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ECONOMIE

Aïd al-Adha 2026 : pourquoi les moutons ont manqué malgré les chiffres rassurants

Trois semaines avant l’Aïd, des ateliers d’engraissement affichaient déjà complet et certains souks se vidaient avant midi. Pour Saïd Chatibi, directeur général de l’ANOC, le marché a été rattrapé par un double décalage : moins de mâles réellement disponibles que prévu et une demande plus proche de 8 millions de têtes.

Aïd Al-Adha 2026 pourquoi le marché du mouton est resté sous tension malgré 40 millions de têtes annoncées
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Le 4 juin 2026 à 14h13 | Modifié 4 juin 2026 à 15h22

Contrairement aux prévisions initiales, l'Aïd al-Adha 2026 a été marqué par des tensions sur l'approvisionnement en moutons dans plusieurs villes du Royaume. Une situation qui a surpris les professionnels eux-mêmes, alors que les estimations officielles annonçaient une offre largement suffisante pour couvrir les besoins des ménages marocains.

Invité de l'émission "Le 12/13" de Médias24, Saïd Chatibi, directeur général de l'Association nationale ovine et caprine (ANOC), a expliqué que les chiffres avancés avant l'Aïd reposaient sur le recensement national réalisé en 2025 sous la supervision du ministère de l'Intérieur, lequel avait dénombré 30,6 millions de petits ruminants. En y ajoutant les naissances estimées entre l'automne 2025 et le printemps 2026, les projections conduisaient à un cheptel national estimé à près de 40 millions de têtes.

Selon lui, les calculs semblaient cohérents : sur les 30,6 millions de têtes recensées, environ 21 millions étaient des femelles reproductrices et près de 8,9 millions des mâles. Après déduction d'environ un million de reproducteurs et l'ajout des premières naissances mâles aptes à l'abattage, l'offre théorique destinée à l'Aïd pouvait effectivement atteindre entre 8 et 9 millions de têtes. Cependant, la réalité du terrain s'est révélée plus complexe.

Saïd Chatibi souligne qu'un élément majeur a été sous-estimé : la consommation exceptionnelle de mâles durant les douze à quatorze mois ayant précédé l'Aïd. Entre février et octobre 2025, l'abattage des femelles avait été interdit afin de préserver le cheptel reproducteur. Même après la levée de cette interdiction, de nombreux éleveurs ont continué à conserver leurs femelles pour bénéficier des aides publiques conditionnées à leur maintien jusqu'en avril 2026.

Résultat : les boucheries se sont massivement tournées vers les mâles pour répondre à la demande de viande rouge. « Ce sont des animaux qui étaient destinés à l'Aïd, mais qui ont été consommés auparavant », explique le responsable de l'ANOC. Cette situation a réduit le volume réellement disponible pour la fête religieuse.

L'autre facteur déterminant concerne la demande elle-même. Pendant des années, les estimations officielles se sont appuyées sur une demande comprise entre 6 et 7 millions de têtes. Or, selon Saïd Chatibi, cette référence n'est plus adaptée à la réalité démographique du pays.

Le Maroc compte aujourd'hui environ 9,3 millions de ménages. Même en tenant compte des foyers qui ne pratiquent pas le sacrifice, la demande potentielle se rapprocherait désormais davantage de 8 millions de têtes que des 6 ou 7 millions traditionnellement avancés.

L'ANOC affirme avoir constaté une forte pression sur le marché dès le lancement de la campagne de commercialisation. Trois semaines avant l'Aïd, les achats étaient déjà particulièrement soutenus. Selon Saïd Chatibi, un effet psychologique lié à l'absence de sacrifice en 2025 a probablement accéléré les achats.

Les observations réalisées dans plusieurs grands souks hebdomadaires de zones de production, notamment dans la région d'Azrou, confirment cette tendance. D'importants volumes d'animaux arrivaient le matin mais étaient écoulés avant midi. Dans plusieurs ateliers d'engraissement situés près des grandes villes, les animaux étaient entièrement réservés une semaine avant l'Aïd.

Pour le directeur général de l'ANOC, les tensions observées à Casablanca et dans certains autres centres urbains ne traduisent pas nécessairement une absence d'offre au niveau national. Une partie du problème réside également dans la redistribution géographique des animaux.

« Il y avait encore des animaux dans certaines zones de production alors que certaines villes connaissaient des pénuries », souligne-t-il. Selon lui, le marché nécessite habituellement une offre supérieure de 10 à 15 % à la demande pour permettre une bonne répartition territoriale et maintenir les prix à des niveaux raisonnables.

La question des prix constitue d'ailleurs l'un des principaux enseignements de cette campagne. Dans la grande distribution, devenue selon lui une référence pour l'ensemble du marché, les prix affichés atteignaient 78 dirhams le kilogramme pour les moutons Sardi de plus de 60 kg, 82 dirhams pour les animaux plus légers, environ 75 dirhams pour les Timahdite et jusqu'à 80 dirhams pour certaines autres catégories.

Dans les souks des zones de production, l'ANOC a observé une grande diversité de prix. Dans certains souks suivis par l'association, les moutons se négociaient entre 1.500 et 4.500 dirhams selon le poids et la qualité. À Azrou, les prix variaient entre 1.800 et 3.700 dirhams.

Pour Saïd Chatibi, une partie importante de l'écart entre les prix pratiqués dans les zones d'élevage et ceux observés dans les grandes villes s'explique par le rôle des intermédiaires. Un animal acheté autour de 3.000 dirhams peut être revendu entre 4.000 et 4.500 dirhams après avoir transité par plusieurs acteurs.

Le responsable de l'ANOC estime qu'un intermédiaire assumant les coûts de transport, de manutention et une marge raisonnable pourrait commercialiser l'animal avec une majoration d'environ 500 dirhams. Au-delà, il considère que certaines pratiques relèvent davantage de la spéculation que de la simple activité commerciale.

Il plaide ainsi pour une meilleure structuration de cette activité d'intermédiation, estimant que ce maillon de la chaîne demeure largement informel et insuffisamment encadré.

Au-delà des circuits de commercialisation, Saïd Chatibi rappelle que les coûts de production ont fortement augmenté depuis plusieurs années sous l'effet cumulé de la sécheresse, de la hausse mondiale des prix des aliments pour bétail, de l'inflation et des perturbations apparues après la crise sanitaire.

Selon ses estimations, l'alimentation représente désormais entre 70 % et 80 % du coût total d'élevage. Pour produire un mouton d'environ 50 à 55 kg destiné à l'Aïd, l'éleveur supporte un coût moyen avoisinant 3.000 dirhams avant même d'intégrer la main-d'œuvre, les soins vétérinaires, les pertes liées à la mortalité ou les autres charges d'exploitation.

Pour l'ANOC, la sortie durable de cette crise passe désormais par l'amélioration de la productivité des élevages. L'organisation estime nécessaire de réduire les taux de mortalité, d'améliorer les pratiques techniques et de renforcer l'accompagnement des éleveurs afin de contenir les coûts de production.

Malgré les tensions observées cette année, Saïd Chatibi se veut toutefois rassurant sur l'avenir du cheptel national. Il souligne que les mesures prises depuis 2025 ont permis de préserver un important noyau de femelles reproductrices, avec plus de 21 millions de brebis recensées auxquelles s'ajoutent les jeunes femelles conservées après les dernières naissances. « C'est de bonne augure pour l'année prochaine », affirme-t-il, tout en rappelant que la reconstitution du cheptel après plusieurs années de crise nécessitera encore du temps.

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Le 4 juin 2026 à 14h13

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