Les nappes phréatiques ont moins bénéficié des pluies que les barrages
Alors que les barrages marocains affichent un taux de remplissage de 76,2 %, le niveau des eaux souterraines raconte une autre histoire. L'analyse des données satellitaires sur dix ans révèle un rebond disparate et timide.
L’essentiel :
- À la suite des précipitations intenses enregistrées au Maroc cet hiver, les eaux souterraines ont connu un rebond, qui demeure toutefois insuffisant dans la plupart des régions.
- Les régions du Loukkos et du Gharb ont enregistré, pour la première fois depuis 2019, des valeurs positives par rapport à la moyenne de référence.
- Les régions du Centre ont enregistré des évolutions disparates, qui restent très limitées et largement en deçà de la moyenne 2004-2009.
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Les détails :
La saison actuelle a permis de reconstituer une partie des réserves hydriques du Maroc. À l'image des barrages, dont le taux de remplissage dépasse actuellement 76,2 %, les niveaux des eaux souterraines devraient eux aussi connaître une hausse significative. Mais ce rebond se vérifie-t-il réellement dans les nappes?
En l'absence de précipitations suffisantes durant les trois dernières années, ces nappes ont subi de fortes pressions pour compenser le manque d'eau dans les barrages ainsi que la suspension de l'irrigation collective dans les principaux périmètres agricoles.
À l'aide de données satellitaires, nous retraçons l'évolution récente des principales régions afin de quantifier l'impact de cette saison sur ces précieuses ressources. Bien qu'il s'agisse d'une estimation, celle-ci permet d'offrir une vision proche de la réalité, les mesures de terrain demeurant néanmoins les données les plus fiables.
Concrètement, ces satellites ne "voient" pas l’eau directement. Les valeurs obtenues reflètent en réalité les variations du champ de gravité terrestre. L'eau étant une masse considérable, ses déplacements modifient localement la gravité.
Ainsi, une valeur de +30 cm ne signifie pas qu'il y a 30 cm d'eau à cet endroit, mais plutôt qu'il existe l'équivalent de 30 cm d'eau supplémentaires par rapport à la période de référence du satellite. À l'inverse, une valeur négative traduit un déficit hydrique par rapport à cette même référence.
Afin d'obtenir une vision globale de l'évolution des ressources en eau au Maroc, notamment souterraines, nous présentons ici une analyse régionale couvrant les dix dernières années, avec la période 2004-2009 retenue comme référence.
Au Nord, un contraste saisissant entre le Loukkos et le Gharb
Dans le nord du Maroc, la région du Loukkos, frappée par les récentes inondations, a vu ses niveaux dépasser le seuil de la période de référence.
Depuis 2019, les relevés satellitaires indiquent toutefois une anomalie négative caractéristique des années de sécheresse récentes, et ce malgré des oscillations périodiques qui demeurent constamment en deçà de la moyenne.

Le maximum a été enregistré en février 2026 avec +8,9 cm au-dessus de la moyenne de référence, tandis que le minimum a atteint −20 cm au mois de septembre 2022.
L’évolution est en revanche beaucoup plus timide dans le bassin voisin du Gharb. Le maximum d'évolution positive enregistré ne dépasse pas +1,39 cm par rapport à la période de référence.

À l'instar du Loukkos, c'est à partir du mois de décembre 2019, période correspondant au début de la dernière sécheresse, qu'une anomalie négative persistante s'amorce, sans repasser au-dessus de la moyenne de référence jusqu'au début de l'année 2026. Le creux le plus marqué a été observé en septembre 2022, à −18 cm.
La région du Centre, un rebond encourageant mais insuffisant
Dans le centre du pays, l'effondrement post-2019 a été particulièrement brutal, illustrant la sévérité de la sécheresse qui a frappé ces bassins agricoles vitaux. Si l'année 2026 marque un point d'inflexion, le déficit accumulé reste important.
Au sud de Casablanca, couvrant les régions situées entre Settat, Berrechid et El Jadida, les anomalies négatives continuent de se maintenir depuis 2015, bien que les pluies hivernales de 2026 aient permis une remontée significative, faisant passer le niveau de −14 cm à −9 cm.

Bien que toujours négative, cette progression dépasse pour la première fois les niveaux enregistrés en 2020. Entre 2009 et 2013, les ressources se situaient au-dessus de la moyenne de référence, avant d'amorcer une régression continue. Le mois d’août 2015 correspond à la dernière période ayant enregistré une anomalie positive.
De même, la région de Fès-Meknès a connu, au début de l’année 2026, une remontée significative, les niveaux passant de −12 cm à −6 cm, soit une amélioration de 50 % ; ils restent cependant négatifs par rapport à la moyenne de référence.

Le minimum a été enregistré en janvier 2024 avec −17 cm. Depuis janvier 2019, les ressources en eau de la région se sont maintenues sous la moyenne 2004-2009.
Le rebond observé sur la période 2024-2026 traduit une récupération partielle liée aux épisodes pluvieux exceptionnels de l'automne-hiver 2024-2025. À l'échelle des vingt-cinq dernières années, les augmentations les plus significatives demeurent celles enregistrées entre 2010 et 2012.
La même tendance s'observe dans la région de Marrakech. Malgré les précipitations exceptionnelles enregistrées récemment, les niveaux demeurent inférieurs à la moyenne 2004-2009. Une évolution notable a néanmoins été constatée, faisant passer les valeurs de −10,8 cm à −7,8 cm, soit une amélioration d'environ 28 %. Le niveau le plus bas a été enregistré en janvier 2024 (−12,89 cm). Depuis octobre 2015, et pendant plus de dix ans, la région demeure en deçà de la moyenne de référence.

Dans la région d’Oujda, l’amélioration des conditions météorologiques s'est traduite par une remontée significative des nappes. Si le solde reste négatif, le niveau est passé de −10,27 cm à −4 cm, représentant une forte résorption du déficit de plus de 60 %. Une dynamique encourageante après avoir touché le fond en janvier 2024 (−12,75 cm), bien loin de la période faste de 2009-2015 où la région affichait des indicateurs excédentaires.

La région d'Agadir présente la situation la plus critique. La période précédente n’a permis qu’une amélioration de 2 cm, laissant encore le niveau d’eau largement en dessous de la moyenne de référence, soit −6 cm.
Le minimum a été atteint en janvier 2024 avec −10 cm. À l'image de la région de Casablanca, depuis décembre 2015, la région du Souss se maintient en situation d'anomalie négative. Sur la période 2016-2019, un déclin a fait passer les niveaux de +2 cm à −4,5 cm, suivi d'une remontée temporaire en 2019-2020, jusqu'à −3 cm, puis d'un effondrement continu sur 2020-2025 atteignant −9 cm, avant la légère reprise actuelle.

Au final, si l’embellie météorologique offre un répit indéniable, notamment pour les eaux de surface, la lente remontée des eaux souterraines ne permet pas encore d'envisager un retour aux équilibres historiques.
Ce constat de fragilité impose de renforcer plus que jamais la vigilance et de maintenir les stratégies de préservation de nos ressources souterraines. Une seule saison pluvieuse, aussi généreuse soit-elle, ne saurait effacer les stigmates de sept années de sécheresse consécutive ni la forte pression exercée par le secteur agricole.
Toutefois, une dynamique positive reste à surveiller de près pour les mois à venir, l’apport de la fonte des neiges au niveau des massifs montagneux devant continuer d'alimenter et de recharger progressivement les aquifères en profondeur.
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