Hri Souani, silo du sultan Moulay Ismail
À Meknès, Hri Souani ne se résume ni à d'anciennes écuries ni à un grenier monumental. Conçu sous Moulay Ismaïl comme l'un des rouages essentiels de la cité impériale, ce complexe exceptionnel illustre le génie d'une architecture répondant à une fonction précise.
Derrière ses imposants murs de pisé, le grenier séculaire dévoile une conception très intelligente. Plus de trois siècles après sa construction, ce vaste complexe continue de subjuguer. Il raconte la grandeur d'un souverain qui ne voulait pas seulement édifier une garnison prestigieuse, mais une ville capable de répondre aux exigences d'un empire.
En élisant Meknès comme sa capitale à la fin du XVIIᵉ siècle, Moulay Ismaïl engage un chantier sans précédent. Palais, remparts, portes colossales, jardins et infrastructures voient le jour pour donner corps à son projet.
Dans cet ensemble, Hri Souani occupe une place stratégique. Le site est conçu pour accueillir les réserves alimentaires destinées à la cour tout en s'intégrant à une organisation plus vaste, pensée pour assurer le fonctionnement quotidien de la ville impériale. "Le terme Hri signifie grand magasin en amazigh. À l’époque les impôts se collectaient en nature et étaient stockés dans ce silo géant pour subvenir aux besoins des soldats, par exemple. C’était classique des villes impériales", explique Mustapha Qaderi, historien.
Un édifice sobre
Au dedans comme au dehors, aucune profusion de zelliges ou de décors sculptés. L'impression naît des volumes. Les rangées de piliers se succèdent avec une remarquable régularité, dessinant de longues perspectives qui semblent se prolonger à l'infini.
La succession d'arcades confère au Hri Souani une identité visuelle singulière, où la répétition des formes devient un véritable langage architectural. Cette apparente simplicité répond ici à des exigences très concrètes. Les murs très épais favorisaient une température stable à l'intérieur des espaces de stockage. Les récoltes destinées aux réserves royales pouvaient ainsi être conservées dans des conditions adaptées, malgré les fortes chaleurs estivales.
Longtemps associé aux célèbres écuries royales, le complexe témoigne également de l'importance accordée à la cavalerie sous le règne de Moulay Ismaïl. Les espaces étaient organisés pour faciliter la circulation, assurer une bonne aération et répondre aux besoins d'un nombre considérable de chevaux.
Cette organisation révèle une approche particulièrement moderne de l'aménagement. "Un grenier rempli, un système de gestion des eaux très performant grâce au Sahrij Souani et aux installations annexes, une cavalerie réputée pour sa force (…), tout était réuni pour faire de Meknès une cité opulente et puissante", reprend l’historien.
Des lieux transformés par le temps
Le séisme de Lisbonne, en novembre 1755, a entraîné l'effondrement d'une partie des voûtes qui couvraient autrefois le monument. Loin d'en diminuer l'intérêt, cette évolution lui confère aujourd'hui une atmosphère unique. La lumière s'invite librement entre les piliers, révélant les textures de la pierre et faisant évoluer les perspectives au fil des heures. Chaque visite offre ainsi un visage différent du site, selon la saison, la météo ou le moment de la journée.
Le "Grenier royal" est par ailleurs la preuve qu'un ouvrage utilitaire peut devenir une œuvre majeure lorsque la maîtrise technique rencontre une vision d'ensemble. Les jeux d'alignement, la précision des proportions et l'équilibre des volumes témoignent d'un savoir-faire qui dépasse largement la seule fonction du bâtiment. Cette qualité explique d'ailleurs pourquoi le site attire autant les passionnés de patrimoine que les photographes en quête de perspectives spectaculaires.
Aller à la rencontre du Hri Souani, c'est finalement porter un autre regard sur Meknès. Si la ville impériale est souvent célébrée pour ses médersas ou ses palais, ce complexe rappelle que la grandeur d'une capitale repose aussi sur des infrastructures capables d'assurer son autonomie.
Derrière l’austérité de ses façades se cache une réalisation où architecture, ingénierie et organisation du pouvoir se rejoignent avec une remarquable cohérence, confirmant encore une fois la richesse du patrimoine historique marocain.


