La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.
Le 9 avril 2026, lors du Conseil des ministres tenu au Palais royal de Rabat, le Roi Mohammed VI a nommé cinq directeurs généraux à la tête des groupements sanitaires territoriaux (GST), les nouvelles structures chargées de piloter l'offre de soins publics à l'échelle régionale.
Les nominations royales portent sur cinq régions : Hicham Afif prend la tête du GST Casablanca-Settat, Brahim Lekehal celui de Rabat-Salé-Kénitra, Abdelkrim Daoudi celui de Fès-Meknès, Brahim El Ahmadi celui de Laâyoune-Sakia El Hamra, et Tarik El Harti celui de Souss-Massa. Ces groupements s'ajoutent à celui déjà opérationnel de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Douze jours plus tard, ce 21 avril, le ministre de la Santé et de la protection sociale, Amine Tahraoui, répondait à une question orale devant la Chambre des conseillers sur l'avancement du chantier.
La généralisation du modèle s'appuie sur les résultats de la région pilote de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, dont le GST fonctionne depuis l'été 2025. Les indicateurs préliminaires présentés par le ministre font état d'une hausse de 11% des consultations médicales à l'échelle régionale, et d'un bond de 64% du taux d'accès aux soins dans la province de Larache. Tehraoui évoque également des progrès constatés dans la réduction des délais de rendez-vous et l’amélioration des parcours de prise en charge, entre la fin de l’année 2024 et le début de l’année 2025.
Des structures aux pouvoirs étendus
Les GST, comme l'a rappelé le ministre, sont l’un des piliers de la réforme du système de santé. En résumé, le GST est l'outil de la régionalisation de la santé, conçu pour rapprocher la prise de décision du terrain et réduire les disparités territoriales en matière d'accès aux soins.
Il s'agit d'un nouvel établissement public doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière créé à l'échelle de chaque région du Maroc pour piloter l'offre de soins de manière intégrée. Il a pour mission de regrouper, sous une gouvernance unifiée, l'ensemble des établissements de santé publics d'une région. Cela inclut notamment l'intégration des centres hospitaliers universitaires (CHU), des centres hospitaliers régionaux et autres établissements de proximité au sein d'une seule et même structure.
Au-delà des soins hospitaliers, chaque groupement définit la carte sanitaire de son territoire, organise le circuit de soins, assure la veille épidémiologique, gère ses ressources humaines et financières, contrôle ses stocks de médicaments et délivre les autorisations au secteur privé local.
Le projet de décret relatif à la mobilité des professionnels en cours
En matière de gouvernance, chaque groupement est géré par un Conseil d'administration (incluant des représentants de l'État, des élus régionaux et des experts) et dirigé par un directeur général. Les récentes nominations de ces derniers activent donc le processus de lancement des GST dans les 5 régions citées plus haut.
Chaque GST démarre effectivement deux mois après la tenue de son premier conseil d'administration. À ce titre, Amine Tehraoui a précisé au parlement que le ministère travaille actuellement à finaliser les aspects organisationnels liés à la tenue des conseils d’administration et à accompagner la mise en œuvre de ces nouvelles structures, afin d’assurer un transfert progressif et structuré des compétences et des ressources vers le niveau régional.
Un projet de décret relatif à la mobilité des professionnels de la santé est également en cours d’élaboration. Celui-ci vise à organiser les mutations de manière transparente et structurée, à travers l’adoption d’une plateforme numérique unifiée, contribuant ainsi à répondre aux besoins du système de santé et à garantir l’égalité des chances.
Les syndicats, absents des conseils d'administration
C'est sur cette question du personnel que les tensions sont les plus vives. Les craintes des syndicats face à la généralisation des GST sont multiples et se cristallisent autour du calendrier de mise en œuvre et du respect des engagements sociaux.
Ils expriment des craintes relatives au retard de publication de textes réglementaires essentiels à la valorisation des ressources humaines comme le statut des infirmiers, les mécanismes de bonification et de changement des horaires de travail ou encore l'indemnisation liée aux programmes de santé.
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