Parasols, chaises et sable “réservé” : avant l’été, les communes recadrent l’usage des plages publiques
Chaque été, des exploitants installent parasols et chaises sur les plages marocaines et réclament aux estivants des sommes parfois élevées pour occuper une place sur le sable. Mais cette pratique est-elle légale ? De Rabat à Agadir, en passant par Casablanca, les communes adoptent des approches différentes, tout en rappelant un principe commun : le libre accès des citoyens au domaine public maritime.
À l’approche de la saison estivale, la question de l’occupation des plages publiques revient avec insistance dans plusieurs villes du Royaume. Chaque année, de nombreux estivants dénoncent la multiplication d’opérateurs qui s’approprient des portions entières de sable pour y installer parasols et chaises longues, parfois au point d’empêcher les citoyens de s’y installer librement ou d’utiliser leur propre matériel.
Cette pratique soulève de nombreuses interrogations : est-il légal de réserver des espaces sur une plage publique ? Les citoyens sont-ils tenus de payer pour occuper un emplacement sur le sable ? Les communes peuvent-elles autoriser l’exploitation commerciale du domaine public maritime ? Pour répondre à ces questions, nous avons recueilli les réponses des autorités de Casablanca, Rabat et Agadir afin de comprendre ce que prévoit réellement la réglementation.
De nombreux Marocains ont exprimé leur colère face à cette pratique, dénonçant l’appropriation d’espaces sur les plages publiques. En cause : des exploitants qui imposent souvent aux estivants des tarifs jugés excessifs pour la location de parasols et de chaises, certains allant même jusqu’à empêcher les citoyens d’installer leurs propres équipements sur le sable.
À Casablanca, les autorités ont toutefois tranché la question. Contacté par nos soins, Ahmed Afilal, vice-président du conseil de la ville, a affirmé que la location d’espaces sur les plages a été définitivement interdite sur l’ensemble du littoral casablancais, de Aïn Diab à Aïn Sebaâ.
Les estivants peuvent ainsi accéder librement aux plages et s’y installer sans être contraints de louer un parasol, une chaise ou un emplacement. Selon la commune, aucun opérateur n’est autorisé à réserver ou à privatiser des portions de plage au détriment du public, dans le cadre d’une démarche visant à garantir le caractère public de ces espaces et le libre accès de tous les citoyens au littoral.
Ahmed Afilal souligne par ailleurs que tout estivant confronté à une tentative de location obligatoire ou à une interdiction d’installer son propre matériel est en droit de saisir les autorités compétentes. « Il n’y a pas de plages privées à Casablanca, il n’y a pas de location de places. Les plages sont libres et accessibles à tous les citoyens », insiste-t-il. Toute occupation ou privatisation non autorisée du domaine public maritime est ainsi considérée comme une pratique illégale susceptible de faire l’objet d’une intervention des autorités.
À Rabat, la même orientation semble avoir été adoptée. Selon des sources au sein de la commune, il a été décidé que les plages de la capitale seraient entièrement gratuites durant la saison estivale. Les estivants peuvent ainsi accéder librement au littoral et s’y installer sans être contraints de louer un parasol, une chaise ou un emplacement.
Dans le cadre de cette démarche, certaines plages de la ville ont récemment été équipées de parasols mis gratuitement à la disposition du public. Cette initiative vise à la fois à harmoniser l’aménagement visuel des plages et à améliorer les conditions d’accueil des citoyens souhaitant profiter des espaces balnéaires, tout en garantissant un accès équitable et gratuit à ces équipements.
À Agadir, la situation diffère quelque peu de celle observée à Casablanca ou à Rabat. Selon les informations recueillies auprès de la commune, la location anarchique d’espaces sur le sable est interdite et ne peut en aucun cas priver les estivants de leur droit d’accès à la plage. En revanche, certaines activités économiques sont autorisées dans le cadre de concessions strictement encadrées par les autorités compétentes.
La convention de gestion conclue entre le ministère de l’Équipement et de l’eau et la commune d’Agadir prévoit qu’au moins 80% de la superficie des plages de la baie d’Agadir et d’Anza demeurent réservés à l’usage gratuit du public. Les activités économiques, commerciales ou liées à l’animation balnéaire ne peuvent occuper plus de 20% de la surface totale des plages et doivent faire l’objet d’autorisations spécifiques. La convention rappelle également l’obligation de garantir le libre accès des citoyens aux plages, sans interruption ni entrave.
La commune d’Agadir a par ailleurs mis en place un règlement détaillé encadrant l’exploitation du littoral, définissant les zones autorisées, les conditions d’occupation du domaine public maritime et les obligations des bénéficiaires des concessions. L’objectif affiché est de concilier le développement des activités économiques et touristiques avec la préservation du caractère public des plages et le respect du droit des estivants à profiter librement du littoral.
Concrètement, un exploitant ne peut ni s’approprier librement une portion de plage ni imposer la location d’un emplacement en dehors des espaces autorisés par la commune. Toute occupation du domaine public maritime doit s’inscrire dans le cadre des concessions prévues par la réglementation en vigueur.
Au-delà des différences de gestion entre les villes, un principe demeure commun : les plages restent un espace public accessible à tous. Si certaines communes autorisent des activités commerciales dans des zones délimitées, aucune ne donne à un exploitant le droit de privatiser librement le sable ou d’imposer aux citoyens le paiement d’un emplacement pour profiter de la plage. Les estivants confrontés à ce type de situation peuvent ainsi se tourner vers les autorités locales afin de signaler toute occupation abusive du domaine public maritime.
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