Bourse de Casablanca. Entre correction technique et tensions géopolitiques, l’analyse de Mounir Mellouk
Invité du 12/13 de Medias24, Mounir Mellouk, PDG-fondateur de Twin Capital Gestion, a livré une analyse détaillée de la situation actuelle de la place casablancaise. Malgré une baisse de 8 % depuis le début de l’année, l’expert se veut rassurant car selon lui le marché marocain dispose de fondamentaux solides et de leviers de résilience bien plus robustes qu’en 2022.
Depuis quelques semaines, un vent de prudence souffle sur la Bourse de Casablanca. Après une année 2025 faste, l’indice phare enregistre une correction de l’ordre de 8 % sur le marché actions, doublée d’une performance négative sur le marché obligataire. Un mouvement qui interpelle, alors même que les indicateurs macroéconomiques du Royaume demeurent solides et orientés positivement.
Pour Mounir Mellouk, cette baisse ne doit pas être interprétée comme un signal de détresse, mais plutôt comme une réaction naturelle. "La correction n'a pas démarré avec les tensions actuelles ; elle a commencé dès la fin 2025 après une période d'euphorie où la bourse a atteint des sommets de 35 à 37 % de performances, des niveaux jugés excessifs et difficilement soutenables dans un marché normatif", explique-t-il.
Ce reflux est alimenté par plusieurs facteurs :
- Les prises de bénéfices : des investisseurs tactiques ont cherché à sécuriser leurs gains exceptionnels.
- La déception monétaire : le maintien du taux directeur par Bank Al-Maghrib en septembre, alors que le marché anticipait une baisse, a refroidi les ardeurs.
- La fragilité des petits porteurs : les investisseurs particuliers, qui représentent désormais 30 % des volumes sur la place casablancaise, affichent un profil jugé "fragile" par l'expert. Ces derniers ont tendance à céder à la panique à la moindre perturbation, à l'image de la nervosité observée lors des récentes manifestations de la Gen Z, qui ont accentué les comportements vendeurs sur le marché.
Au total, la correction cumulée depuis les plus hauts atteint désormais entre 15 % et 20 %, un ajustement que l’analyste assimile à un “mini-choc” pour les investisseurs entrés tardivement sur le marché.
2026 n’est pas 2022 : Une résilience accrue
Le parallèle avec le choc de 2022 (guerre russo-ukrainienne) est inévitable, mais Mounir Mellouk souligne des différences fondamentales qui jouent en faveur du Maroc. En 2022, l'inflation galopante (jusqu'à 10 %) et la hausse brutale des taux avaient surpris les marchés.
Aujourd'hui, le contexte est tout autre :
- Croissance : le Maroc évolue désormais sur un palier de 5 %.
- Inflation : située sous la barre des 1 %, elle offre une marge de manœuvre à la banque centrale.
- Bénéfices : la croissance bénéficiaire des entreprises cotées dépasse 25 %, renforçant la capacité des sociétés à absorber les chocs.
Contrairement à 2022, le choc actuel apparaît en partie anticipé par les marchés, qui semblent intégrer à ce stade un scénario de tensions limitées dans le temps.
Le facteur Trésor et l’effet Coupe du monde
Si les fondamentaux sont bons, un risque demeure : la pression sur les taux d'intérêt. L'appétit du Trésor pour financer les grands chantiers, notamment l'organisation de la Coupe du monde de football 2030, exerce une pression haussière sur les taux (hausse de 25 à 40 points de base récemment). Cette dynamique s’explique notamment par une présence accrue du Trésor sur le marché domestique ces derniers mois. Or, dans le jeu des vases communicants, des taux élevés rendent les actions moins attractives, les investisseurs arbitrant en faveur de placements obligataires offrant des rendements plus élevés.
Toutefois, cet horizon 2030 agit aussi comme une ancre de stabilité politique. Selon M. Mellouk, les prochaines élections ne devraient pas bouleverser les marchés : "Tout le Maroc est dans une phase d'expansion économique partagée par tous les partis politiques. La stratégie industrielle et la visibilité sectorielle s'inscrivent dans une continuité".
Stratégies d'investissement : deux scénarios pour demain
Face aux incertitudes au Moyen-Orient, le patron de Twin Capital Gestion propose deux grilles de lecture :
- Scénario 1 : Conflit court. Le marché est actuellement sous-évalué (décote importante avec un PE à 20-21 contre 29 au plus haut). En cas de dissipation rapide des tensions, la bourse pourrait rebondir de 10 à 15 % pour rattraper ses niveaux d’équilibre cohérents avec les fondamentaux actuels.
- Scénario 2 : Crise prolongée. Un baril de pétrole durablement au-dessus de 100 dollars alimenterait l'inflation en se diffusant progressivement à l’ensemble des chaînes de valeur, forçant Bank Al-Maghrib à une politique plus restrictive. Dans ce cas, la prudence et la liquidité seront les maîtres-mots.
Les conseils de l'expert :
- Profils prudents : Privilégier les OPCVM monétaires (placement sécurisé, rendement autour de 2-2,5 %).
- Profils long terme : Profiter de la décote actuelle pour investir progressivement via des OPCVM actions ou diversifiés, tout en gardant une poche de liquidité pour saisir les opportunités dès que la visibilité s'améliorera.
"L'investissement en bourse est risqué mais payant sur la durée. Il ne faut pas céder à la panique", conclut Mounir Mellouk.
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