Guerre au Moyen-Orient. Pourquoi la flambée du charbon pourrait renchérir le coût de l’électricité au Maroc
L’envolée des prix du gaz et du pétrole a relancé une demande accrue en charbon, entraînant une hausse parallèle de ses cours. Un déjà-vu qui rappelle la crise ukraino-russe de 2022. Fortement dépendante du charbon, la facture énergétique nationale devrait être lourdement impactée si la crise s'inscrivait dans la durée. Détails.
Alors que la guerre au Moyen-Orient entre dans son dixième jour, les marchés réagissent par une envolée spectaculaire des prix du pétrole et du gaz à la suite du blocus permanent du détroit d’Ormuz.
Indirectement, les cours du charbon, notamment dans les marchés asiatiques, suivent la même trajectoire en raison d’une nouvelle demande visant à compenser le manque de gaz naturel sur les marchés internationaux, surtout si la crise continue.
Dans ce climat volatil et empreint d'incertitudes, et bien que l'offre de charbon ne soit pas directement impactée par la guerre, le report massif de la demande risque de hisser les cours vers de nouveaux sommets historiques, d'autant plus si les grands producteurs décident de suspendre l'exportation pour répondre à leurs besoins locaux.
Une telle tendance, si elle s'inscrit dans la durée, alourdira la facture énergétique du Maroc, dépendant des importations pour couvrir ses besoins.
Flambée du charbon : effet domino de la guerre au Moyen-Orient
Sur les marchés internationaux, le prix du charbon a grimpé à près de 150 dollars la tonne, porté par la flambée du baril de pétrole, qui a dépassé les 125 dollars, et par l'annonce de force majeure par QatarEnergy, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).
Durant l’année dernière, les cours du charbon se maintenaient aux alentours de 110 dollars la tonne. Au cours de la seconde moitié de 2025, les prix ont durablement stagné en deçà de ce seuil suivant une longue période de stabilité depuis 2023.
À la suite de la crise ukraino-russe de 2022, le cours du charbon a atteint des niveaux inédits, grimpant jusqu'à 430 dollars la tonne en septembre. L'embargo européen visant le gaz russe a en effet provoqué un report massif vers les énergies de substitution, au premier rang desquelles le charbon, alors jugé plus abordable et efficient.
Le prix actuel du charbon reste maîtrisable et ne permet pas une augmentation instantanée des coûts de production électrique. Cependant, si la crise persiste dans le temps, elle pourrait ramener le cours du charbon à des niveaux similaires à ceux de l'année 2022, voire plus si elle perdure.
Le poids du charbon dans la production électrique nationale
Le charbon demeure le pilier du mix électrique marocain, assurant 60% de la production nationale, soit 26,23 TWh. Avec le gaz et le fioul, les énergies thermiques représentent au total 73% de la production, contre 27% pour les énergies renouvelables.
Historiquement considéré comme la source la plus compétitive, le charbon a pourtant subi de plein fouet la crise de 2022. Son coût est passé de 694 DH/t en 2020 à 927 DH/t en 2021, pour culminer à 2.302 DH/t en 2022, soit une hausse spectaculaire de 232 % en deux ans.
Cette flambée a fait grimper le coût de production du kilowattheure (kWh) à base de charbon de 0,59 DH à 1,03 DH (+75%). Parallèlement, le gaz naturel a connu une explosion plus radicale encore, passant de 0,70 DH à 4,55 DH le kWh (+550%). En conséquence, le coût moyen de production de l'ensemble du mix électrique est passé de 0,67 DH à 1,21 DH/kWh (+81%). Toutefois, cette hausse n'a pas impacté le consommateur final, puisque les prix de l'électricité sont administrés. L'ONEE a intégralement absorbé le coût, aidé par le budget de l'État.
La détente des cours observée en 2023 et 2024 a permis de ramener le coût de production du charbon en 2024 à un niveau plus compétitif de 0,34 DH/kWh, selon une étude sectorielle du Pr Amin Bennouna.
La place du gaz naturel dans la production électrique marocaine
Malgré les tensions d'approvisionnement actuelles, l'impact du gaz naturel sur la facture énergétique est moindre, car il ne représente que 10% de la production nationale, soit environ la moitié de la production des parcs éoliens en 2024.
En janvier 2026, le Maroc a importé 822 GWh de gaz naturel depuis l'Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe (GME). Le Royaume s'est ainsi hissé au troisième rang des importateurs de gaz espagnol, avec une part de 21,7%, derrière le Portugal (24,8%) et la Turquie (22,9%).
À titre de comparaison, en décembre 2025, le Maroc avait importé 87 Mm3 de gaz. Sur l'ensemble de l'année 2025, ses importations se sont élevées à 991 Mm3, enregistrant une progression de 6,9%.
Entre janvier 2025 et janvier 2026, les États-Unis ont doublé leurs exportations de gaz vers l'Espagne, atteignant 11 milliards de mètres cubes (MMm3). Ils ont conforté leur position de premier fournisseur de gaz naturel de l'Espagne, avec 1,46 MMm3 exportés, soit 44% des importations espagnoles durant le mois de janvier 2026.
Les États-Unis devancent l'Algérie, qui a exporté seulement 964 Mm3 en janvier 2026 principalement via le gazoduc Medgaz, désormais la seule connexion gazière entre l'Algérie et l'Espagne depuis la suspension du gazoduc Maghreb-Europe (GME).
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