Elections 2026 : derrière la liste des candidats du PJD, un parti qui joue sa survie
ANALYSE. A la recherche d’un second souffle, le PJD a rendu publique sa liste de candidats pour les législatives du 23 septembre 2026, montrant une tentative de renouvellement, visible dans la forme, mais peu audacieuse dans le fond.
Sur les 104 circonscriptions électorales (92 locales et 12 régionales), le PJD n’a gardé qu’une trentaine de têtes de listes qui se sont présentées lors des dernières élections de 2021. Le parti a donc procédé à un renouvellement de près de 70% de ses candidats.
Dans la forme, en publiant cette liste accompagnée d’un communiqué qui explique la procédure qui a été suivie pour sa sélection, le parti renvoie l’image d’un appareil interne qui fonctionne toujours aussi bien, qui arrive à couvrir la quasi-totalité du territoire national et qui propose une nouvelle génération de candidats.
Mais serait-ce suffisant pour enclencher le rebond souhaité par Benkirane et laver l’affront subi lors des législatives de 2021 ? Car, dans le fond, le parti n’a pas montré de changements significatifs ni dans son discours, ni dans sa façon de faire la politique. Rien qui puisse remobiliser ses électeurs et ses militants. Un échec qui traduit un manque d’audace et une incapacité à concevoir un nouveau projet politique qui répond aux changements dans les attentes et la mentalité des électeurs.
Malgré l’affaiblissement électoral, le parti montre une résilience organisationnelle
La publication des têtes de listes est l’aboutissement d’une procédure interne à plusieurs étapes qui a été adoptée lors du Conseil national de février. Des assemblées générales sont élues au niveau provincial et préfectoral, pour ensuite proposer à travers un scrutin local une liste de candidats parmi lesquels le secrétariat général va choisir la tête de liste pour la circonscription locale. La même procédure est suivie pour les circonscriptions régionales à travers des commissions élues pour l’occasion.
Dans son communiqué, le secrétariat général a annoncé qu’il a confirmé les têtes de liste proposées par les scrutins locaux pour 64 des 91 circonscriptions locales et dans 5 des 12 circonscriptions régionales. Il a aussi choisi les candidats parmi les listes proposées pour 21 circonscriptions locales et 6 régionales. Tandis qu’elle n’a apporté des candidats en dehors des listes proposées par les scrutins internes que pour 6 dans les circonscriptions locales et 1 pour les circonscriptions régionales.
En étant le premier parti à annoncer sa liste de candidats à travers un tel processus interne, aux quatre coins du Royaume, sans problème majeur à signaler, est en soi un succès. C’est aussi un message que le parti conserve ses relais locaux avec un appareil administratif actif. En effet, même si le parti a perdu plusieurs de ses militants et même s’il est beaucoup plus difficile de mobiliser après septembre 2021, le PJD a su garder un socle solide et une organisation bien huilée qui assure un service minimum.
C’est un signe aussi que le parti n’a pas perdu sa capacité à gérer les tensions internes relatives au processus de sélection des candidats. Cela renvoie une image d’une discipline rare dans le paysage partisan marocain. Selon un ancien membre du parti, c’est surtout le fruit d’une culture forcée de l’abnégation de soi et d'une réglementation interne qui interdit l’auto-candidature et privilégie «la proposition par les frères». Là où il est très mal vu de se porter candidat ou de voter pour soi-même, les plus ambitieux passent par d’autres méthodes moins orthodoxes pour se faire élire.
Cela donne des scrutins internes qui font élire les plus gentils, les plus blagueurs, les plus pieux ou les plus souriants, et le plus souvent ceux qui arrivent à se faire le plus d’amis, nous confie notre source. Les compétences et les projets politiques passent souvent au second plan, créant des frustrations et des tensions internes à peine cachées. Si ce système n’est pas parfait, il a au moins le mérite de maintenir l’unité, sous prétexte que le projet du parti, alias « المشروع », prime sur les projets personnels.
Entre impératif de survie et espoir de reconquête, le défi de mobiliser ses électeurs
Les têtes de listes sont les seuls candidats qui comptent. Car les législatives de 2021 ont démontré que le changement apporté au quotient électoral, qui est calculé sur la base du nombre d’inscrits au lieu des suffrages exprimés, a rendu quasi-impossible de faire élire le dauphin sur la liste, même dans les circonscriptions qui comptent 6 sièges. Cela fait aussi que l’élection de la tête de liste dans les circonscriptions régionales (réservées aux femmes) est beaucoup plus facile. En 2021, le PJD a pu élire 9 de ses têtes de listes régionales, sur 12 circonscriptions au total, contre 4 sièges seulement dans les circonscriptions locales, sur 92 au total.
Avec 13 sièges seulement, le PJD est arrivé dernier des big 8 des partis marocains. Un nombre insuffisant pour constituer un groupe au parlement, il s’est contenté d’un groupement parlementaire. Une humiliation pour le parti qui dirigeait le gouvernement pour deux mandats d’affilée avec 125 sièges en 2016 et 107 en 2011.
En septembre 2026, il s’agira pour lui de rebondir et d'effacer le souvenir de cette débâcle historique. Si revendiquer la tête du prochain gouvernement reste un passage obligé pour tout parti en campagne, un objectif plus réaliste serait de se hisser dans le top 4 de la Chambre des représentants. Une position indispensable s’il veut peser politiquement, qu’il choisisse d'intégrer la majorité ou de siéger dans l'opposition. À défaut, un minimum vital s'imposerait : éviter la lanterne rouge parmi les huit partis, franchir le seuil des 20 sièges nécessaires à la constitution d'un groupe parlementaire, et reconquérir les zones urbaines qui ont longtemps constitué ses bastions.
C’est dans ce dessein que les militants ont réélu Abdelillah Benkirane à leur tête, avec l’espoir que sa présence médiatique remette le parti sur le devant de la scène. Mais il est loin le temps où l’ancien chef du gouvernement faisait des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux.
Même si Benkirane n’a pas changé sa méthode, ni son langage, ses sorties médiatiques laissent indifférent et n’arrivent plus à faire attirer l’attention comme auparavant. Il paraît que les membres du parti ont pensé « on ne change pas une méthode qui fonctionne », alors que le public, lui, pense « on ne mise pas sur une équipe qui perd ». La question qui s’impose pour septembre 2026 est : dans quelle mesure le PJD arrivera-t-il à remobiliser ses électeurs ? Car avant 2021, on lui attribuait une large base fidèle qui voterait pour lui quel que soit le cas. Aujourd’hui ce mythe s’est écroulé.
Absence de figures emblématiques : stratégie défensive, volonté de renouvellement ou choix contraint ?
En plus de la représentation à l’hémicycle par le nombre, le grand défi sera de faire élire des personnalités qui ont une présence médiatique et qui savent se faire entendre. Car durant le mandat 2021-2026, le groupe du PJD à la chambre des représentants, dominé par les députées issues des listes régionales, a fait les frais d’un casting peu adapté pour la fonction de l’opposition. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles aucune d’elles n’a été reconduite en tant que tête de liste pour 2026, à part Batoul Abladi qui se représentera, mais cette fois-ci au niveau de la circonscription locale de Tan-Tan.
Pour revenir au-devant de la scène, le PJD aura donc besoin de visages connus, des personnalités qui donnent envie qu’on les écoute, dans une époque où l’homme politique n’est plus en compétition avec un concurrent d’un autre parti, mais avec toutes les distractions du monde digital.
Or, les procédures électives du PJD en interne qu’on a décrites plus haut font que ce sont les leaders locaux, qui arrivent à tisser des relations sur le long terme, qui arrivent à tirer leur épingle du jeu. Et ceux-là ne sont ni connus au niveau national, ni forcément compétents pour mener l’opposition, même si la plupart d’entre eux ont des expériences au minimum en tant qu’élus dans les collectivités territoriales. À défaut d’attirer les électeurs, ces profils arrivent relativement à mobiliser les militants, notamment en période de campagne électorale.
Dans la liste présentée par le PJD, une dizaine de personnalités sortent du lot. Encore faut-il les faire élire ! C'est dans cette logique que certains d’entre eux ont changé de circonscription par rapport à 2021, comme Driss Azami qui se présente à Skhirat-Témara au lieu de Fès-Sud et Mustapha El Kahlfi à Rabat Océan au lieu de Sidi Benour. Amina Maelainine et Khalid Boukarai reviennent sur la scène en se présentant à Ain Chok et Taza, respectivement. Quant à Abdallah Bouanou, Mustapha Ibrahimi et Abdessamad Haikar, qui ont mené le groupe durant ce mandat en opposition, ils se représentent dans les mêmes circonscriptions qu’en 2021, à savoir Meknès, Kénitra et Casa Anfa, respectivement.
Parmi les 18 membres du secrétariat général, ils ne sont que 7 à se présenter. On remarque aussi l’absence de beaucoup des leaders historiques, tels que Saad Eddine El Othmani et Mustapha Ramid, ou des figures clivantes telles qu’Abdelaziz Aftati ou Abdelali Hamieddine. On peut y lire aussi une volonté d’avancer en faisant profil bas, en rassurant et en œuvrant à reconstruire progressivement la confiance vis-à-vis des parties prenantes, en interne comme en externe.
Comme dans d’autres rendez-vous électoraux, le parti s’est ouvert à des figures connues externes au parti. C’est le cas cette fois-ci avec le journaliste Samir Chaouki qui se présentera à Hay Hassani et Fatima Ouchaye qui sera tête de liste dans la circonscription régionale de Casablanca-Settat.
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