Prix de l'or : le gramme chute de 30%, les bijoutiers appellent le Conseil de la concurrence à enquêter
Revenu autour de 950 DH, contre 1.400 à 1.450 DH six mois plus tôt, le métal jaune reste soumis à des écarts difficiles à expliquer entre les cours mondiaux et les prix pratiqués au Maroc. Au cœur des griefs de la profession : les difficultés d’importation et un approvisionnement concentré entre les mains de quelques opérateurs. Décryptage.
L'essentiel
- Le prix de l’or a fortement baissé, sous l’effet de la hausse des rendements obligataires américains et des anticipations d’un durcissement de la politique monétaire.
- Au Maroc, le prix du gramme est revenu à 950 DH, contre 1.400 à 1.450 DH six mois plus tôt, soit une baisse de plus de 30%.
- La Fédération marocaine des bijoutiers a saisi le Conseil de la concurrence et doit rencontrer ses responsables le 16 juillet afin de demander une étude approfondie sur le fonctionnement du secteur.
- La Fédération dénonce des écarts difficiles à justifier entre les cours internationaux et les prix pratiqués au Maroc. Ces écarts renchérissent le prix final et perturbent le fonctionnement du marché.
- Les difficultés d’importation limitent l’accès à la matière première et concentrent l’approvisionnement entre les mains de quelques opérateurs, ce qui renchérit à la fois le coût de l’or brut et le prix de vente final.
-oOo-
Les détails
La reprise des tensions militaires entre l’Iran et les États-Unis a provoqué une forte volatilité sur le marché de l’or. Le 13 juillet, le métal jaune a perdu 3% en une seule séance, revenant à près de 3.997 dollars l’once. Au moment de la publication de cet article, il s’établissait autour de 4.030 dollars l’once.
Au Maroc, la baisse dépasse 30%
La baisse est également observée sur le marché marocain. Interrogé par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, indique que le prix de l’or s’établit désormais autour de 950 DH le gramme, contre 1.400 à 1.450 DH six mois plus tôt, soit une baisse de plus de 30%.
Pour le président de la Fédération, l’ampleur et la rapidité de cette baisse ont complètement désorienté le marché marocain.
"La situation actuelle est très difficile à comprendre pour les bijoutiers. Il y a environ six mois, le prix du gramme avait dépassé 1.400 dirhams et pouvait atteindre 1.450 dirhams. Aujourd’hui, nous sommes revenus autour de 950 dirhams", explique-t-il.
Une baisse de cette ampleur aurait normalement dû stimuler la demande. Les ménages qui avaient renoncé à acheter de l’or en raison de la flambée des prix auraient pu revenir progressivement sur le marché.
Pour les bijoutiers, la situation est plus complexe. Beaucoup d’entre eux se sont approvisionnés lorsque le gramme d’or se négociait encore entre 1.300 et 1.450 DH. Ils détiennent aujourd’hui des stocks achetés au prix fort, alors que la référence du marché est retombée autour de 950 DH le gramme. Vendre immédiatement à ce niveau les exposerait donc à des pertes importantes.
Driss El Hazzaz estime toutefois que cette situation ne doit pas conduire les bijoutiers à suspendre les ventes ou à attendre une remontée des prix.
"Le marché de l’or fluctue en permanence. Il y a des périodes où le bijoutier réalise une marge importante et d’autres où il doit accepter une marge plus faible, voire une perte. On ne peut pas acheter lorsque le prix est favorable, puis arrêter de vendre lorsqu’il baisse. La logique doit rester la même : il faut continuer à acheter et à vendre normalement, quel que soit le niveau du marché", souligne-t-il.
La Fédération saisit le Conseil de la concurrence
Face aux déséquilibres qui affectent le marché, la Fédération marocaine des bijoutiers a saisi le Conseil de la concurrence et tiendra une réunion avec ses responsables le 16 juillet. Elle compte demander la réalisation d’une étude approfondie sur le fonctionnement du secteur.
Pour Driss El Hazzaz, cette étude doit permettre d’identifier les acteurs qui contrôlent l’approvisionnement et de comprendre les mécanismes qui expliquent les écarts de prix observés sur le marché national.
"Nous voulons que le Conseil de la concurrence réalise une véritable étude sur le secteur. Il faut comprendre comment la matière première entre au Maroc, qui contrôle les circuits d’approvisionnement et comment le prix final est déterminé. L’objectif n’est pas de défendre uniquement les bijoutiers. Il faut protéger le consommateur, les artisans et les entreprises qui produisent légalement, avec des règles claires et les mêmes conditions pour tous", indique notre interlocuteur.
La Fédération insiste notamment sur le décalage persistant entre les prix internationaux et ceux pratiqués au Maroc.
"Le prix pratiqué au Maroc ne doit pas rester décalé du prix international. Il est normal d’ajouter les coûts de transport, les taxes, le financement et la marge liée au travail du bijoutier. Mais il faut que ces éléments soient identifiables et raisonnables. Nous ne pouvons pas avoir des écarts de 70, 120 ou parfois 150 DH sans que le consommateur sache exactement comment ils ont été constitués", poursuit Driss El Hazzaz.
La question de l’approvisionnement local figure également parmi les principaux sujets que la Fédération compte aborder avec le Conseil de la concurrence. Elle juge incohérent que le Maroc exporte une partie de sa production de métaux précieux alors que les artisans locaux peinent à accéder à la matière première nécessaire à leur activité.
"Nous produisons de l’or et surtout de l’argent au Maroc, mais une grande partie de cette production quitte le pays alors que les bijoutiers marocains peinent à s’approvisionner en matière première. Il serait logique de réserver une partie des quantités produites au marché national avant d’exporter le reste. Nous ne demandons pas de fermer les exportations, mais de garantir aux artisans marocains un accès régulier à la matière première", précise-t-il.
La disponibilité de la matière première reste le principal problème du secteur, en raison du décalage entre les exigences des fournisseurs internationaux et la réglementation marocaine des changes.
"Les sociétés qui vendent de l’or demandent généralement une avance de 80% à 90%, voire davantage, avant de livrer la marchandise. Cette avance leur permet de se protéger contre les fortes fluctuations des cours. Or, dans le cadre réglementaire actuel, de nombreuses entreprises marocaines ne peuvent pas effectuer ces paiements à l’avance. Elles ne peuvent donc pas importer directement, même lorsqu’elles disposent de clients et des moyens nécessaires pour développer leur activité", souligne Driss El Hazzaz.
"Dans la pratique, seuls quelques opérateurs parviennent à importer la matière première. En contrôlant l’approvisionnement, ils peuvent imposer leurs prix et leurs conditions aux autres professionnels. Cette concentration explique en grande partie l’écart entre les cours internationaux et le prix de l’or brut au Maroc. Elle finit aussi par renchérir le prix final payé par le consommateur. Le marché dépend donc d’un nombre très limité d’intermédiaires, alors que les bijoutiers devraient pouvoir s’approvisionner directement, à des prix cohérents et dans des conditions transparentes", conclut-il.
À découvrir
à lire aussi
Article : Le RNI présente son programme économique à la CGEM
Reçu par la CGEM, le président du RNI, Mohamed Chaouki, a présenté les principales orientations économiques du programme de son parti pour la période 2026-2031. La rencontre a également permis au patronat de mettre en avant ses priorités, notamment la compétitivité des TPME, la montée en gamme industrielle, le développement territorial et l’emploi.
Article : Les grandes mines du Maroc, d'aujourd'hui à 2030
Portées par la flambée des métaux critiques, les grandes mines marocaines montent en puissance et investissent le segment de la valorisation. De Tizert à Boumadine, tour d'horizon des sites qui dessinent l'avenir minier du Maroc.
Article : Baccalauréat 2026 : avec ses taux de réussite record, le groupe scolaire EDC confirme ses performances
Six établissements Elbilia sur sept affichent un sans-faute, Léon l’Africain place une élève au deuxième rang de la zone Maroc avec 19,56/20, et Dar Essalam American School réussit sa première promotion au baccalauréat international.
Article : Mohammédia : Tabarek décroche le marché de 25 MDH pour relier l’autoroute Casablanca-Rabat à la RN1
Le chantier porte sur le lot 1 de l’aménagement de la voie CT1007, sous maîtrise d’ouvrage déléguée d’ADM Infrastructure, avec l’objectif d’améliorer la circulation et l’accessibilité dans la préfecture.
Article : Compléments alimentaires : comment le gouvernement s'apprête à encadrer un marché jusque-là très peu régulé
Face à l’essor rapide de produits souvent vendus en ligne ou en parapharmacie sans contrôle suffisant, le gouvernement prépare un premier resserrement des règles. Un projet de décret examiné le jeudi 16 juillet doit réserver aux officines certaines substances sensibles, en fonction de leur dosage et de leurs interactions possibles avec des médicaments. Détails.
Article : Messi, la “main de Dieu” et les Malouines : Ismail Elfath, l'arbitre maroco-américain d'une demi-finale de Mondial pas comme les autres
Désigné pour diriger le choc Angleterre-Argentine à Atlanta, le Casablancais de 44 ans revient de loin après une grave blessure au genou en 2024. Son bilan de sept victoires en sept matchs arbitrés avec l’Inter Miami, le club américain où évolue Lionel Messi, est désormais utilisé par une partie de la presse britannique pour mettre sa neutralité en question.