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CULTURE

“Calle Malaga”, un tournant audacieux pour le cinéma marocain

CRITIQUE. Représentant le Maroc aux prochains Oscars, "Calle Malaga" devrait s’imposer comme l’un des films marocains les plus marquants de ces dernières années. Porté par une interprétation magistrale de Carmen Maura et d'Ahmed Boulane, le troisième long-métrage de Maryam Touzani explore une thématique cinématographique rarement abordée au Maroc : la solitude et l’amour à un âge avancé.

Calle Malaga, dernier long-métrage de Maryam Touzani
Calle Malaga, dernier long-métrage de Maryam Touzani
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Le 4 mai 2026 à 15h13 | Modifié 4 mai 2026 à 15h13

À l’heure où le cinéma marocain est souvent critiqué pour son approche trop conventionnelle, certaines œuvres novatrices viennent imposer un regard audacieux qui bouscule les codes habituels. Avec Calle Malaga, la réalisatrice Maryam Touzani s’inscrit pleinement dans cette dynamique, en abordant avec finesse plusieurs sujets sensibles comme la solitude familiale imposée par notre époque individualiste et la (re)découverte de l'amour au crépuscule de la vie.

Une claque émotionnelle dès les premières images

Présent à l’avant-première nationale de son film, l’auteur de ces lignes, passionnément cinéphile mais d'ordinaire parcimonieux en superlatifs, a été littéralement subjugué par sa beauté esthétique, sa justesse narrative et l’émotion poétique qu'il a su distiller.

Dès les premières images de la ville du détroit, admirablement captée par la réalisatrice d’origine tangéroise, Calle Malaga a été en mesure de captiver sans jamais s’étirer inutilement.

Dépourvu de toute longueur et de la moindre once d'ennui, son déroulé a déployé en 98 minutes une intensité constante qui a tenu en haleine une salle comble manifestement conquise du premier au dernier plan.

Un cinéma d’auteur audacieux

Après avoir réalisé Adam et Le Bleu du Caftan, Maryam Touzani signe avec ce troisième long-métrage, un véritable petit bijou de cinéma d’auteur comme on en voit encore trop peu sur les écrans du Maroc.

Loin des formats classiques, Calle Malaga se distingue par une vision profondément intimiste de l’amour capable de toucher tous les publics adultes.

Un positionnement artistique inédit qui tranche avec certaines critiques récurrentes au cinéma marocain, souvent accusé de manquer de renouvellement ou d’audace.

Avec cette thématique, la réalisatrice y explore le territoire sensible du renouveau amoureux à un âge avancé de 79 ans.

Quand l’ingratitude familiale devient déclencheur de vie

Sa force réside d’abord dans la relation très tendue entre l’héroïne et sa fille confrontée à de graves difficultés financières depuis son divorce. Installée à Madrid, cette dernière traverse le détroit juste pour lui annoncer qu'elle compte vendre très rapidement son appartement tangérois occupé par sa mère et son défunt mari depuis des décennies .

Face au refus maternel de quitter son domicile, elle lui impose le choix brutal de la rejoindre en Espagne avec ses petits-enfants ou de finir sa vie dans une maison de retraite à Tanger où une place vient de se libérer après la mort d'une pensionnaire.

En filigrane, la situation vécue par la mère illustre parfaitement l'ingratitude filiale propre à certaines sociétés occidentales, en faisant écho à la célèbre mise en garde du défunt roi Hassan II, qui redoutait le jour où le Maroc deviendrait un pays égoïste où les enfants se débarrasseraient de leurs parents âgés dans des maisons-mouroirs.

S’il convient de ne pas dévoiler toute l’intrigue, cette pression affective et matérielle va paradoxalement agir comme un renouveau inattendu pour la mère qui souhaite finir ses jours dans sa maison.

Confrontée au chantage de sa fille, son refus de quitter l’appartement lui permettra en effet de redécouvrir l'amour et le désir avec l'antiquaire qui avait racheté ses meubles.

Des acteurs au sommet de leur art

Au cœur de ce tableau tendu, soulignons l’interprétation magistrale de Carmen Maura qui incarne avec une intensité remarquable un personnage têtu refusant obstinément de sacrifier ses dernières années pour les intérêts de sa fille.

Mention spéciale aussi au grand réalisateur Ahmed Boulane qui livre a ses côtés une prestation d'acteur plus que remarquable.

D’abord perçu comme un personnage antipathique proche des intérêts mercantiles de la fille indigne, il se révélera au fil de l'histoire d’une grande sensibilité en apportant au personnage principal un amour inconditionnel plus que touchant.

Tournées dans l'ancien quartier hispano-tangérois, leurs performances respectives enrichies par des seconds rôles très convaincants donnent corps à des personnages libres et fragiles transmettant une palette d’émotions complexes.

Un signal fort pour un cinéma décomplexé

Signe d'une indéniable évolution des mentalités dans la société marocaine, le comité de visionnage du Centre cinématographique marocain (CCM) n’a procédé à aucune coupe des rares scènes d’amour très soft au demeurant.

L'occasion de saluer ce choix libéral qui a permis à la réalisatrice de conserver toute la cohérence artistique de son film mais aussi d'envoyer un signal fort pour l'avenir d’un cinéma marocain plus libre qui s'assume.

Avec cette œuvre maîtrisée de bout en bout qui représentera le Maroc aux Oscars, il n’est pas du tout exagéré d’affirmer que Calle Malaga constitue désormais l'Everest de la filmographie de Maryam Touzani et de son producteur et mari Nabil Ayouch.

Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse

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Le 4 mai 2026 à 15h13

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