Filière oléagineuse : 30.000 tonnes attendues, mais 98% des besoins restent importés
Alors que le Maroc reste dépendant à 98% des importations, la relance de la filière oléagineuse est un enjeu stratégique. En marge du SIAM 2026, Faïçal Merzouk, directeur adjoint en charge de l’amont agricole chez Lesieur Cristal, détaille les défis structurels du secteur, les avancées attendues de cette campagne et les pistes concrètes pour renforcer la production nationale.
En marge de la table ronde organisée par la COMADER au SIAM 2026 autour du thème "Filière oléagineuse et souveraineté alimentaire", Faïçal Merzouk, directeur adjoint en charge de l’amont agricole chez Lesieur Cristal, revient, dans un entretien accordé à Médias24, sur l’état actuel de la filière oléagineuse au Maroc, les contraintes qui freinent son développement ainsi que les leviers pour réduire la forte dépendance du Maroc aux importations.
Aujourd’hui, les superficies consacrées aux cultures oléagineuses, principalement le tournesol et le colza, avoisinent les 50.000 hectares au niveau national, avec une prédominance marquée du tournesol.
Selon Faïçal Merzouk, la première vague de semis de tournesol a concerné entre 20.000 et 25.000 hectares cette année, avant d’être complétée par près de 20.000 hectares supplémentaires dans le cadre du programme d’appui aux zones sinistrées par les inondations.
Le colza, en revanche, a connu une campagne plus compliquée. L’objectif initial visait entre 5.000 et 6.000 hectares, mais le démarrage tardif de la saison, marqué par la sécheresse, a retardé les semis. Les importantes pluies qui ont suivi ont ensuite rendu de nombreuses parcelles difficilement accessibles, limitant finalement les surfaces emblavées à environ 2.000 hectares.
Sur le plan de la production nationale, la filière reste fortement fragilisée par plusieurs années successives de sécheresse. "Depuis cinq à six ans, nous sommes restés à un niveau très faible, autour de 2 % seulement de couverture", explique le responsable de Lesieur Cristal. Cette année toutefois, portée par de meilleures précipitations et des superficies plus importantes en tournesol, la filière espère atteindre près de 30.000 tonnes collectées pour les industriels, soit une contribution estimée entre 5 et 6 %.
Malgré cette progression attendue, le Maroc demeure largement dépendant des importations. Le taux de dépendance atteint encore près de 98 %, un chiffre qui illustre l’ampleur du défi pour renforcer la souveraineté alimentaire sur les huiles végétales.
Pour réduire cette vulnérabilité à moyen terme, l’ensemble des acteurs de la filière misent sur une meilleure coordination. La table ronde a réuni plusieurs intervenants clés, notamment le ministère de l’Agriculture à travers la Direction de développement des filières, la SONACOS pour la multiplication des semences, ainsi que le GIEOM, groupement des industriels engagé dans la relance du secteur.
"La clé réside dans la synergie entre tous les intervenants", souligne Faïçal Merzouk, insistant sur l’importance de l’accompagnement technique, des moyens financiers et humains, ainsi que de solutions agronomiques adaptées aux réalités du terrain.
Parmi les principales contraintes identifiées figure la question des semences. Le développement d’une filière locale de production semencière apparaît donc comme un levier stratégique pour améliorer l’autonomie nationale et disposer de variétés mieux adaptées aux conditions pédoclimatiques marocaines.
"Aujourd’hui, pratiquement toute la semence utilisée est importée. Ce sont essentiellement des hybrides. Nous travaillons sur le développement d’une filière de production de semences locales pour gagner en souveraineté et disposer de variétés mieux adaptées aux conditions marocaines", explique-t-il.
D’autres défis techniques persistent, notamment le désherbage des parcelles, l’amélioration des itinéraires techniques, ainsi que le renforcement du matériel agricole spécifique aux oléagineux, aussi bien pour le semis que pour la récolte.
Sur le volet innovation, plusieurs plateformes de démonstration sont actuellement déployées afin d’identifier les meilleures variétés, les schémas de fertilisation les plus performants et les pratiques culturales les plus efficaces, notamment en matière de rotation culturale. "La digitalisation fait également partie des axes explorés, même si le chantier reste encore en phase de développement", conclut Faïçal Merzouk.
Pour les industriels comme pour les producteurs, la relance de la filière oléagineuse ne relève plus seulement d’un enjeu économique, mais d’une véritable question de souveraineté alimentaire. Le défi consiste désormais à transformer les ambitions affichées en résultats durables sur le terrain.
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