Quand des responsables politiques désertent le débat
En cette période préélectorale et de risques géopolitiques et économiques, la plupart des responsables concernés brillent par leur silence.
Le Maroc vit une année électorale décisive, dans un contexte international instable, marqué par des prémices de choc énergétique, des tensions géopolitiques et un risque d’inflation. Malgré cela, peu de responsables publics acceptent de s’adresser directement à l’opinion pour éclairer, expliquer et informer.
Se confronter aux médias n’est pas seulement un exercice de communication : c’est d’abord un acte démocratique. C’est aussi une manière de rendre des comptes.
Dans toutes les démocraties modernes, l’exposition médiatique fait partie intégrante de l’exercice du pouvoir. Elle permet d’expliquer et d’assumer les décisions prises.
Pourtant, rares sont les responsables gouvernementaux ou para-gouvernementaux qui acceptent cet exercice, surtout dans les circonstances difficiles ou lorsque les questions se multiplient.
Prenons quelques exemples, certes non exhaustifs mais révélateurs :
- Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, s’est récemment exprimée dans trois médias français. Sollicitée par Médias24 dans le cadre de notre nouvelle émission hebdomadaire Le 12/13, elle n’a pas donné suite. Non seulement elle n’a pas accepté l’invitation, elle n’y a même pas répondu. Or un responsable qui ne répond pas aux sollicitations légitimes des médias donne le sentiment d’éviter le débat public.
- Laila Benali, ministre de la Transition énergétique. Même scénario : absence de réponse.
- Le directeur général de l’ONEE, également sollicité, n’a pas davantage répondu aux questions qui lui ont été adressées.
Résultat : des questions essentielles restent sans réponse.
Quel est l’état réel des stocks d’hydrocarbures au Maroc ?
Le gouvernement dispose-t-il d’un plan d’action clair selon les différents scénarios possibles liés à la guerre et aux tensions internationales ? Quels sont ces scénarios ? Pourquoi le Maroc n’a-t-il toujours pas constitué de stocks suffisants ? Et d’autres encore.
Dans une année électorale, ces interrogations devraient au contraire être au cœur du débat public. Qui dit élections dit bilan, programmes, confrontation d’idées et reddition des comptes. Car les élections sont censées mobiliser des électeurs. Les électeurs, c’est l’opinion publique.
Or la politique, c’est le verbe : l’art de convaincre, d’expliquer et de dialoguer avec l’opinion. Débattre, c’est faire vivre une campagne électorale, créer de l’émulation démocratique et occuper le terrain des idées. La concurrence politique introduit de l’incertitude. Et cette incertitude sur le résultat rend la campagne audible et peut renforcer la participation électorale.
Une démocratie sans débat public est une démocratie silencieuse, où les citoyens sont passifs, exclus du débat.
Après la Coupe d’Afrique des nations, de nombreux citoyens et commentateurs ont déploré l’absence de grands médias marocains puissants et à rayonnement régional. Mais comment construire des médias crédibles et influents si la plupart des responsables publics boudent, ignorent ou contournent les médias locaux ?
Un média ne peut devenir fort que s’il y a un écosystème de prise de parole politique.
La nature a horreur du vide. L’absence de prise de parole officielle et transparente devient une aubaine pour les rumeurs, les approximations et les fausses informations.
C’est également une question de souveraineté informationnelle. Les grandes nations comme le Maroc ne peuvent construire leur influence qu’en s’adressant à leur propre opinion publique.
Le Maroc franchira un nouveau cap démocratique le jour où les responsables publics considéreront le dialogue avec les médias – et donc avec l’opinion – non comme une contrainte, mais comme une obligation normale de la vie publique.
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