations continuent de peser sur la croissance.
L’essentiel
- La croissance atteint 4,6% au premier trimestre 2026, contre 5% une année auparavant.
- Le rebond agricole, avec une hausse de 18,4% de la valeur ajoutée, soutient fortement l’activité.
- Le moteur non agricole ralentit nettement, avec une croissance de 2,6% contre 4% au T1 2025.
- Le secteur secondaire recule de 1%, tiré vers le bas par l’industrie extractive, les industries de transformation et le ralentissement de la construction.
- La demande intérieure reste forte, mais elle alimente aussi les importations, ce qui pèse sur la contribution du commerce extérieur à la croissance.
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Les détails
Selon les comptes nationaux du Haut-Commissariat au Plan, le PIB en volume a progressé de 4,6%, contre 5% au premier trimestre de 2025.
À première vue, le chiffre est correct. Il confirme que l’économie reste solide. Mais derrière ce chiffre global, la lecture des moteurs devient moins rassurante.
Le relais productif privé reste insuffisant
La croissance du trimestre repose fortement sur le rebond du secteur agricole. La valeur ajoutée agricole a augmenté de 18,4%. C’est un soutien important, mais c’est aussi un soutien fragile, car il dépend largement de la campagne agricole et donc d’un facteur que l’économie ne maîtrise pas totalement.
Un autre indicateur qui mérite d’être regardé de près est le comportement du secteur non agricole. Celui-ci ralentit nettement.
La valeur ajoutée non agricole est passée d’une croissance de 4% au T1 2025 à seulement 2,6% au T1 2026. Il s’agit d’un affaiblissement clair du moteur le plus important pour une croissance durable.
Le secteur secondaire donne le signal le plus préoccupant. Sa valeur ajoutée recule de 1%, alors qu’elle progressait de 2,9% un an plus tôt. L’industrie extractive baisse de 3,2% et les industries de transformation reculent de 1,3%.
Même la construction, qui restait un moteur important de l’activité, ralentit nettement. Sa croissance tombe à 1,5%, contre 7,1% au premier trimestre 2025.
Ce ralentissement devient plus clair lorsqu’on le rapproche de l’évolution de l’investissement brut, dont le rythme de progression baisse également. Une partie importante de cette formation brute de capital est liée aux grands projets publics, notamment dans les infrastructures. Lorsque ces chantiers ralentissent ou arrivent à maturité, l’effet se transmet directement à la construction.
Cette volatilité de l’investissement brut semble donc davantage renvoyer au cycle de l’investissement public qu’à une dynamique propre à l’investissement privé. C’est précisément là que se pose la question du relais. Si les grands chantiers publics perdent en intensité, le secteur privé doit prendre le relais. Or, les chiffres du trimestre ne montrent pas une telle dynamique.
Une croissance solide ne peut pas reposer durablement sur l’agriculture et l’investissement public. Ces deux moteurs sont importants, mais ils ne suffisent pas à installer une trajectoire de croissance forte et durable.
L’offre locale reste le maillon faible de la croissance
La demande intérieure progresse de 6,5% et contribue pour 6,9 points à la croissance. Mais cette demande intérieure reflète un problème classique de l’économie marocaine. Quand elle accélère, une partie importante de cette demande se transforme en importations.
C’est exactement ce que montrent les données du HCP. Les importations de biens et services progressent de 12,7%, alors que les exportations augmentent de 9,2%. Ainsi, les échanges extérieurs retirent 2,3 points à la croissance, contre seulement 0,3 point un an auparavant.
La demande existe, mais l’offre locale n’y répond pas suffisamment. L’économie consomme, investit et importe beaucoup, mais elle ne transforme pas encore assez cette demande en production nationale.
Cela renvoie directement à la compétitivité, à la profondeur industrielle, à l’intégration locale et à la capacité du secteur privé à prendre le relais.
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