Hekaya, une ambition mondiale pour les séries verticales marocaines
Après avoir longtemps regardé les histoires des autres, le public marocain pourrait bientôt voir les siennes voyager à l’international. Avec Hekaya, Mehdi Chougrad veut faire découvrir des séries marocaines en darija, doublées dans plusieurs langues et pensées pour le téléphone.
Pendant des années, les histoires venues de Turquie, de Corée, des États-Unis ou d’ailleurs ont traversé les frontières pour parvenir au public marocain. Aujourd’hui, une plateforme marocaine veut faire le chemin inverse.
Lancée au Maroc il y a quelques jours, Hekaya prépare son déploiement à l’international. La plateforme propose des séries courtes tournées au format vertical, pensées pour être regardées sur un téléphone. Son ambition : faire voyager des histoires marocaines au-delà des frontières, sans que la langue constitue un obstacle.
"Pourquoi nous, Marocains, sommes obligés de regarder les histoires des autres alors qu’on est capables de faire nos propres histoires et de les faire voyager à travers le monde ?", résume Mehdi Chougrad, fondateur et directeur général de Hekaya.

Des histoires marocaines pensées pour le téléphone
L’idée de Hekaya est née il y a environ deux ans, après que son fondateur a constaté le succès international des plateformes de séries verticales. Ces formats, particulièrement développés en Asie, sont conçus pour être regardés rapidement, entre deux activités, dans les transports ou simplement sur son téléphone.
Les épisodes durent entre une minute trente et deux minutes trente. Ils reposent sur un rythme rapide, avec une accroche dès les premières secondes et une fin qui doit donner envie de regarder l’épisode suivant.
Pour son lancement, la plateforme dispose déjà de 30 séries de 30 épisodes, soit 900 épisodes au total. Toutes ont été imaginées, écrites et produites au Maroc.
Le projet a mobilisé un investissement de plus de 12 millions de dirhams, financé sur fonds propres. Des acteurs, réalisateurs et techniciens marocains ont participé aux productions, parmi lesquels les réalisateurs Actarus Hamed Aksas et Doha Moustaquim.

De la darija vers le monde
La langue constitue l’un des principaux enjeux du projet. Les séries produites au Maroc sont doublées et sous-titrées dans plusieurs langues afin de pouvoir toucher des publics étrangers.
Une même histoire peut ainsi être regardée en français, en anglais ou en espagnol selon le pays. L’objectif est de permettre à une histoire née au Maroc de poursuivre son parcours auprès de spectateurs qui ne comprennent pas nécessairement la darija.
"La darija devient un point de départ, pas une frontière", estime Mehdi Chougrad.
Cette volonté d’exporter les histoires marocaines est aussi liée à un constat sur la circulation des œuvres. Le Maroc dispose d’acteurs, de réalisateurs et de techniciens, mais ses productions peinent encore à trouver une place dans les circuits internationaux de diffusion.
Avec Hekaya, le pari est de créer directement un accès à ces publics, en s’appuyant sur un format déjà populaire à l’étranger.

Un modèle pensé pour produire dans la durée
L’application est accessible gratuitement et propose dix épisodes gratuits. Au-delà, l’utilisateur peut souscrire à différentes formules d’accès : un pass quotidien à 7 dirhams, un pass hebdomadaire à 15 dirhams ou un abonnement mensuel à 39 dirhams.
Au Maroc, le paiement peut notamment être effectué via la facture ou le solde de l’opérateur téléphonique, grâce à des partenariats avec les trois opérateurs nationaux (Maroc Telecom, Orange et Inwi). Le paiement via l’App Store et Google Play est également possible.
La plateforme entend aussi développer des revenus publicitaires. Des bannières peuvent apparaître dans les épisodes accessibles gratuitement. Les abonnés bénéficient, eux, d'un accès sans publicité. Des collaborations avec des marques sont également prévues, notamment à travers des placements de produits intégrés aux histoires.
Pour Hekaya, l’enjeu est désormais de continuer à produire. Car une plateforme de contenus ne peut fonctionner durablement sans nouvelles histoires. Le projet veut ainsi s’appuyer sur plusieurs réalisateurs et continuer à faire travailler les talents marocains.
Après avoir longtemps consommé les récits venus d’ailleurs, le public marocain pourrait donc voir ses propres histoires prendre le chemin inverse. D’abord en darija, puis dans les langues de ceux qui les découvriront ailleurs.

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