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DIPLOMATIE

Sahara. Comment les États-Unis passent de la reconnaissance aux investissements économiques

DÉCRYPTAGE. De la reconnaissance politique à l’ancrage économique, Washington franchit un nouveau cap au Maroc. Les annonces faites à Rabat par le numéro 2 de la diplomatie des États-Unis autour du soutien aux entreprises américaines dans le Sahara relancent un projet resté en suspens depuis janvier 2021, dans un contexte de consolidation tous azimuts de l'alliance entre les deux pays. Au grand dam d’Alger et malgré la contre-offensive diplomatique qu’elle tente, en vain, de mettre en œuvre.

Sahara. Comment les États-Unis passent de la reconnaissance aux investissements économiques
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Le 2 mai 2026 à 10h23 | Modifié 2 mai 2026 à 11h46

Ce vendredi 1er mai 2026, Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint américain et donc numéro 2 de la diplomatie des États-Unis, a clos une tournée de cinq jours au Maghreb. Un déplacement qui l'a d'abord emmené, les 27 et 28 avril 2026, à Alger, avant qu'il n'arrive le 29 avril à Rabat pour poursuivre et terminer son périple régional.

Les objectifs avaient été annoncés le 24 avril 2026 par le département d'État, dans un communiqué où ce dernier révélait la tournée imminente de Christopher Landau en Afrique du Nord : en Algérie, "approfondissement de la relation bilatérale, notamment les efforts communs en matière de sécurité régionale et les accords commerciaux d’envergure avec des entreprises américaines", et au Maroc, "le renforcement de la coordination technologique et spatiale, ainsi que [des échanges] sur la coopération sécuritaire de longue date entre les deux pays". Pour un rendu final qui, si l'on se fie du moins à la communication publique américaine, est éminemment positif.

Le Sahara, test concret du retour américain

Rabat, en tout cas, en a eu pour son argent. Depuis le point presse qu'il y a donné le mercredi 29 avril 2026 aux côtés du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, Christopher Landau a réitéré l'appui américain à l'intégrité territoriale du Maroc. Mieux, il a remis sur le tapis la question du "soutien des États-Unis aux entreprises américaines qui souhaitent investir et faire des affaires au Sahara", à l'agenda depuis la décision de l'oncle Sam de reconnaître, en décembre 2020, la souveraineté du Royaume sur ses provinces du Sud, mais qui tarde encore à trouver une traduction plus accentuée sur le terrain.

Pour rappel, l'idée avait été, au départ, de faire du Sahara le futur principal point d'entrée économique des États-Unis au niveau de toute la sous-région de l'Afrique de l'Ouest. Et c'est à ce titre qu'il avait été décidé d'y mettre en place une antenne de la DFC, la banque d’investissement internationale lancée en décembre 2019 par l'administration Trump I afin de financer, de garantir et de sécuriser les investissements privés américains à l’étranger. Au niveau saharien, la U.S. International Development Finance Corporation, de son nom complet, aurait ainsi constitué le bras financier de l’implantation consulaire annoncée à Dakhla, où Washington avait indiqué, en janvier 2021, vouloir lui réserver une présence opérationnelle au sein même de la future représentation américaine.

Or, on le sait, le consulat n'a jamais vu le jour par la suite, faute d'engagement suffisant de la part de l'administration du président Joe Biden (janvier 2021-janvier 2025). De même, les budgets qui devaient être mobilisés par la DFC au profit du Sahara étaient, jusqu'ici, restés à l’état de promesse.

C'est à cette aune que l'annonce de Christopher Landau, eu égard à la possibilité que des entreprises américaines puissent être aidées à s'implanter davantage au Sahara, vaut son pesant d'or. Elle vient, en même temps, confirmer des informations données il y a quelques mois par notre confrère Africa Intelligence quant à l'activation d'une enveloppe financière adossée à la DFC pour aider les investisseurs en provenance des États-Unis à raffermir leur pied dans la région.

Quant aux domaines concernés, on peut imaginer qu'ils ne diffèrent pas, foncièrement, de ceux que la DFC avait égrenés au moment de l'annonce de son installation au Sahara : l'agriculture, la santé, l’industrie, l’eau et l’assainissement, ainsi que les énergies propres. Même si, selon nos sources, il n'y a pas de délimitation de secteurs. Tout projet bancable sera accessible au soutien de la DFC.

C'est un momentum tous azimuts qui est en cours depuis le retour aux affaires, en janvier 2025, de Donald Trump. Et la meilleure preuve en est de toute façon le pressing exercé par Washington pour l'adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797, et du travail qui se poursuit depuis lors pour mettre en œuvre ce texte qui, pour la première fois, avait consacré l'autonomie du Sahara sous souveraineté du Maroc comme base des négociations pour une solution politique à ce différend régional. "Cette situation ne peut attendre encore 50, 150 ou 200 ans pour être résolue", a d'ailleurs, à ce propos, souligné Christopher Landau à Rabat.

Alger, malgré les gages, reste à distance

Une donne qui, bien évidemment, n'est pas pour ravir la partie algérienne. Cette dernière, après plus de cinquante ans à chercher à entraver le parachèvement par le Maroc de son intégrité territoriale, se voit forcer la main par la première puissance mondiale. Et ce, en dépit de tous les gages qu'elle a, à qui mieux mieux, mis sur la table au cours de la dernière année, à commencer par le fait de proposer de mettre à la disposition des États-Unis ses riches réserves en minerais critiques par la voix de son ambassadeur à Washington, Sabri Boukadoum.

Au final, Alger n'avait même pas été convié à la réunion ministérielle organisée par les soins de l'administration Trump le 4 février 2026. Et à laquelle le Maroc a, lui, activement contribué en la personne de Nasser Bourita.

"Ce que nos amis algériens ne comprennent pas, c'est que la relation entre le Maroc et les États-Unis est autrement stratégique. Les intérêts sont bien évidemment présents dans l'équation, mais ils ne conditionnent pas, seuls, la solidité de notre coopération bilatérale", confie une source diplomatique informée.

Et cette dernière de mettre notamment l'accent sur l'alignement stratégique au niveau de la MENA (Moyen-Orient/Afrique du Nord), avec un Maroc de plus en plus amené à jouer un rôle régional, appuyé en cela par la communauté internationale,... États-Unis en tête. Un constat qui s'est confirmé éloquemment avec la confiance accordée aux Forces armées royales (FAR) marocaines pour la stabilisation de la bande de Gaza, dans le cadre de la force internationale instituée par la résolution 2803 du Conseil de sécurité (le 17 novembre 2025).

S'ajoute à cela aussi, par ailleurs, l'interopérabilité reconnue au niveau militaire entre le Maroc et les pays de l'Organisation du traité de l'Atlantique du Nord (OTAN), manifeste notamment lors de l'organisation de l'exercice militaire African Lion dont la 22e édition est actuellement en cours. L'Algérie, de son côté, a fait le choix depuis plusieurs décennies de mener une politique diplomatique et de défense en rupture, au point de s'aliéner même son historique allié russe du fait d'agendas contradictoires au Sahara et au Sahel (notamment, principalement, au Mali).

Un état de fait que les chancelleries ne sont pas pour ignorer, et qui contribue aussi, certainement, à la dynamique inédite en faveur de la première cause nationale. Et, surtout, à son aboutissement final, en dépit des ultimes gesticulations algériennes pour en faire encore traîner le règlement.

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Le 2 mai 2026 à 10h23

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