Les grandes mines du Maroc, d'aujourd'hui à 2030
Portées par la flambée des métaux critiques, les grandes mines marocaines montent en puissance et investissent le segment de la valorisation. De Tizert à Boumadine, tour d'horizon des sites qui dessinent l'avenir minier du Maroc.
L’essentiel
- Entrée en production en 2025, Tizert est devenue la plus grande mine de cuivre du Maroc. Sa production devrait atteindre 110.000 tonnes en 2026.
- Dans le secteur de l’argent, Zgounder (Aya Gold & Silver) a dépassé pour la première fois la mine d’Imiter en 2025, avec 4,82 millions d'onces produites. En 2026, elle compte creuser l’écart, avec une production attendue comprise entre 5,2 et 5,8 millions d'onces, avant d’atteindre un rythme de croisière de 6 millions d'onces dès 2027.
- À Bou-Azzer, la production de cobalt devrait rebondir à 2.870 tonnes de cathodes en 2026, grâce à la mise en service d'une unité de sulfate de cobalt, une première en Afrique et une étape importante pour la filière des batteries NMC.
- Cap sur 2030 : le projet polymétallique de Boumadine (Aya) vise 5 millions d'onces d'équivalent argent, adossé à une importante capacité de traitement.
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Les détails
À l'échelle mondiale, le Maroc s'impose comme un producteur majeur de deux substances minérales : les phosphates et la barytine. Au-delà de ces deux produits phares, le Royaume consolide également sa position de leader continental pour plusieurs autres substances, dont certains éléments qualifiés de critiques.
Au-delà des phosphates, pilier incontesté de l’industrie extractive nationale, la production minière marocaine s’appuie sur un portefeuille diversifié de grandes mines.
Avec l'émergence de ces nouvelles filières industrielles, la transformation locale des minerais revêt une importance stratégique croissante. Il ne s'agit plus seulement d'extraire et d'exporter des minerais bruts, mais de les transformer localement en produits à plus forte valeur ajoutée afin de capter une part plus importante de la chaîne de valeur mondiale.
Cette montée en gamme constitue aujourd'hui l'un des principaux leviers de développement du secteur minier marocain, à l'heure où la transition énergétique mondiale accroît la demande en minéraux stratégiques.
Tizert, nouveau géant du cuivre marocain
Métal stratégique, le cuivre occupe une place centrale dans l’économie mondiale et dans la transition énergétique, en particulier dans le secteur de la mobilité électrique. Son cours atteint actuellement 13.500 dollars la tonne à la Bourse des métaux de Londres (LME).
C'est dans ce contexte porteur que la mine de Tizert est entrée en production en 2025, devenant la plus grande mine de cuivre du Maroc. Exploitée par Managem, elle dispose de ressources estimées à 127 millions de tonnes, avec une teneur de 0,87% en cuivre et de 20 g/t d'argent.
Dès sa première année d'exploitation, alors qu'elle était encore en phase de montée en puissance, la mine de Tizert a produit 33.824 tonnes de concentré de cuivre ainsi que 24 tonnes d'argent, se classant parmi les trois principaux sites nationaux, aux côtés du site minier d'Akka (34.294 tonnes de concentré) et de la mine de Bleida (31.514 tonnes). En 2026, sa production devrait atteindre 110.000 tonnes.
Au-delà de ses performances minières, Tizert devrait soutenir les ambitions nationales de développement de plusieurs segments industriels, notamment les filières électrique et automobile. Cette montée en gamme ne sera toutefois pleinement effective qu'avec la concrétisation du projet de fonderie de cuivre de Managem.
Cette fonderie permettra de produire, pour la première fois au Maroc, des cathodes de cuivre, offrant ainsi à l'industrie nationale la possibilité de s'approvisionner sur le marché local. Jusqu'ici, les mines marocaines ne produisaient en effet que du concentré, un produit minier intermédiaire inutilisable en l'état par l'industrie, en particulier par les filières de haute technologie, qui exigent des degrés de pureté très élevés.
Au-delà de sa taille, la mine de Tizert constitue la première application au Maroc du concept de mine intelligente 4.0. Conçue sur une architecture sécurisée de convergence OT/IT/ET et adossée à une plateforme de données unifiée, elle permet un pilotage en temps réel des opérations grâce à plus de 40 tableaux de bord couvrant la production, la maintenance, l'énergie et la qualité.
Le paysage cuprifère marocain devrait par ailleurs s'enrichir à l'horizon 2029 avec la mine de Bouskour, actuellement en cours de développement, qui devrait devenir la deuxième plus grande mine de cuivre du pays. Ses ressources s'élèvent à 43,2 millions de tonnes de minerai, avec des teneurs de 0,88% en cuivre et de 9 g/t d'argent.
Argent : Imiter, leader historique ; Zgounder, force montante
Le cours de l'argent a connu une flambée spectaculaire au premier semestre 2026, évoluant dans une fourchette de 70 à 100 dollars l'once, alors qu'il se situait habituellement autour de 30 dollars. Il est depuis redescendu aux alentours de 58 dollars l'once, dans le sillage de la correction du cours de l'or.
Premier producteur historique d’argent en Afrique, le Maroc a renforcé sa position avec la montée en puissance de la mine de Zgounder, dont la production a frôlé les 5 millions d'onces.
Exploitée par la compagnie canadienne Aya Gold & Silver, Zgounder a en effet produit, en 2025, 4,82 millions d'onces d'argent (environ 150 tonnes). Elle a ainsi dépassé, pour la première fois, la mine d'Imiter, dont la production s'est établie à 127 tonnes. Pour 2026, Aya vise une production comprise entre 5,2 et 5,8 millions d'onces, avant d'atteindre, à partir de 2027, un rythme de croisière de 6 millions d'onces par an (environ 187 tonnes). La mine devrait rester en activité jusqu’en 2036, mais cette échéance pourrait être repoussée. La compagnie canadienne explore en effet plusieurs sites voisins susceptibles de prendre le relais à l'avenir.
La mine d'Imiter, qui a longtemps assuré une part essentielle de la production marocaine d'argent, demeure un actif hautement stratégique. En exploitation depuis 1969, elle reste la plus ancienne grande mine d'argent du Royaume. Sa durée de vie résiduelle est estimée à 13 ans sur la base des réserves certifiées à ce stade, soit un horizon comparable à celui de Zgounder. Le site recèle par ailleurs un potentiel important encore inexploité, aussi bien en surface, où des corps minéralisés pourraient être exploités à ciel ouvert dans le secteur d’Imiter Centre, qu’en profondeur, où de récentes découvertes ont été réalisées dans le secteur d’Igoudrane.
C'est dans cette perspective que s'inscrit la stratégie 2026-2030 de Managem, qui prévoit la reprise de l'exploitation à ciel ouvert — avec le creusement de l'une des plus grandes fosses du Maroc — et le renforcement des efforts d'exploration afin d’identifier de nouvelles ressources.
Tizert devrait, pour sa part, devenir la troisième mine d’argent du pays, avec une production attendue de 60 à 70 tonnes.
Sulfate de cobalt : Bou-Azzer signe une première africaine
Le cobalt se négocie actuellement à plus de 56.000 dollars la tonne, en hausse de près de 132% sur un an, sous l’effet de la demande du secteur des batteries lithium-ion.
Le Maroc n'est certes pas un grand producteur de cobalt. L'essentiel de la production mondiale demeure entre les mains de la République démocratique du Congo, tandis que la Chine concentre une part décisive des chaînes de transformation.
Bien qu'il ne compte qu'une seule mine de cobalt active, celle de Bou-Azzer, le Maroc consolide néanmoins une position stratégique sur ce métal critique grâce à l'industrie de transformation qui prend forme sur le territoire national sous l'impulsion de Managem. Les ressources restantes de la mine de Bou-Azzer s'élèvent à 2,436 millions de tonnes, avec une teneur de 0,61% en cobalt.
En 2025, la production s'est établie à 507 tonnes de cathodes de cobalt, en repli de 61% par rapport à 2024, en raison de la chute des cours. L'année 2026 devrait marquer une nette reprise, avec une production attendue de 2.870 tonnes de cathodes de cobalt, grâce à la remontée des prix et, surtout, à la mise en service de l'unité de production de sulfate de cobalt, une première en Afrique.
Cette nouvelle unité affiche une capacité nominale de 2.880 tonnes par an de sulfate de cobalt, soit 590 tonnes de cobalt contenu. Sa capacité devrait être portée, à terme, à 5.800 tonnes par an. Elle permet au Maroc d’accéder à un maillon stratégique de la chaîne de valeur des batteries : celui des matériaux destinés aux cathodes NMC (nickel-manganèse-cobalt). Chaque pack requiert environ 8 à 10 kg de composés de cobalt intégrés aux matériaux de cathode.
Manganèse : Imini, un monopole de fait aux ambitions « batteries »
Le manganèse produit au Maroc provient principalement de la mine d’Imini, située aux environs d’Ouarzazate.
Exploitée depuis 1945, la mine affiche une production annuelle de 90.000 tonnes, destinée principalement à l’industrie chimique, notamment au marché indien.
La SACEM, qui exploite la mine, envisage de valoriser sa production afin d’intégrer la filière des batteries à travers trois dérivés : le sulfate de manganèse, le dioxyde de manganèse électrolytique (EMD) et le manganèse métal électrolytique (EMM). S'ils se concrétisent, ces projets pourraient débloquer un maillon clé du processus de fabrication des cathodes de batteries pour véhicules électriques.
Principale mine de manganèse du Maroc, Imini confère à la SACEM un monopole de fait, renforcé par la qualité du minerai extrait, qui se prête à une transformation industrielle et reste sans équivalent sur le territoire national.
Cap sur 2030 : Boumadine dessine l'avenir minier du Maroc
Dans les prochaines années, le paysage minier marocain devrait accueillir deux projets majeurs en cours de développement. Il s'agit de la mine d'étain d'Achmmach, dans la région de Khémisset, appelée à figurer parmi les plus grandes mines d'étain au monde, et de la mine polymétallique de Boumadine, dans la région de Drâa-Tafilalet, destinée à la production de concentrés d'or et d'argent.
Porté par Aya Gold & Silver, le projet Boumadine devrait entrer en production à l'horizon 2030, avec un objectif de 5 millions d'onces d’équivalent argent. La compagnie entend finaliser les études de faisabilité au second semestre 2027, avant de lancer les travaux de construction au début de 2028. Le schéma d'exploitation prévoit six mines à ciel ouvert et trois mines souterraines, ainsi que la construction d'une usine de traitement par flottation d'une capacité annuelle de 2,9 millions de tonnes. L’ensemble représente un investissement de 167 millions de dollars.
Boumadine ne produira pas directement de l’or ou de l’argent sous forme métallique. Ses concentrés devraient néanmoins être facilement commercialisables, puisqu’un traitement en fonderie suffira à récupérer les métaux qu’ils contiennent. Les équipes d'Aya ont d'ailleurs déjà soumis ces produits à des tests dans des fonderies, notamment en Chine, qui ont permis de confirmer des taux de récupération très élevés pour l'ensemble des concentrés.
Parallèlement, des discussions sont en cours avec l'État pour étudier la construction d'une fonderie au Maroc. Ce projet, qui pourrait être conduit avec des partenaires, ouvrirait la voie à une production locale d'or plus importante et permettrait de valoriser localement non seulement les produits de Boumadine, mais aussi l'ensemble des concentrés miniers marocains, renforçant ainsi la souveraineté minière du pays.
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