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Diplomatie minérale : ce que cache le nouvel accord-cadre entre le Maroc et les États-Unis sur les métaux critiques

Forts d'une alliance historique séculaire, le Maroc et les États-Unis ont scellé à Washington un mémorandum d'entente stratégique sur les métaux critiques. Signé en marge de la Conférence ministérielle de 2026, ce pacte propulse la relation bilatérale dans le secteur minier. Décryptage des enjeux essentiels.

Diplomatie minérale : ce que cache le nouvel accord-cadre entre le Maroc et les États-Unis sur les métaux critiques
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Le 5 février 2026 à 18h44 | Modifié 5 février 2026 à 18h58

Le Maroc et les États-Unis ont signé, le 4 février à Washington, un accord-cadre bilatéral sur les minéraux critiques. Cette signature est intervenue en marge de la Conférence ministérielle sur les minéraux critiques de 2026, organisée par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio.

En plus du Maroc, onze autres pays ont signé des mémorandums d’entente avec les États-Unis, dont l’Argentine, la Guinée, les Émirats arabes unis, le Paraguay… Ce nouveau cadre de coopération émane de la volonté des États-Unis de constituer un réseau de pays aussi vaste que possible de pays partenaires à travers le monde, afin de garantir un approvisionnement fiable en minéraux critiques.

"Le monde d’aujourd’hui ne manque pas de minéraux, ni de terres rares. Ce qui lui manque, c’est un développement responsable, un langage de confiance entre les nations, des cadres transparents où le partenariat remplace la dépendance et des chaînes de valeur qui répartissent la prospérité plutôt que de concentrer les risques ", a déclaré Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.

L’adhésion du Maroc à cette initiative portée par les États-Unis vise non seulement à promouvoir la croissance de son secteur minier, mais également à nouer des relations stratégiques et complémentaires avec les États-Unis et les autres pays miniers membres.

L'importance d'une alliance multilatérale sur les métaux critiques

La flambée actuelle des cours des métaux ne saurait être imputée à la seule Chine. Elle relève davantage de la responsabilité de plusieurs pays qui ont fait le choix de concentrer leurs ressources au détriment d’un développement conjoint, lequel permettrait pourtant une croissance plus rapide et moins coûteuse.

L’exemple de l’Afrique est à cet égard éloquent. Le continent regorge de l’ensemble des métaux critiques, chaque pays disposant d’au moins une ressource stratégique. Si on prend l’exemple des éléments de la batterie, le lithium est produit en grande quantité au Mali, le fer en volumes importants en Mauritanie et en Guinée, et la primauté du Maroc sur le phosphate est mondialement reconnue.

Comme l’a réaffirmé Nasser Bourita, dans son allocution, la participation du Maroc ne vise pas à offrir des minéraux bruts. L'ambition est d'accélérer la coopération dans le secteur minier pour en faire un levier capable de transformer structurellement l’économie de nombreux pays, notamment africains, en passant d'une logique d'extraction à une logique de co-développement industriel.

Afin de répondre à ces défis, ce cadre porté par les États-Unis ne se limite pas au politique, mais constitue un cadre de travail. À cet effet, la création de FORGE permettra de prendre des mesures adéquates pour relever les défis persistants du marché des minéraux critiques aux niveaux intergouvernementaux des pays adhérents.

Cette dynamique ne se limite pas aux sphères gouvernementales. Elle s'appuie également sur des outils comme Pax Silica, véritable moteur d'investissement couvrant l’ensemble du secteur minier de l’extraction minière au raffinage, jusqu’aux applications finales et au recyclage.

Les enjeux du partenariat minier Maroc-États-Unis

Les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la concentration géographique des ressources stratégiques, notamment des terres rares essentielles à des secteurs technologiques clés comme la robotique, la défense ou l'intelligence artificielle...

De son côté, le Maroc dispose d’un potentiel minier qu'il a commencé à développer à travers ses acteurs nationaux. Pour soutenir pleinement son industrie, un transfert de technologie robuste reste cependant un besoin crucial.

L’approche politique commune avec les États-Unis s’articule désormais autour de plusieurs axes, dont la sécurisation des investissements dans l’extraction et le raffinage, le soutien financier aux projets industriels et la coopération stratégique avec des pays tiers…

À l'échelle africaine, le ministère de la Transition énergétique a déjà manifesté cette ambition à travers l’Appel de Marrakech. Cette initiative vise à instaurer un cadre ESG (Environnement, Social, Gouvernance) spécifiquement africain. Conçu comme un modèle mondial de responsabilité minière, ce cadre garantit que les ressources naturelles contribuent directement à la stabilité, à la prospérité et à la souveraineté du continent.

À travers l’appel de Marrakech, le Maroc a vocation à devenir le fer de lance de cette dynamique en devenant le premier corridor africain "Origine-Transit-Certification" (OTC) des métaux critiques. Ce rôle permettrait non seulement de sécuriser les flux, mais aussi de garantir l'éthique et la traçabilité des minerais.

Rétrospective sur la dynamique du partenariat minier entre le Maroc et les États-Unis

Malgré une connaissance approfondie du sous-sol marocain documentée par les rapports de l'USGS (United States Geological Survey), la coopération minière entre le Maroc et les États-Unis est longtemps restée modeste. Ce secteur n'a véritablement amorcé son ouverture qu'avec l'adoption de la loi 33-13, qui a modernisé le cadre législatif de l'exploration minière au Royaume.

À ce jour, le projet Sondiale porté par la société Green Power Morocco incarne cette nouvelle dynamique. Portant sur la production de polysilicium, composant essentiel à la fabrication des panneaux solaires, ce projet industriel d'envergure prévoit la mobilisation de 800 millions de dollars. 

Une part substantielle de ce financement devrait être assurée ultérieurement par l'U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Implanté dans la province de Tan-Tan, au sud du Maroc, ce mégaprojet marquera le lancement de la filière du polysilicium dans le pays.

La signature récente de ce mémorandum d'entente avec les États-Unis vient consolider cette trajectoire, érigeant le Maroc en une destination d'investissement de premier plan. Le Royaume dispose d'un cadre juridique clair et attractif, déjà validé par une centaine d'entreprises internationales, notamment originaires de grandes nations minières telles que le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie.

Quelles sont les perspectives de cette nouvelle alliance entre Rabat et Washington ?

L’expertise minière américaine constitue une opportunité de développement majeur pour le secteur minier marocain, tandis que le Maroc s'impose comme un producteur de premier plan de plusieurs métaux critiques.

Actuellement, malgré ce potentiel minéral, le segment de la valorisation au Maroc demeure à un stade embryonnaire. Cette situation limite encore la captation de la valeur ajoutée issue des ressources du sous-sol.

Pourtant, le pays ambitionne de structurer une chaîne de valeur intégrée dédiée aux batteries pour véhicules électriques, le sous-sol marocain regroupant la quasi-totalité des composants nécessaires. Si le transfert technologique avec la Chine est en bonne voie, le développement d'une concurrence saine et d'un écosystème diversifié sera, dans les années à venir, le gage de la durabilité et de la compétitivité de cette filière.

Cela sans oublier la politique énergétique de l’ère Trump, symbolisée par le slogan "Drill, Baby, Drill" et axée sur la relance de l'exploitation des hydrocarbures, qui a entraîné une reprise significative de la demande pour la barytine essentielle aux forages. Parmi les grands producteurs, cette relance de la demande en hydrocarbures a revitalisé la demande en ce métal.

Si le Royaume est déjà reconnu pour ses ressources en phosphates, cuivre et argent, il recèle également un potentiel significatif dans d'autres segments, notamment celui des terres rares.

Or, l’exploitation des terres rares diffère de celle des métaux conventionnels par la complexité de ses processus chimiques et l'importance des coûts opérationnels. À l'instar des opérateurs chinois, les compagnies minières américaines possèdent un savoir-faire technique de pointe dans les méthodes de valorisation de ces terres, ce qui rend une collaboration technologique particulièrement opportune.

Il existe en outre d'importantes perspectives en milieu marin, particulièrement au niveau du mont Tropic. Son exploitation attend la finalisation du dossier maritime avec l’Espagne, qui devrait intervenir une fois la question du Sahara résolue.

Sont également attendus l'établissement d'un consensus international et d'un cadre normatif rigoureux afin de garantir une exploitation des fonds marins respectueuse des équilibres environnementaux.

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Le 5 février 2026 à 18h44

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