img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Eau

Dessalement : 8 à 10 ans pour changer d’échelle industrielle (Amine Mohamed)

Porter le taux d’intégration locale de 35 % à 70 % dans le dessalement de l’eau est une ambition qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie industrielle, estime le président du Cluster marocain des métiers de l’eau. Au delà de la simple production d’eau potable, Amine Mohamed nous déclare que le véritable objectif est de bâtir une filière industrielle compétitive, innovante et exportatrice pour le Maroc.

Station de dessalement
Stations de dessalement
Par
Le 1 mai 2026 à 16h52 | Modifié 1 mai 2026 à 16h52

Dans un contexte de stress hydrique croissant, le Maroc accélère le développement du dessalement d’eau de mer. Mais au-delà de l’urgence, la vraie bataille est celle de l’intégration industrielle et de la souveraineté technologique.

À travers une feuille de route en 3 phases, le président du cluster marocain des métiers de l’eau affirme que le Maroc entend structurer un écosystème capable de produire progressivement les équipements nécessaires et d’attirer des investisseurs internationaux.

Une montée en puissance progressive

Interrogé par Medias24 sur le calendrier, Amine Mohamed estime que l’objectif de 70 % d’intégration locale ne peut être atteint du jour au lendemain et nécessite une trajectoire étalée sur 8 à 10 ans.

Une première phase de 3 ans visera à consolider l’existant, en identifiant les capacités industrielles locales et en optimisant leur production avec l’objectif de passer d’un taux actuel de 35 % à environ 40 à 45 %.

La deuxième phase, dite d’accélération industrielle, s’étalera sur trois à cinq ans pour atteindre 55 %. Elle reposera notamment sur l’émergence d’équipementiers capables de produire au Maroc des composants stratégiques.

Enfin, une troisième étape qui durera 3 à 5 ans ambitionne d’atteindre 70 % et de poser les bases d’une véritable souveraineté technologique tournée vers l’export.

Un socle industriel déjà existant

Contrairement à certaines idées reçues, le Maroc ne part pas de zéro. Des fonderies, des fabricants de pompes ou encore des entreprises spécialisées dans les canalisations sont déjà opérationnels. Certaines industries produisent même des équipements pour de petites unités de dessalement.

Si le dessalement est surtout destiné à l’eau potable et industrielle, son extension à l’agriculture est déjà en cours, avec plusieurs projets programmés dans les régions d’Agadir et de Casablanca.

En parallèle, le président insiste sur l’importance du traitement tertiaire des eaux usées, permettant leur réutilisation, voire leur mélange avec l’eau de mer, dans une logique de gestion intégrée des ressources hydriques.

L’enjeu consiste désormais à passer à l’échelle industrielle, notamment pour les grandes stations, en attirant des investisseurs locaux et étrangers capables de renforcer les capacités de production.

La question clé des technologies critiques

A la question de savoir si le Maroc pourra à terme maitriser tout le processus de dessalement, Amine Mohamed affirme que si l’objectif est d’augmenter fortement l’intégration locale, atteindre 100 % reste illusoire.

Citant le cas similaire de l’industrie automobile, notre interlocuteur avance qu’une logique de complémentarité internationale demeure incontournable.

A l’image du moteur qui est l’élément vital pour produire une voiture, la membrane constitue, selon lui, le cœur technologique du processus de dessalement. Sachant que sa production est dominée par quelques grands acteurs internationaux, le Maroc ambitionne de progresser dans ce domaine, en commençant par l’assemblage dès l’année prochaine, en partenariat avec des industriels étrangers, avant de développer à terme ses propres capacités de fabrication.

Parallèlement, d’autres composants essentiels comme les cartouches de filtration, les produits chimiques et certaines pompes spécifiques font encore l’objet d’importations, mais devraient progressivement être produits localement.

Recherche, innovation et partenariats au cœur du modèle

Et d’ajouter que la montée en gamme de la filière passera nécessairement par un investissement massif dans la recherche et développement.

Pour cela, le cluster prévoit de renforcer les collaborations avec les universités et les centres de recherche. Cette dynamique vise non seulement à améliorer les performances techniques, mais aussi à réduire les coûts de production, notamment grâce à l’optimisation des procédés et à l’innovation.

Si les projections restent encore incertaines, le potentiel en matière d’emploi est jugé important. À moyen terme, l’industrialisation du secteur pourrait générer plusieurs milliers d’emplois, confirmant le rôle stratégique du dessalement comme levier de développement économique.

Réduire le coût du dessalement et de l’impact environnemental

Rappelant que le dessalement est une technologie coûteuse et énergivore, notre interlocuteur affirme que son cluster a identifié deux leviers principaux  pour garantir sa soutenabilité financière.

En premier lieu, le recours aux énergies renouvelables puis la fabrication locale des équipements. En produisant au Maroc les consommables et, à terme, les composants les plus complexes, des économies d’échelle significatives pourraient être réalisées, réduisant ainsi le coût du mètre cube d’eau dessalée.

Afin de minimiser l’impact environnemental, notamment liée aux rejets de saumure, des recherches sont en cours au sein d’institutions nationales, avec l’appui des autorités et de  groupes industriels.

A terme, exporter le savoir-faire marocain

Au-delà de la souveraineté nationale, l’objectif affiché est de positionner le Maroc comme un acteur international du dessalement. Des exportations de composants pourraient intervenir dès les premières années, notamment pour les pompes et certains équipements.

À terme, le Maroc ambitionne de concevoir et de produire des stations complètes, intégrant des technologies locales, avec une présence affirmée dans les salons internationaux spécialisés.

Et de conclure qu’en misant sur l’intégration locale, l’innovation et l’ouverture internationale, le pays cherche à transformer une contrainte en opportunité, avec en ligne de mire la création d’une filière qui soit capable de répondre aux besoins nationaux tout en rayonnant à l’échelle mondiale.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 1 mai 2026 à 16h52

à lire aussi

LGV Kénitra-Marrakech : les deux entreprises retenues pour le déploiement du BIM
Quoi de neuf

Article : LGV Kénitra-Marrakech : les deux entreprises retenues pour le déploiement du BIM

Dans le cadre de l’extension de son réseau à grande vitesse, l’Office national des chemins de fer (ONCF) vient de désigner les prestataires chargés de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage pour la gestion du BIM (Building Information Modeling).

À cinq mois des législatives, Talbi Alami : “Nous entrons dans cette échéance avec la conviction d'un travail bien fait”
POLITIQUE

Article : À cinq mois des législatives, Talbi Alami : “Nous entrons dans cette échéance avec la conviction d'un travail bien fait”

À moins de cinq mois des législatives de septembre, le président de la Chambre des représentants dresse le bilan d'une législature marquée par des avancées numériques indéniables, mais aussi par des insuffisances sur le terrain du contrôle gouvernemental et de la moralisation de la vie publique.

Moncef Belkhayat finalise le rachat de Dahab Coffee
BUSINESS

Article : Moncef Belkhayat finalise le rachat de Dahab Coffee

Cette acquisition de la chaîne de 104 coffee shops permet à H&S Invest Holding de piloter un pôle Food & Beverage de plus de 150 magasins, combinant Venezia Ice et Dahab, dirigé par Badr Kanouni.

Sahara. Comment les États-Unis passent de la reconnaissance aux investissements économiques
DIPLOMATIE

Article : Sahara. Comment les États-Unis passent de la reconnaissance aux investissements économiques

DÉCRYPTAGE. De la reconnaissance politique à l’ancrage économique, Washington franchit un nouveau cap au Maroc. Les annonces faites à Rabat par le numéro 2 de la diplomatie des États-Unis autour du soutien aux entreprises américaines dans le Sahara relancent un projet resté en suspens depuis janvier 2021, dans un contexte de consolidation tous azimuts de l'alliance entre les deux pays. Au grand dam d’Alger et malgré la contre-offensive diplomatique qu’elle tente, en vain, de mettre en œuvre.

Les prévisions météo pour ce samedi 2 mai 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Les prévisions météo pour ce samedi 2 mai 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le samedi 2 mai 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM) : - Temps assez chaud sur […]

Les prix du gasoil et de l'essence en baisse, ce 1er mai
Energie

Article : Les prix du gasoil et de l'essence en baisse, ce 1er mai

En ce début du mois de mai, le litre du gasoil a vu son prix baisser d'un dirham. La baisse a également concerné le prix de l'essence.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité